La Roland MC-202 n’a jamais eu l’aura de sa grande sœur la TB-303, ni la simplicité du SH-101 dont elle partage le moteur sonore. Sortie en 1983, cette « petite boîte argentée » réunissait un mono-synthé analogique et un micro-séquenceur CV/Gate dans un format de poche : brillante sur le papier, cauchemardesque à programmer sur ses boutons minuscules. Quatre décennies plus tard, Audio Damage en tire un plugin, l’AD-202, qui garde le grain et jette l’ergonomie.
Un mono-synthé fidèle à la petite boîte argentée
Le cœur de l’AD-202 reste volontairement simple, dans la tradition des mono-synthés du début des années 1980 : un seul oscillateur, une seule enveloppe, un seul LFO, et pas grand-chose d’autre. L’oscillateur offre quatre pieds (16′, 8′, 4′, 2′), une dent de scie et une impulsion générées en PolyBLEP pour rester propres jusque dans l’aigu, un sub-oscillateur en diviseur (une ou deux octaves plus bas) et du bruit. La largeur d’impulsion se module au LFO ou à l’enveloppe.
Derrière, on retrouve le filtre passe-bas en échelle de 24 dB par octave, quatre pôles, avec un réglage Drive, une non-linéarité en tangente hyperbolique dans la boucle de réaction et une compensation de gain pour ne pas s’effondrer en niveau quand la résonance grimpe. La coupure se laisse balayer par l’enveloppe, le LFO, le suivi de clavier et la vélocité. C’est exactement le vocabulaire de l’original : rond, acide dès qu’on pousse la résonance, taillé pour les lignes de basse et les leads mordants.

Ce que le plugin ajoute au matériel d’origine
Audio Damage ne s’est pas contenté d’un portage. L’AD-202 se joue en mono ou en huit voix polyphoniques, avec un étalement stéréo (stereo spread) qui ouvre immédiatement le son. Un paramètre Age introduit une dérive analogique par voix — ce petit flottement d’accord qui trahit le circuit vieillissant et rend l’ensemble vivant. Le LFO peut démarrer avec un retard, pour un vibrato qui s’installe progressivement au lieu d’être présent dès l’attaque.
Le plugin va surtout plus loin que ne l’a jamais permis le matériel : MPE complet (pitch bend et pression par note), micro-accordage MTS-ESP avec retuning continu, distorsion placée après le VCA et un tilt EQ bipolaire en sortie pour basculer le spectre du grave vers l’aigu d’un seul geste. La vélocité se route vers l’ampli et le filtre. On tient là un mono-synthé vintage qui accepte enfin les gestes de jeu contemporains.

Reste un choix qui fera débat : l’AD-202 n’embarque pas de séquenceur. Là où la MC-202 était avant tout une machine à séquencer, Audio Damage confie ce rôle au séquenceur du DAW ou à un contrôleur externe.
Mon avis : c’est le bon arbitrage. La vraie MC-202, je l’ai croisée en studio à l’époque où je basculais du tout-analogique vers l’ordinateur — personne ne regrettait la saisie pas-à-pas sur ces boutons de calculatrice. Ce qu’on aimait, c’était le grain de l’oscillateur et la façon dont le filtre chantait. Confier le séquençage au DAW, préserver le son, puis y ajouter huit voix et le MPE : voilà précisément ce qu’un plugin doit faire d’une machine culte, plutôt que d’en singer les contraintes par nostalgie mal placée.
Formats, plateformes et prix
L’AD-202 se glisse dans à peu près tous les environnements, du studio au setup iPad :
| Plateforme | Formats |
|---|---|
| Windows 10 et plus | CLAP, VST3, AAX |
| macOS 10.13 et plus | CLAP, VST3, AU, AAX |
| Linux (Ubuntu 20 et plus) | CLAP, VST3, LV2 |
| iOS 12 et plus | AUv3 |
Pas de DRM, pas d’abonnement, pas de dongle : licence perpétuelle, comme le reste du catalogue de l’éditeur. Le plugin est affiché à 49 $, avec un tarif de lancement à 39 $ pour les premiers acheteurs, disponible sur le site d’Audio Damage.

Pour qui apprécie ces émulations de machines Roland, l’AD-202 rejoint une famille déjà bien fournie : le Jun Murakami Synth-80 qui ressuscite le MKS-80, le synthé à modélisation physique reFX Rippler, ou le résonateur Audio Damage Tessera signé du même éditeur. Et si le budget est à zéro, notre sélection de synthétiseurs virtuels gratuits reste un bon point de départ.