Greg Mackie et Peter Watts ne conçoivent plus pour les autres : avec les D24 et D32, les deux ingénieurs lancent leurs propres consoles numériques de sonorisation, sous leur marque M&W Pro Audio. Présentées à l’InfoComm de Las Vegas, elles sont attendues pour la fin d’automne 2026.
Deux signatures de l’histoire de la console
L’annonce ne prend tout son sens qu’à la lumière des deux noms. Greg Mackie a fondé Mackie Designs en 1988 — après TAPCO (1970) et AudioControl (1976) — et démocratisé la console compacte, sérieuse et abordable. Peter Watts, lui, a dessiné des consoles pendant plus de trente-cinq ans : responsable R&D chez Trident Audio Developments à Londres, puis vice-président ingénierie chez Mackie.

Le duo n’en est pas à son coup d’essai. M&W Pro Audio, créée en 2009 au pays de Galles, a longtemps travaillé comme bureau d’étude : c’est de son partenariat avec QSC, noué dès 2010, qu’est née la série TouchMix — ces petites numériques tactiles qui ont fait basculer beaucoup d’opérateurs vers l’écran. Avec les D24 et D32, ils reprennent la main et signent en leur nom.

Tout à l’écran, sans renoncer aux faders
Le parti pris tient en une phrase : un grand écran tactile pour tout piloter, mais de vrais faders motorisés sous les doigts. Chaque modèle tire son nom du nombre de préamplis micro/ligne embarqués — les fameux Lyric, blindés, dessinés par Watts.
| D24 | D32 | |
|---|---|---|
| Faders tactiles motorisés | 13 | 17 |
| Course des faders | 70 mm | 100 mm |
| Préamplis Lyric | 24 | 32 |
| Paramètres affichés par tranche | 10 | 10 |
| Format | Compact | Étendu |
Au-delà des chiffres, les deux consoles partagent le même ADN :
- des bandeaux de faders à afficheur numérique qui résument dix paramètres de tranche d’un coup d’œil ;
- plus de cent écrans distincts pour couvrir l’ensemble des fonctions ;
- un filtre de coupure (crossover) de caisson intégré, à pente sélectionnable — de quoi caler un système sans rack de processeurs ;
- un pédalier de douze fonctions et un pilotage à distance par tablette, via un simple navigateur.
La D32 ajoute l’argument le plus visible : une stage box détachable, qui sépare la surface de contrôle des entrées/sorties scéniques.

Un mode « Simple Mixer » pour les non-techniciens
Autre signature maison : l’accessibilité. Les deux consoles proposent un mode Simple Mixer à dix canaux, taillé pour les opérateurs occasionnels — lieux de culte, salles polyvalentes, conférences, petit événementiel. C’est la philosophie qui a fait le succès de Mackie : une vraie console entre les mains de gens qui ne sont pas ingénieurs du son, sans les noyer. La cible est claire : la sonorisation installée et légère, plus que les grandes tournées.

Ce qu’il reste à confirmer
Deux inconnues, et pas des moindres : M&W Pro Audio n’a communiqué ni tarif, ni détail sur le transport audio en réseau (protocole, nombre d’entrées/sorties numériques). Or, sur un segment aussi disputé que la numérique de sonorisation, ce sont précisément ces points qui décideront du positionnement réel.
Mon avis

J’ai passé assez d’années derrière des consoles de sono pour me méfier des « révolutions » tactiles : un écran ne remplacera jamais tout à fait la mémoire musculaire d’une surface physique, quand il faut rattraper un larsen en une seconde sans regarder. Mais deux choses retiennent mon attention. D’abord l’obsession d’accessibilité propre à Mackie, qui a toujours été une vraie valeur et pas un argument marketing. Ensuite, surtout, la signature de Watts sur les préamplis : sur une console de sono, c’est là que tout commence, et c’est trop souvent le poste sacrifié pour tenir un prix. Si les Lyric tiennent leurs promesses, ces deux machines méritent une écoute attentive plutôt qu’un a priori. Le reste — réseau, latence, fabrication — se jugera sur le terrain.
Pourquoi cette sortie compte
Au fond, l’annonce est un petit événement industriel : deux concepteurs majeurs reviennent au marché sous leur propre marque, au moment où la console numérique de sonorisation se banalise. Reste à voir si M&W Pro Audio saura s’imposer en direct, là où son savoir-faire servait jusqu’ici les gammes des autres. Verdict à l’automne 2026 ; les curieux peuvent déjà parcourir le site du constructeur.
Pour aller plus loin : notre couverture de la nouvelle génération de consoles Yamaha MGX, notre guide pro de la Soundcraft Ui24R, et notre dossier pour comprendre le routage et les bus sur une console numérique.