Le fabricant brésilien EMW lance le DX7000, un synthétiseur FM de bureau dont l’ambition tient en une phrase : restituer immédiatement les sonorités du Yamaha DX-7 sans passer par un ordinateur. Seize voix de polyphonie, 1110 sons d’usine, compatibilité avec les patches SysEx du DX-7 et un tarif de 365 dollars : une machine qui assume pleinement son statut de lecteur plutôt que de laboratoire.
Depuis quelques années, la synthèse FM connaît un retour discret mais bien réel, porté aussi bien par les plugins que par quelques machines dédiées. Le DX7000 pousse la logique à son terme : au lieu de vous proposer une énième interface d’édition d’opérateurs, il se concentre sur ce que la plupart des musiciens attendent réellement d’un DX-7 aujourd’hui : ses timbres. Le format est un boîtier de bureau compact, partageant le châssis et l’ergonomie à deux potentiomètres du VPOLY-6X sorti plus tôt dans l’année chez le même constructeur.
Un lecteur FM assumé, pas un programmateur
Le parti pris est clair et il faut le comprendre avant de juger la machine : le DX7000 est pensé pour être joué, pas trituré. Vous naviguez dans une bibliothèque de 1110 sons d’usine répartis par familles— pianos électriques, orgues, cordes, cloches métalliques, basses, cuivres, nappes et textures numériques— auxquels s’ajoutent 256 emplacements utilisateur. Ces slots libres acceptent l’import de patches issus des bibliothèques DX-7 historiques, des éditeurs matériels d’époque et des outils logiciels contemporains comme Dexed. C’est là que réside l’astuce : le moteur interprète les données SysEx du DX-7, ce qui signifie qu’un patch créé il y a quarante ans ou exporté hier depuis votre séquenceur retrouve ici une existence matérielle.
Côté caractéristiques concrètes, l’essentiel se résume vite :
- Polyphonie de 16 voix, soit le double du DX-7 original— de quoi tenir des nappes denses et des accords tenus sans vol de notes.
- Interface minimaliste à deux potentiomètres et un encodeur principal pour la sélection.
- Entrée MIDI et MIDI Thru, sortie audio principale, alimentation externe.
- Réponse au pitch-bend, à la molette de modulation et à la pédale de sustain, avec sélection de patch à distance via Program Change MIDI.
La contrepartie de cette simplicité est évidente : vous ne sculptez pas les opérateurs ni les enveloppes directement sur la machine. La conception sonore fine se fait en amont, sur Dexed ou un éditeur dédié, avant d’être versée dans les emplacements utilisateur. Le DX7000 ne cherche pas à le cacher ; c’est le prix d’un instrument qui privilégie le geste scénique et la disponibilité immédiate du son.

Pourquoi la FM revient par le matériel
Il faut resituer l’enjeu. Le Yamaha DX-7, en 1983, n’a pas seulement été un synthétiseur à succès : il a fait basculer une industrie entière. Ses pianos électriques cristallins, ses cloches et ses basses claquantes ont défini le son des années 1980 et poussé l’analogique vers la sortie pendant une bonne décennie. Le problème, c’est que programmer la FM à six opérateurs sur l’écran d’origine relevait du sacerdoce— d’où le fait que 90 % des utilisateurs se sont contentés des sons d’usine et des cartouches. Quarante ans plus tard, le rapport de force n’a guère changé : la plupart des gens veulent le son FM, pas la corvée de sa fabrication.
C’est exactement ce créneau que vise EMW. La démarche rejoint celle, purement logicielle, d’un UVI Synth Anthology 5 qui échantillonne 300 synthés hardware pour les rendre jouables d’un clic, ou celle d’un Jun Murakami Synth-80 qui émule le Roland MKS-80 en plugin. La différence tient au support : EMW fait le pari inverse du tout-numérique en proposant une boîte physique, dans la lignée des réinterprétations matérielles à la Love Hultén Deckard’s Dream, mais à un tarif sans commune mesure.
Mon avis
J’ai vécu de l’intérieur la bascule de l’analogique vers l’informatique musicale, et le DX-7 en fut le détonateur— la première fois qu’une machine numérique abordable a rendu un mur de synthés analogiques soudain démodé. Voir aujourd’hui un constructeur remettre ce moteur dans un boîtier de bureau, non pas pour le glorifier mais pour le rendre pratique, me paraît cohérent. Je défends depuis longtemps l’idée qu’un bon maillon matériel garde sa place quand il apporte quelque chose d’audible ou de tangible— ici, ce quelque chose, c’est l’immédiateté scénique et le fait de ne pas monopoliser un ordinateur pour un simple rappel de patch. On peut obtenir le même résultat sonore avec Dexed en in-the-box, personne ne prétendra le contraire ; reste que sur scène, une machine dédiée qui démarre en trois secondes vaut souvent mieux qu’un plugin de plus dans la session.

Positionnement et vraie question à se poser
À 365 dollars, le DX7000 ne joue pas dans la cour des reconstitutions haut de gamme. Il s’adresse à celles et ceux qui veulent le vocabulaire FM du DX-7 sous la main, sans ordinateur, et qui acceptent de préparer leurs sons ailleurs. Pour situer les trois voies possibles vers ce timbre :
| Approche | Ce que vous obtenez | La limite |
|---|---|---|
| Yamaha DX-7 d’origine | Le grain authentique, la valeur de collection | 8 voix, édition pénible, entretien d’un instrument des années 1980 |
| Dexed (in-the-box) | Édition complète et gratuite des opérateurs, rappel de tout patch SysEx | Dépend d’un ordinateur et d’une interface pour exister sur scène |
| EMW DX7000 | 16 voix, lecture matérielle immédiate, import des patches DX-7 et Dexed | Pas d’édition profonde sur la machine, deux potentiomètres seulement |
La vraie question n’est donc pas « est-ce un vrai DX-7 ? »— la réponse tiendra à votre oreille et à la fidélité du moteur, qu’il faudra juger à l’usage. Elle est plutôt : avez-vous besoin d’une source FM autonome, robuste et bon marché, quitte à confier la fabrication des sons à un logiciel ? Pour un clavier de scène, un studio qui veut décharger l’ordinateur, ou simplement un musicien nostalgique de ces textures numériques, la proposition est cohérente et honnêtement tarifée. Le DX7000 est disponible dès maintenant sur la boutique officielle EMW.