Le Magnolia, imposant polysynthé analogique huit voix à FM à zéro passage signé Frap Tools, reçoit son firmware 1.10. Contrôle MIDI CC sur chaque paramètre, MIDI over USB et onze courbes de vélocité et d’aftertouch : de quoi faire passer une machine de niche au rang d’instrument pleinement intégrable dans un studio moderne.
Frap Tools s’est bâti une réputation dans le monde de l’eurorack avec des modules réputés pour leur soin de fabrication et leur exigence sonore. Avec le Magnolia, le fabricant italien quitte le format modulaire pour livrer son premier clavier de scène et de studio : un polysynthé analogique huit voix, taillé dans un châssis d’aluminium massif, coiffé d’un clavier Fatar cinq octaves à aftertouch polyphonique. Ce n’est pas un instrument que l’on achète sur un coup de tête — il évolue autour des 4 200 euros — mais il assume franchement le haut de gamme, et c’est précisément ce terrain que Frap Tools connaît le mieux.
Un synthé qui refuse le menu
Toute l’ergonomie du Magnolia repose sur un parti pris : un contrôle par paramètre, ou presque. Boutons en aluminium usiné, sliders de facture ARP, un afficheur quatre caractères qui sert de repère plutôt que de porte d’entrée dans des sous-menus. On règle, on écoute, on rappelle. Sous le capot, chaque voix aligne deux oscillateurs analogiques : le premier, d’inspiration west coast, embarque FM, wavefolder et flip-sync ; le second, plus east coast, gère la modulation de largeur d’impulsion. Deux filtres — passe-haut et passe-bas, modulables — referment le trajet du signal.

La signature du Magnolia tient dans sa FM à zéro passage (through-zero), entièrement analogique. Là où une FM exponentielle classique se contente de plier la hauteur, la FM à zéro passage descend dans les fréquences négatives lorsque la modulante croise le zéro : le spectre reste symétrique, les timbres métalliques gardent de la tenue et de la justesse même quand on pousse l’indice de modulation. C’est un comportement que l’on associe d’ordinaire au numérique ; l’obtenir en analogique, sur huit voix, sans dérive audible, relève de l’exercice d’ingénierie.
À cela s’ajoutent une matrice de modulation qui relie seize sources à trente-deux destinations d’une simple pression-rotation, trois LFO, trois enveloppes et un générateur aléatoire par voix. L’instrument est bi-timbral : ses huit voix se répartissent ou se superposent sur deux patches, avec une fonction Morph pour fondre l’un dans l’autre en jeu.
Ce que le firmware 1.10 change vraiment
Voilà le vrai motif de l’actualité. Jusqu’ici, le Magnolia restait un instrument un peu insulaire, superbe à jouer aux mains mais avare en intégration. La version 1.10 corrige le tir de façon nette :
- Implémentation MIDI CC bidirectionnelle complète : chaque paramètre du panneau devient adressable et automatisable depuis un séquenceur ou un DAW, et renvoie sa valeur.
- MIDI over USB : une seule liaison suffit désormais pour piloter l’instrument, sans passer par une interface MIDI dédiée.
- Onze courbes de vélocité et d’aftertouch définissables par l’utilisateur, pour caler la réponse du clavier Fatar sur son propre toucher.
- Deux cents emplacements mémoire supplémentaires, un réglage indépendant de la luminosité par couleur de LED et une série de corrections.

Sur le papier, ce sont des cases que l’on coche. À l’usage, c’est ce qui sépare une belle machine autonome d’un instrument que l’on garde câblé en permanence dans une chaîne de production. Automatiser un wavefolder ou l’indice de FM depuis la timeline, rappeler un patch à l’octet près en même temps qu’un projet, jouer huit voix polyphoniques sensibles à l’aftertouch depuis un contrôleur maître : c’est exactement le genre d’intégration que l’on attend d’un instrument à ce tarif. Frap Tools la livre par mise à jour gratuite, sans rançon logicielle — l’approche est saine.
Les points-clés en un coup d’œil
| Caractéristique | Frap Tools Magnolia |
|---|---|
| Polyphonie | 8 voix, bi-timbral (split / layer + Morph) |
| Synthèse | 2 oscillateurs analogiques/voix, FM à zéro passage, wavefolder, PWM |
| Filtrage | Double filtre passe-haut / passe-bas modulable |
| Modulation | Matrice 16 sources → 32 destinations, 3 LFO, 3 enveloppes, aléatoire par voix |
| Clavier | Fatar 5 octaves, aftertouch polyphonique |
| Connectique 1.10 | MIDI DIN + MIDI over USB, CC complet bidirectionnel |
| Prix indicatif | ≈ 4 200 € |
Où le situer sur le marché
Le polysynthé analogique haut de gamme n’est pas un désert : on y croise des références établies chez Sequential, Oberheim ou Moog. Le Magnolia s’en démarque par son ADN modulaire — la logique west coast, la matrice ouverte, la FM analogique — plutôt que par la nostalgie d’un classique réédité. Il joue une autre partition que les rééditions logicielles ou les émulations, comme celles que l’on voit fleurir côté plugin : là où une bibliothèque comme Synth Anthology 5 capture des centaines de machines par l’échantillon, le Magnolia mise sur un moteur analogique vivant, imprévisible, qui réagit sous les doigts.

Cette actualité s’inscrit d’ailleurs dans une tendance de fond : le firmware comme véritable rendez-vous produit. On l’a vu récemment sur la Teenage Engineering EP-133, dont la mise à jour 2.5 débloquait l’audio USB et l’arpégiateur. La valeur d’un instrument moderne ne se fige plus le jour de sa sortie ; elle se prolonge par le logiciel. Et sur le terrain de la FM, le sujet est décidément vivace en ce moment, jusque dans des formats bien plus abordables comme le lecteur de sons FM EMW DX7000.
Le point de vue de la rédaction
J’ai passé assez d’années en direction technique de studio, à l’époque où l’on basculait justement de l’analogique vers l’informatique musicale, pour ne plus être dogmatique : le tout-numérique est parfaitement viable, et je ne réclame pas du hardware par principe. Mais quand un maillon matériel apporte quelque chose d’audible — et une FM analogique à zéro passage sur huit voix, ça s’entend —, il garde toute sa place. Le Magnolia n’est pas un objet de collection : c’est une machine bien conçue, dont le firmware 1.10 vient enfin lever le seul vrai reproche qu’on pouvait lui faire, son isolement. Reste le prix, qui le réserve à un public averti. À ce niveau d’exigence, c’est cohérent ; encore faut-il avoir l’usage d’un tel instrument plutôt que la simple envie.

Le firmware 1.10 est disponible en téléchargement gratuit ; les détails techniques et les gabarits de contrôle figurent sur la page produit du fabricant.