Le développeur japonais Jun Murakami publie le Synth-80, qu’il présente comme la première émulation logicielle complète du Roland MKS-80 Super Jupiter en révision 4. Disponible en VST3, AU, AAX et en version autonome, le plugin s’appuie sur une analyse poussée d’une unité matérielle d’origine et arrive à 59 $ en tarif de lancement.
Le Super Jupiter, ce trésor analogique resté hors de portée du logiciel
Le MKS-80 Super Jupiter, sorti en 1984, est la version rack des Jupiter-8 et Jupiter-6 de Roland. Huit voix, deux oscillateurs analogiques par voix, des filtres maison : c’est l’une des sources de nappes, de cuivres synthétiques et de basses les plus reconnaissables de la décennie 1980, et elle a traversé d’innombrables productions de pop, de funk et de musiques électroniques. Le problème, vous le connaissez : une unité en bon état se négocie aujourd’hui au prix d’une petite voiture d’occasion, et les deux révisions de circuit (la première à base de puces Curtis, la quatrième à base de composants discrets façon Roland) ne sonnent pas tout à fait pareil. Curieusement, là où le Jupiter-8 a été émulé dans tous les sens, le Super Jupiter restait le grand absent du catalogue logiciel.
Ce que propose réellement le Synth-80
Le Synth-80 reprend l’architecture du modèle Rev. 4 : huit voix de polyphonie, deux VCO par voix avec modulation croisée, une paire de filtres passe-bas et passe-haut, deux enveloppes ADSR et un étage de mixage fidèle au signal path d’origine. Murakami a poussé le détail jusqu’à recréer le comportement des oscillateurs de bruit et les petites dérives propres aux circuits intégrés du matériel. Concrètement, on retrouve cette texture un peu épaisse, légèrement instable, qui faisait toute la signature du Super Jupiter et que les recréations trop propres ont souvent ratée.

Côté ergonomie, l’interface affiche l’intégralité des paramètres à plat, dans l’esprit du programmer MPG-80 d’époque : pas de menus à tiroirs, tout est sous les doigts. Les grandes lignes :
- 8 voix, 2 VCO par voix, modulation croisée et synchro
- Filtres passe-bas et passe-haut modélisés d’après l’unité Rev. 4
- Plus de 150 presets d’usine fournis
- Version autonome plus VST3, AU et AAX en 64 bits
- macOS (Apple Silicon natif et Intel) et Windows 10 ou plus récent
Une modélisation menée comme un travail d’ingénieur
C’est là que le projet sort du lot. Murakami dit avoir développé plus d’une centaine de programmes de mesure automatisés pour cartographier chaque circuit et chaque paramètre du matériel, puis avoir ajusté son DSP au fil d’une analyse de longue haleine d’une unité Rev. 4 de référence. On est loin du sampling d’oscillateur ou de l’à-peu-près : la démarche relève de la rétro-ingénierie méthodique, courbe de réponse par courbe de réponse. Pour qui s’intéresse à la modélisation analogique, c’est le genre de sérieux qui sépare une émulation crédible d’un énième habillage marketing.

| MKS-80 Super Jupiter (1984) | Synth-80 (2026) | |
|---|---|---|
| Forme | Module rack + programmer MPG-80 | Plugin et autonome |
| Voix | 8 | 8 |
| Oscillateurs | 2 VCO analogiques par voix | 2 VCO modélisés par voix |
| Effets intégrés | Aucun | Chorus, reverb, delay, compresseur |
| Disponibilité | Occasion, rare et coûteux | Téléchargement immédiat |
Effets, éditeur-bibliothécaire et formats
Le Synth-80 ne s’arrête pas à la machine nue. Il embarque un étage d’effets plutôt soigné : quatre modèles de chorus (un dans l’esprit Juno, un autre façon Dimension D, un chorus à décalage de hauteur et un chorus numérique), une reverb à algorithmes hall, plaque et room, et un compresseur. Cet étage est aussi disponible en plugin d’effet séparé, le Synth-80 FX, ce qui permet de le poser sur n’importe quelle piste. Détail malin pour les possesseurs du matériel d’origine : le plugin fait office d’éditeur et de bibliothécaire pour le MKS-80, avec transfert des bulk-dumps, constructeur de banques et échange de paramètres en édition.

Mon avis
J’ai vécu de l’intérieur la bascule de l’analogique vers l’informatique musicale, et j’ai assez tôt cessé de croire qu’un plugin était par nature inférieur : ce qui compte, c’est le résultat sonore et le sérieux de la conception, pas le dogme. Une émulation qui repose sur une centaine de protocoles de mesure et l’étude prolongée d’une vraie Rev. 4, ce n’est pas un argument de vente, c’est exactement le genre de travail qui rend un modèle utilisable en production. Reste à juger à l’oreille, en aveugle, face à du vrai matériel : c’est le seul vrai test. Mais à 59 $, mettre un Super Jupiter crédible dans la main de gens qui n’en verront jamais un en vrai, c’est précisément ce que le logiciel sait faire de mieux. Dans le même esprit de patrimoine synthétique remis au goût du jour, on pense au Behringer UB-1 Micro ou aux machines hybrides comme l’UDO DMNO.
Le Synth-80 est disponible immédiatement au tarif de lancement de 59 $, contre 99 $ ensuite, l’offre courant jusqu’au 7 juillet 2026. Une version de démonstration est proposée, ainsi qu’une version navigateur jouable en WebAssembly pour se faire une idée sans rien installer — la page officielle centralise le tout. Si vous explorez les suites de synthés virtuels, notre regard sur la Korg Collection 6 complète bien le tableau.