Harrison Audio publie Mixbus 12, nouvelle version de sa station de travail bâtie autour du son de ses consoles. Au menu : un DeNoiser et un DeEsser sur chaque voie, un éditeur MIDI repensé, et la tranche SSL 9000J réservée à la déclinaison Pro. Voici ce qui change vraiment, et pour qui.
Il y a des marques dont le nom porte à lui seul une couleur sonore. Harrison en fait partie : les tranches 32 de la firme du Tennessee ont façonné d’innombrables disques et bandes de cinéma, et leur égaliseur reste une référence de douceur dans les hautes fréquences. Mixbus, c’est justement l’idée d’enfermer cette philosophie de console dans une station de travail moderne. La version 12 poursuit ce cap sans le trahir, en musclant surtout le traitement de tranche et le travail MIDI.
Une console dématérialisée, désormais dans le giron SSL
Rappelons le principe : Mixbus n’est pas un mélangeur virtuel générique. Chaque voie embarque un égaliseur Harrison 32C, un compresseur, une porte et des départs de bus, tandis que les bus offrent saturation « bande », compression et correction tonale. Vous ne construisez pas un mixage plugin par plugin : vous poussez des faders sur une surface knob-per-function, exactement comme sur une grande table. Sous le capot, le moteur audio partage l’ADN d’Ardour, ce qui explique la robustesse du transport et l’ouverture multiplateforme.

Le contexte industriel a changé, et cela se voit dans le produit. Passé sous pavillon Solid State Logic, Harrison capitalise sur les deux héritages : le 32C maison d’un côté, une tranche SSL 9000J commutable de l’autre dans la version Pro. Pour qui connaît la signature d’une SSL — cette poigne sur le bus et cette dynamique qui recolle un mixage — la présence des deux écoles dans un même logiciel n’est pas un gadget marketing, c’est une vraie palette de couleurs. On avait déjà vu cette logique de patrimoine console à l’œuvre dans la gamme de plugins née du rapprochement SSL / sonible.
DeNoiser et DeEsser : le réflexe post-prod sur chaque voie
La vraie nouveauté de Mixbus 12, c’est l’intégration d’un DeNoiser et d’un DeEsser directement sur la tranche, sur toutes les voies. Harrison n’improvise pas sur ce terrain : la marque conçoit depuis longtemps des consoles pour le cinéma et la post-production, là où nettoyer une voix bruitée ou dompter une sifflante fait partie du quotidien. Retrouver ces outils au niveau de la tranche, sans avoir à charger un plugin tiers ni à router un aux, change concrètement la vitesse de travail sur des prises imparfaites.

Le reste des ajouts sert la même logique : rester dans le flux sans quitter la fenêtre.
- Édition MIDI revue : plusieurs régions affichées et modifiées dans un même piano-roll, les régions inactives apparaissant en notes fantômes pour garder l’œil sur les rapports harmoniques.
- Cue clips étendus jusqu’à seize rangées, déclenchables au bouton ou automatiquement depuis la timeline, avec enregistrement direct de l’audio comme du MIDI dans les cases.
- Chaînes de traitement enregistrables comme modèles, réapplicables d’un clic sur n’importe quelle piste.
- Interface assombrie inspirée de la console 32Classic, nouveaux ascenseurs vertical et horizontal, et vue Focus Channel repliable.

Deux éditions, deux ambitions
La séparation entre Mixbus 12 et Mixbus 12 Pro est nette. La version standard couvre le tout-venant du studio ; la Pro ajoute la tranche SSL 9000J commutable et surtout des outils de mixage immersif Dolby Atmos, avec panoramique spatial et rendu binaural pour un monitoring en 7.1.4. C’est cette édition qui vise les workflows immersifs, dans la lignée de ce qu’on voit se généraliser côté mastering.
| Caractéristique | Mixbus 12 | Mixbus 12 Pro |
|---|---|---|
| Prix | 49,99 $ | 149,99 $ |
| Égaliseur de tranche | Harrison 32C | 32C + SSL 9000J commutable |
| DeNoiser / DeEsser par voie | Oui | Oui |
| Mixage immersif Dolby Atmos | — | 7.1.4 + rendu binaural |
| Cue clips | 16 rangées | 16 rangées |

Côté plateformes, Mixbus 12 tourne sur macOS (Apple Silicon M1 à M4 comme sur Intel), Windows et Linux — une constance rare qui découle, là encore, du socle Ardour.
Mon point de vue
J’ai passé des années en direction technique de studio à défendre l’idée que le tout-numérique est parfaitement viable — j’ai vécu la bascule analogique vers l’informatique musicale de l’intérieur, et je n’ai jamais cru qu’un fader physique sonnait « mieux » par principe. Ce qui compte, c’est le résultat et la qualité de conception, pas le dogme. De ce point de vue, Mixbus reste l’une des rares stations à assumer une véritable couleur : le 32C n’est pas un skin, il colore. Et voir le DeNoiser de tranche débarquer me parle d’autant plus qu’en régie comme en studio, on passe un temps fou à récupérer des prises fragiles ; l’avoir à demeure sur chaque voie, sans usine à gaz de routage, c’est du temps gagné là où ça compte. À 49,99 $, la porte d’entrée reste l’une des propositions les plus honnêtes du marché. Pour un studio hybride ou un home-studio exigeant, c’est un candidat sérieux, à mettre en balance avec des ténors comme Logic Pro.
Reste la question de fond : Mixbus 12 ne réinvente pas la station de travail, il affine une promesse déjà claire. Mais quand l’affinage consiste à rendre le nettoyage de voix trivial et à remettre deux écoles de consoles légendaires à portée de fader, on tient une mise à jour qui mérite qu’on s’y arrête. La fiche complète et les démos sont disponibles sur le site de Harrison Audio.