Heritage Audio TUBESTRIP : la tranche de console tout-lampe qui condense un rack d’outboard en 3U

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Heritage Audio dévoile le TUBESTRIP, une tranche de console entièrement à lampes qui réunit un préampli morphable, un égaliseur à inductances d’inspiration Type 69 et deux compresseurs distincts, vari-mu et optique avec de-esser. Autour de 3 499 €, la marque madrilène signe son outboard le plus ambitieux.

Heritage Audio a bâti sa réputation sur des rééditions au cordeau de préamplis et d’égaliseurs britanniques et américains des années 1970. Avec le TUBESTRIP, la maison espagnole change de braquet : au lieu d’un module 500 ou d’un préampli isolé, elle propose une tranche de console complète, entièrement à lampes du premier étage d’entrée jusqu’au transformateur de sortie. Quatre processeurs, un seul châssis 3U, et une promesse : suivre une source et la mixer sans jamais quitter le domaine du tube.

Face avant du Heritage Audio TUBESTRIP : préampli, EQ à inductances et double compresseur
Crédit : Heritage Audio

Un chemin de signal 100 % lampe, du micro à la sortie

Le cœur du TUBESTRIP est un préampli à couplage par transformateur qui accepte les niveaux micro, ligne et instrument, avec un gain généreux annoncé jusqu’à 60 dB. Sa particularité tient à une commande MORPH qui fait basculer l’étage de gain entre trois comportements : la chaleur d’un fonctionnement en triode, le mordant d’un mode pentode, et une réponse plus neutre en ultralinéaire. On tient là un préampli qui va du velours à l’agressif contrôlé sans ajouter d’étage à transistors dans le trajet — un vrai parti pris.

Vient ensuite un égaliseur à inductances, dessiné dans l’esprit du Type 69 des studios Olympic, cette section d’EQ Helios devenue légendaire sur les enregistrements londoniens de la fin des sixties. L’approche par selfs, plutôt que par cellules actives, donne cette montée en cloche musicale qui pardonne beaucoup et qui a fait la signature de tant de disques de cette époque.

Deux compresseurs, deux personnalités

Là où la plupart des channel strips se contentent d’un dynamique, le TUBESTRIP en aligne deux, complémentaires et chaînables. Le premier est un vari-mu dérivé du circuit Lang P.Lane, de lignée Altec, réputé rester lisible même lorsqu’on écrase franchement le signal. Le second est un compresseur optique à une seule commande, dans la veine des opto à lampe, doté d’un contrôle de fréquence qui lui permet d’agir en de-esser sur les sibilances.

Détail qui compte pour le studio : l’ordre des sections est réorganisable. On peut placer l’EQ avant ou après la compression, insérer un dynamique en amont de l’autre, et adapter la chaîne à la source plutôt que de subir un routage figé. C’est le genre de souplesse qu’on attend d’un rack d’outboard patché à la main, ici intégré d’origine.

Détail du Heritage Audio TUBESTRIP et de ses commandes tout-lampe
Crédit : Heritage Audio
SectionTopologieFiliationUsage type
PréampliLampe, couplage transfo, commande MORPH (triode / pentode / ultralinéaire)École britannique à transformateurCouleur d’entrée, jusqu’à 60 dB de gain
ÉgaliseurInductances (self)Type 69 / Helios, studios OlympicModelage tonal musical
Compresseur 1Vari-mu à lampeLang P.Lane, lignée AltecCollage, densité, transparence sous forte réduction
Compresseur 2Optique à lampe, contrôle de fréquenceOpto façon LA / CLLissage, de-essing

Sous le capot, Heritage Audio annonce quatre lampes — des NOS soigneusement sélectionnées pour le préampli et le vari-mu, des JJ pour l’étage de sortie — et quatre transformateurs maison sur les entrées, la sortie et l’étage vari-mu. Le tout dans un format rack 3U qui assume son statut de pièce centrale de la régie.

Un Voxbox espagnol ? Pas tout à fait

La comparaison avec le Manley Voxbox est inévitable — préampli, EQ et deux étages de dynamique dans une même boîte à lampes, la parenté de concept saute aux yeux. Mais Heritage Audio prend soin de préciser que chaque section a sa propre saveur et que l’approche technique diffère. À un tarif d’environ 3 499 € (3 599 $), le TUBESTRIP se positionne face à des références nettement plus onéreuses, dans une logique désormais familière chez la marque : proposer le son du haut de gamme historique à un prix qui reste, sinon populaire, au moins atteignable pour un studio sérieux.

Le Heritage Audio TUBESTRIP en situation de studio
Crédit : Heritage Audio

Ce lancement s’inscrit dans un mouvement de fond : le retour en grâce de la tranche de console tout-en-un, après des années de domination du plug-in. On l’a vu récemment avec des propositions comme l’elysia channex, côté solid-state ultra-transparent, ou avec l’arrivée d’interfaces à préamplis de caractère comme la SSL 18. Le TUBESTRIP occupe l’autre extrémité du spectre : celui de la couleur assumée, du tube partout, du grain qu’on imprime à la prise plutôt qu’on ne le simule au mixage.

Mon avis

Quand je dirigeais la technique d’un studio, la question n’était jamais « analogique ou numérique » — je travaille en tout-numérique sans état d’âme depuis les débuts de la MAO. La question, c’était : ce maillon hardware apporte-t-il quelque chose d’audible qu’aucun traitement ITB ne me donne aussi simplement ? Un vrai préampli à lampe couplé par transfo, avec un mode qui passe de la triode à la pentode, entre exactement dans cette catégorie : ce n’est pas de la nostalgie, c’est une empreinte qu’on pose au moment de la prise et qu’on ne récupère pas après coup. Reste le vrai juge de paix, qu’aucune fiche technique ne tranche : le résultat sonore une fois la source branchée. À 3 499 €, avec quatre lampes et quatre transformateurs à l’intérieur, le TUBESTRIP a au moins les bons arguments de conception pour mériter l’écoute.

Le TUBESTRIP est annoncé à la commande ; les détails complets figurent sur la page produit de Heritage Audio. Reste à confronter la promesse au banc d’essai — et, pour une tranche à ce prix, à la mettre en regard d’un bon préampli passé par une conversion soignée, comme on a pu le faire à propos de solutions à âme de console telles que Harrison Mixbus 12.

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About Author

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.

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