Analogue Solutions dévoile le Filtopia, un synthétiseur analogique monophonique qui inverse la logique habituelle : au lieu d’un filtre, il en aligne cinq en parallèle. Fabriqué à la main en Grande-Bretagne, limité à 200 exemplaires et affiché à 1 799 £, l’instrument vise un territoire sonore que la plupart des monosynthés effleurent à peine — les timbres formantiques et les balayages multi-bandes.
Cinq filtres en parallèle : le vrai sujet du Filtopia
Le nom ne ment pas. Le cœur du Filtopia n’est pas sa source sonore mais sa banque de cinq filtres analogiques multimodes câblés en parallèle. Là où un synthé classique fait transiter le signal dans un seul VCF, le Filtopia le répartit dans cinq trajets simultanés, chacun doté de sa propre résonance, de son propre niveau et de ses propres routages de modulation. On ne filtre pas un son : on le décompose en cinq bandes que l’on sculpte indépendamment.
La conséquence musicale est directe. En décalant les fréquences de coupure des cinq filtres et en montant la résonance, on recrée les pics de formants qui caractérisent la voix humaine : voyelles, sons parlés, textures « chantantes » impossibles à obtenir avec un filtre unique. C’est le principe d’une synthèse formantique, mais réalisée en analogique pur et pilotable en temps réel. Les cinq cellules ne sont pas identiques : la première passe du passe-bas au passe-haut, les trois centrales sont des variantes de passe-bande avec réglage d’offset, et la cinquième va du passe-bande au passe-bas. De quoi couvrir tout le spectre plutôt que d’empiler cinq fois la même réponse.

Une source sonore taillée pour nourrir la banque de filtres
Un filterbank aussi ambitieux réclame une matière première riche. Analogue Solutions ne lésine pas : trois VCO multi-formes avec PWM, synchro et cross-modulation (XMOD), épaulés par deux sous-oscillateurs et un générateur de bruit. Un étage de mixage permet de doser ces sources avant qu’elles n’entrent dans les cinq filtres. C’est là que la logique de l’instrument prend tout son sens : plus le spectre entrant est dense et harmoniquement chargé, plus les cinq filtres ont de matière à isoler, et plus les effets de formants et de peignage deviennent spectaculaires.
On retrouve ici la signature d’une marque qui, sous la houlette de Tom Carpenter, construit depuis des années des machines résolument analogiques, avec le minimum de numérique à bord. Le Filtopia s’inscrit dans cette lignée de synthés de caractère plutôt que de couteaux suisses polyvalents, à l’image de ce que fait Erica Synths avec son résonateur Razornator : un objet mono-tâche, mais qui excelle dans sa tâche.

Modulation, séquenceur et connectique
Côté modulation, le Filtopia aligne trois enveloppes ADSR (filtre, VCA, auxiliaire) et deux LFO multi-formes. Chacun des cinq filtres peut être adressé par EG1, LFO1, LFO2 et le séquenceur — c’est ce maillage qui transforme la banque de filtres en instrument vivant plutôt qu’en simple égaliseur figé. Le séquenceur CV huit pas ne se contente d’ailleurs pas de piloter la hauteur : il sert aussi à animer les paramètres de filtre, pour des mouvements formantiques rythmés impossibles à jouer à la main.
Deux VCA complètent l’ensemble, dont un doté d’un écho intégré (temps, feedback, niveau). La connectique reste sobre et cohérente avec la philosophie de la marque : entrée audio pour traiter des sources externes dans la banque de filtres, sortie stéréo sur deux jacks 6,35 mm, et MIDI In/Thru converti en interne vers le CV. Rien de superflu, mais l’entrée audio est un détail qui compte : elle fait aussi du Filtopia un processeur de filtrage à part entière pour le reste du studio.
| Section | Dotation |
|---|---|
| Oscillateurs | 3 VCO (PWM, sync, XMOD) + 2 sub + bruit |
| Filtres | 5 VCF multimodes en parallèle (banque) |
| Enveloppes / LFO | 3 ADSR / 2 LFO multi-formes |
| Séquenceur | 8 pas CV (hauteur + paramètres) |
| Sorties | Stéréo (2× jack 6,35 mm), écho intégré |
| Prix / série | 1 799 £, 200 exemplaires, fait main au Royaume-Uni |

Un instrument de spécialiste, et c’est très bien ainsi
Autant être clair : le Filtopia n’est pas un premier synthé. À 1 799 £ pour un monophonique fait main en série limitée, il s’adresse à celles et ceux qui savent exactement ce qu’un filterbank apporte et pourquoi un filtre unique ne le remplacera pas. Sur ce terrain, j’ai toujours défendu une position simple, forgée en direction technique de studio comme derrière une console : un maillon matériel mérite sa place quand il produit quelque chose d’audible qu’on ne reproduit pas d’un clic. Un balayage de cinq filtres résonants en parallèle, avec les décalages de formants et les effets de peigne qui vont avec, tombe pile dans cette catégorie. Ce n’est pas du dogme analogique : c’est un timbre qui a une signature.
Le Filtopia rejoint ainsi une petite famille d’instruments qui misent sur une idée forte plutôt que sur l’exhaustivité, aux côtés d’objets comme le Frap Tools Magnolia ou, dans un registre nettement plus accessible, le Behringer AKS Mini. La série limitée à 200 unités et la fabrication artisanale britannique confirment le positionnement : un outil de niche, assumé comme tel, pour producteurs de musique électronique et sound designers en quête d’un grain qui ne sonne pas comme tout le monde.
Le Filtopia est disponible dès maintenant directement chez le fabricant, au tarif de 1 799 £ hors taxes. Reste à entendre la bête en action : à l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune démonstration officielle n’a encore été publiée, et c’est bien la seule chose qui manque pour juger sur pièce ce que ces cinq filtres ont réellement dans le ventre. Fiche produit officielle.