Shear Electronics Relic : le clone discret de l’Oberheim OB-X entre en production (≈ 14 000 €)

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Neuf ans après en avoir montré un premier prototype à sa majorité, Jacob Brashears fait enfin passer le Shear Electronics Relic au stade de la production. Ce synthétiseur analogique polyphonique n’est pas un énième « inspiré de » : c’est une reconstruction obstinément discrète de l’Oberheim OB-X, huit voix bi-timbrales, annoncée autour de 14 000 €. Un objet extrême, qui pose une vraie question sur ce que vaut encore l’analogique discret en 2026.

Un OB-X reconstruit composant par composant

Le point de départ du Relic tient en une phrase : reproduire le circuit de l’Oberheim OB-X de 1979 sans jamais passer par un raccourci moderne. Là où la plupart des rééditions et des clones s’appuient sur des puces de synthèse toutes faites — les Curtis et autres circuits intégrés qui ont justement remplacé l’électronique discrète au tournant des années 1980 — le Relic revendique une architecture entièrement discrète, montée en composants de surface mais fidèle à la topologie d’origine.

Chaque voix embarque deux oscillateurs de topologie SEM, du nom du module Synthesizer Expander qui a fondé le son Oberheim, et un filtre à variable d’état multimode à balayage continu. C’est précisément là que se joue la couleur de l’OB-X : contrairement à l’OB-Xa et à l’OB-8 qui ont ensuite basculé sur des filtres Curtis quatre pôles, l’OB-X reposait sur ce filtre deux pôles morphable, capable de passer sans rupture du passe-bas au coupe-bande, au passe-haut et au passe-bande. Retrouver cette section de filtrage discrète, c’est retrouver le grain tridimensionnel, légèrement instable, qui a fait la réputation de l’instrument.

Les caractéristiques qui comptent vraiment

  • 8 voix, chacune reposant sur un cœur analogique totalement indépendant, avec fonctionnement bi-timbral (superposition ou partage de clavier entre deux sons).
  • 2 oscillateurs de topologie SEM par voix, dans l’esprit des circuits Oberheim d’origine.
  • Un filtre à variable d’état multimode à morphing continu, réplique de la section deux pôles de l’OB-X.
  • 4 enveloppes DAHDSR et 4 LFO par voix, une dotation de modulation très au-dessus de l’original, avec profils d’enveloppe classiques simulés numériquement.
  • 7 amplificateurs à transconductance discrets par voix, avec auto-calibration — l’un des vrais casse-têtes d’un synthé analogique polyphonique, ici pris en charge automatiquement.
  • Interface à barres lumineuses tactiles : huit encodeurs de précision, un fader lumineux principal haute résolution et huit mini-faders lumineux.

On mesure l’écart avec la machine de 1979 : là où l’OB-X se limitait à une enveloppe par section et à une modulation spartiate, le Relic empile quatre enveloppes et quatre LFO par voix, plus une large mémoire de programmes et une gestion multitimbrale. L’ambition n’est pas de figer une relique — le nom est ironique — mais de donner à l’architecture discrète les commandes et la souplesse qu’elle n’a jamais eues.

OB-X de 1979, Relic de 2026 : ce qui change

 Oberheim OB-X (1979)Shear Electronics Relic (2026)
Polyphonie4, 6 ou 8 voix8 voix, bi-timbral
Oscillateurs / voix2 VCO (base SEM)2 oscillateurs de topologie SEM
FiltreVariable d’état 2 pôlesVariable d’état multimode, morphing continu
Enveloppes / LFO2 enveloppes, 1 LFO4 enveloppes DAHDSR, 4 LFO / voix
ÉlectroniqueDiscrèteDiscrète (CMS), auto-calibration
InterfacePotentiomètres, mémoire limitéeEncodeurs, barres lumineuses, large mémoire

Une décennie de développement pour une série d’objets rares

L’histoire du Relic vaut le détour. Jacob Brashears l’avait présenté pour la première fois au NAMM 2017, à dix-huit ans, avant de disparaître des radars, puis de refaire surface à SynthPlex 2022 avec une version nettement plus large et plus aboutie, et de nouveau au NAMM 2024. Développé du côté de la Silicon Valley et fabriqué à Taïwan, l’instrument passe aujourd’hui en production, précommandes ouvertes, les premières livraisons étant imminentes. Le tarif visé, environ 14 000 €, n’a plus rien à voir avec la fourchette évoquée aux débuts du projet — un rappel brutal de ce que coûte réellement l’analogique discret, poussé à ce niveau de fidélité, en petite série.

Mon avis. J’ai vu passer suffisamment de « clones ultimes » pour rester prudent, et j’assume de défendre le tout-numérique quand il fait le travail. Mais soyons justes : à ce prix, le Relic n’est pas un produit de marché, c’est un manifeste. Ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas le folklore vintage, c’est le parti pris technique — refuser les puces de synthèse pour reconstruire un cœur de voix discret, avec auto-calibration, quand il aurait été mille fois plus simple de coller un Curtis derrière un bon convertisseur. C’est exactement le genre de maillon hardware qui garde sa place : non par dogme analogique, mais parce que la section de filtrage SEM apporte quelque chose d’audible qu’aucune émulation ne restitue tout à fait. Reste que face à un Oberheim OB-X8 ou à d’excellents polysynthes actuels, 14 000 € réservent le Relic à une poignée de passionnés. Et c’est très bien ainsi : tout ne doit pas être rentable pour avoir du sens.

Un signal, à contre-courant

Il y a quelque chose de révélateur dans cette sortie. Voilà dix ans, le récit dominant annonçait la bascule intégrale vers l’informatique musicale ; on vivait cette transition de l’intérieur, et elle était réelle. Or, dans le même temps, un ingénieur passait près d’une décennie à rebâtir, transistor après transistor, le synthé analogique le plus fidèle possible à une machine de 1979. Le Relic ne contredit pas la viabilité du tout-numérique — il rappelle simplement que certains grains discrets restent des objets de désir, et que la valeur d’un instrument ne se résume pas à son ratio prix/fonctions.

Pour situer le Relic dans le paysage analogique récent, on pourra le relire à la lumière du polysynthé analogique à FM Frap Tools Magnolia, du monophonique Analogue Solutions Filtopia ou, à l’autre extrémité du spectre tarifaire, du Behringer AKS Mini : trois manières radicalement différentes d’aborder l’analogique en 2026. Les précommandes et les détails techniques figurent sur la page officielle du Relic.

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About Author

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.

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