Behringer AKS Mini : le synthé de poche qui ramène le son de l’EMS Synthi AKS à 119 €

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Annoncé il y a plus de trois ans, le Behringer AKS Mini est enfin passé en précommande, à 119 €. Ce petit synthétiseur analogique s’inspire directement de l’EMS Synthi AKS de 1971, l’un des instruments britanniques les plus mythiques de l’histoire électronique. Reste une question qui décidera de son intérêt réel : le format de poche a fait l’impasse sur l’élément le plus emblématique de son aîné.

Un mythe britannique condensé dans un format de poche

Pour comprendre ce que Behringer tente ici, il faut revenir à la source. Le VCS3, sorti en 1969, puis sa déclinaison portable Synthi A et sa version à clavier tactile Synthi AKS, ont posé les bases d’une école de synthèse à part. Là où les modulaires américains alignaient des rangées de jacks, le petit boîtier valise d’EMS misait sur une matrice de broches et une électronique volontairement instable, capable de partir dans des zones que peu de synthés savaient produire. On l’a entendu partout : dans les nappes et les bruitages de Pink Floyd, dans les textures de Brian Eno et de Roxy Music, jusque dans les productions plus récentes de Radiohead ou d’Aphex Twin.

Le problème, c’est le prix. Un Synthi AKS d’origine en bon état se négocie aujourd’hui à plusieurs milliers d’euros, et les rééditions officielles restent hors de portée de la plupart des musiciens. L’AKS Mini prend le contre-pied radical de cette rareté : reproduire le caractère sonore de la bête dans un objet que l’on glisse dans un sac, alimenté par une simple batterie externe.

Vue d'ensemble du Behringer AKS Mini avec clavier tactile et joystick
Crédit : Behringer

Ce que l’AKS Mini met sous le capot

Sous ses airs de jouet, le AKS Mini embarque une architecture analogique sérieuse. On y trouve trois oscillateurs à formes d’onde variables (dent de scie et carré) qui autorisent un jeu paraphonique à trois voix ou un mode unisson. Attention toutefois : contrairement à l’original, les trois oscillateurs ne se programment pas indépendamment. Ils partagent les réglages d’accordage et de dosage des formes d’onde, ce qui limite le contrepoint mais préserve l’essentiel du grain.

Le filtre reprend la logique du modèle historique, avec fréquence de coupure et résonance. L’enveloppe, elle, sort des sentiers battus : au lieu d’un classique ADSR, on dispose d’un générateur à quatre étages (attack, decay, on, off), dont le paramètre « off » permet de faire boucler l’enveloppe pour la transformer en LFO d’appoint. Un véritable LFO à quatre formes d’onde vient moduler hauteur et coupure. Côté jeu, le joystick deux axes, fidèle à l’esprit d’EMS, pilote deux paramètres assignables en temps réel — c’est là que le caractère expressif de l’instrument se révèle.

  • Séquenceur 16 pas avec enregistrement de mouvements (motion recording) et 10 emplacements mémoire.
  • Réverbération à ressort numérique intégrée, clin d’œil à la spring reverb de certains Synthi.
  • 27 touches tactiles pour un jeu direct, ou pilotage externe au clavier MIDI.
  • Alimentation USB-C (compatible batterie externe), entrée MIDI DIN 5 broches, prise de synchro 3,5 mm et sortie casque/ligne.
  • Implémentation MIDI complète (NRPN/CC sur tous les paramètres, sauvegarde et chargement en bloc), ce qui ouvre la porte à des éditeurs tiers.
CaractéristiqueEMS Synthi AKS (1971)Behringer AKS Mini
Oscillateurs3, réglables séparément3, réglages partagés (paraphonie/unisson)
Matrice de patchMatrice à broches 16×16Absente
Contrôleur de jeuJoystick 2 axesJoystick 2 axes
SéquenceurSéquenceur clavier AKS16 pas + motion recording
ConnectiqueJacks, CV analogiqueUSB-C, MIDI DIN, synchro 3,5 mm
Prix indicatifPlusieurs milliers d’euros (occasion)119 €
Face avant du Behringer AKS Mini : sections oscillateurs, filtre et enveloppe
Crédit : Behringer

La matrice manquante : ce qui change tout

Voici le point qui mérite qu’on s’y arrête. Sur un VCS3 ou un Synthi AKS, la matrice de broches n’était pas un accessoire : c’était l’instrument. Chaque broche plantée dans la grille créait une connexion de modulation, et c’est de cette liberté quasi expérimentale que naissait le son EMS — imprévisible, organique, jamais tout à fait le même deux fois. L’AKS Mini, faute de place, abandonne cette matrice 16×16. Behringer a d’ailleurs confirmé qu’un clone grand format du VCS3, matrice comprise, reste au programme.

Concrètement, l’instrument troque le semi-modulaire ouvert contre un routage pré-câblé, plus proche d’un synthé soustractif compact. On garde le grain et une partie de l’imprévisibilité via le jeu de l’enveloppe bouclée et du joystick, mais on perd le geste fondateur du patch libre. Ce n’est pas un défaut caché : c’est un choix de conception qu’il faut connaître avant de commander.

Mon avis. J’ai vu passer assez de rééditions de poche pour me méfier du « son de légende à petit prix ». Ici, le pari me paraît malgré tout honnête. À 119 €, personne ne prétend remplacer un Synthi d’origine ; l’objectif est de mettre une couleur et une philosophie de jeu à portée de main, et sur ce terrain Behringer sait faire quand le produit est bien pensé. Ma seule réserve tient précisément à la matrice absente : elle transforme un instrument-caractère en un très bon petit mono-paraphonique. Pour qui cherche le grain EMS et le joystick, l’affaire est excellente. Pour qui rêvait de replanter des broches, mieux vaut attendre le grand modèle promis.

Détail des commandes et du séquenceur du Behringer AKS Mini
Crédit : Behringer

Précommande, prix et positionnement

Le tarif de précommande est fixé à 119 €, en léger dépassement de la cible initiale (99 dollars) annoncée à l’origine. Car l’AKS Mini a une longue histoire : présenté dès 2022, promis pour l’été 2023, il aura finalement demandé plus de trois ans et demi avant d’atteindre les rayons. Ce genre de calendrier élastique est devenu une signature de la marque, qui multiplie les projets de rééditions miniatures.

L’AKS Mini vient d’ailleurs compléter une gamme de synthés analogiques de poche déjà bien fournie chez le constructeur, entre le CZ-1 Mini et son moteur de phase distortion et l’UB-1 Micro qui vise le son Oberheim Matrix. La logique est toujours la même : prendre un timbre coûteux et le rendre accessible, dans un boîtier nomade et pilotable en MIDI. Cette démocratisation des sons historiques n’est pas propre au monde analogique — on la retrouve aussi côté FM, comme avec le lecteur EMW DX7000 qui rejoue les patches du Yamaha DX-7.

Reste à juger l’AKS Mini sur pièce, une fois les premières unités livrées et mesurées. Les précommandes sont ouvertes chez les revendeurs habituels ; la fiche complète est consultable sur la page produit officielle Behringer. Si le grain tient ses promesses, ce petit boîtier pourrait bien devenir la porte d’entrée la plus abordable vers l’univers sonore d’EMS.

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About Author

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.

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