Strymon relance la pédale de delay qui a fait sa réputation. La TimeLine MX embarque un processeur tri-cœur, un double moteur capable de faire tourner deux delays en même temps, cinq nouvelles machines et un looper de cinq minutes. Voici ce qui change réellement, et pourquoi cette refonte dépasse la simple mise à jour de pedalboard.
Un classique repris de fond en comble
La TimeLine originelle traîne depuis plus de dix ans sur les pedalboards et dans les racks d’effets, au point d’être devenue une référence de fait pour le delay numérique polyvalent. Strymon ne se contente pas ici d’un lifting cosmétique : la TimeLine MX repart d’une plateforme matérielle entièrement neuve, articulée autour d’un processeur tri-cœur ARM cadencé à 800 MHz, en traitement à virgule flottante 32 bits et conversion 24 bits / 96 kHz. Tout ce budget de calcul est consacré au seul rendu des échos, ce qui s’entend immédiatement sur les traînes longues et les répétitions modulées, là où l’ancienne génération finissait par montrer ses limites.

Le double moteur, le vrai tournant
Le changement structurant, c’est le passage à un double moteur. La TimeLine MX fait tourner deux algorithmes de delay simultanément, avec trois modes d’agencement qui couvrent l’essentiel des besoins réels :
- Série : le second delay traite la sortie du premier, pour empiler les textures et construire des nappes rythmiques complexes.
- Parallèle : les deux moteurs travaillent côte à côte et se mélangent, idéal pour combiner un slapback court et une longue traîne d’ambiance.
- Split : deux delays indépendants, chacun pouvant être panoramiqué séparément dans le champ stéréo.
Cette logique déplace la TimeLine du statut de pédale mono-tâche vers celui de véritable station de delay. En studio, c’est le genre de fonction qui remplace deux racks distincts pilotés en aux ; en configuration hybride, elle évite d’empiler les machines pour obtenir une réponse stéréo cohérente.

Douze machines, dont cinq inédites
La TimeLine MX propose douze machines de delay. On retrouve les moteurs qui ont fait le succès du modèle d’origine — dTape, dBucket, Digital, Reverse, Ice, Lo-Fi, Filter — mais retravaillés, avec de nouvelles voix et l’accès aux fonctions Swell et Duck sur l’ensemble des algorithmes. À cela s’ajoutent des machines entièrement nouvelles qui élargissent nettement le territoire sonore :
- Oil Can : la simulation des delays à disque huilé, au grain sombre et instable.
- Spectral : un delay granulaire capable de figer et de disperser la matière sonore.
- Drum : l’émulation des vieux échos à tête magnétique de type « drum echo ».
- MultiTap : jusqu’à huit répétitions avec contrôle individuel par tap.
- Reverb : un moteur de réverbération à part entière, avec trémolo optionnel — une première sur une TimeLine.
Le tableau ci-dessous résume ce qui sépare concrètement les deux générations.
| Caractéristique | TimeLine (2011) | TimeLine MX (2026) |
|---|---|---|
| Processeur | SHARP DSP mono-cœur | Tri-cœur ARM 800 MHz |
| Moteurs simultanés | 1 | 2 (série / parallèle / split) |
| Machines de delay | 12 (mono-tâche) | 12, dont 5 nouvelles + Reverb |
| Looper | 30 secondes | 5 minutes, stéréo |
| Connectique | MIDI DIN, USB mini | MIDI DIN, USB-C, éditeur Nixie 2 |
| Prix indicatif | ~449 $ (à sa sortie) | 679 $ |

Mon regard : le delay comme effet de mix, pas comme gadget
Je vais être direct : sur le papier, une pédale de delay à 679 $ peut faire lever les yeux au ciel. Mais je ne juge jamais un maillon sur son format, seulement sur ce qu’il apporte d’audible. Et là, le double moteur en mode split, panoramiqué, règle un problème que je connais bien pour l’avoir contourné pendant des années en régie et en direction technique de studio : obtenir une image stéréo de delay vraiment décorrélée sans mobiliser deux départs auxiliaires et deux machines. Poser un slapback serré à gauche et une longue traîne granulaire à droite, sur une voix ou un synthé, dans un seul boîtier rappelable en MIDI, c’est un gain de temps réel en session comme sur un plan de scène. Le moteur Reverb intégré, lui, m’intéresse moins : j’ai déjà mes réverbes de référence, et je préfère qu’un constructeur excelle sur son cœur de métier plutôt qu’il coche des cases. Mais il dépanne, et il est là quand la place manque.

Connectique, looper et intégration
Côté raccordement, la TimeLine MX assume clairement une double vocation studio et scène : entrées/sorties stéréo sur jack TRS, configurations mono, boucle d’effet stéréo, wet/dry ou wet/dry/wet, MIDI IN/OUT sur DIN, prise d’expression assignable et surtout un port USB-C qui gère le MIDI, les mises à jour de firmware et l’éditeur logiciel Nixie 2. Le looper grimpe de trente secondes à cinq minutes en stéréo, ce qui le rend enfin exploitable pour construire des structures complètes plutôt que de simples boucles d’appoint. Le châssis en aluminium anodisé reste conçu et assemblé aux États-Unis.
Dans la logique éditoriale de ces derniers mois, la TimeLine MX prolonge une tendance nette : celle des effets de légende qui condensent une puissance de traitement autrefois réservée au rack dans un format compact et rappelable. On l’avait vu avec l’Eventide H9 Harmonizer Gen 2, qui logeait tout le moteur du H90 dans la pédale culte ; on le retrouve dans une autre veine avec le Korg Kaoss Pad V côté effets tactiles, ou les multi-effets de sol Boss GX-1. La TimeLine MX pousse ce mouvement un cran plus loin en assumant le statut de véritable station de delay.
Prix, disponibilité et positionnement
La TimeLine MX est annoncée à un prix public de 679 $ et déjà disponible. Le positionnement est haut, mais cohérent : Strymon la place explicitement au sommet de sa gamme delay, en miroir de la BigSky MX côté réverbération. Pour qui utilise le delay comme un véritable outil de composition et de mix — et non comme un simple effet d’appoint — la proposition tient debout. Pour un usage plus ponctuel, la TimeLine de première génération, toujours au catalogue et désormais plus abordable, reste un choix parfaitement défendable. Les détails complets figurent sur la page produit officielle.