Soyuz ajoute un troisième membre à sa série 017, la gamme phare de la marque. Le Silver 17 est un micro à condensateur à large membrane et à lampe qui ne cherche pas à réinventer la signature maison : il conserve le bas du spectre généreux et le médium plein des 017, mais il déplace le curseur vers le haut avec davantage d’air, de présence et de définition. Le tout repose sur une capsule inédite, la première capsule edge-terminated conçue par la marque, et s’affiche à 4 999 $.
Une évolution de la série 017, pas une rupture
La série 017 s’est construite une réputation solide autour d’un caractère très « dense » : un grave charnu, un médium riche, une matière sonore qui se suffit souvent à elle-même dès la prise. Le Silver 17 s’inscrit dans cette lignée tout en visant un profil plus ouvert. Là où le 017 TUBE joue la carte du son lampe classique, lush et tridimensionnel, et où le 017 FET propose une réponse plus percutante en solid-state à sortie transformateur, le Silver 17 se positionne entre densité et air, avec une légère montée de présence dans le haut médium.
Soyuz revendique deux filiations pour ce voicing : une géométrie de capsule inspirée du K67 pour le corps et le médium, et l’influence du rare LOMO 19A18 soviétique — souvent comparé l’AKG C12 — pour l’aération et l’extension d’aigu. La marque assemble l’ensemble à la main, en interne, tube compris.
La capsule edge-terminated : là où se joue vraiment la nouveauté
Le cœur du Silver 17, c’est sa capsule S17E, une version edge-terminated de la S17 d’origine. Il s’agit d’une membrane de 34 mm usinée à la main et métallisée à l’or, entièrement développée par Soyuz. La différence tient à un détail de conception dont les conséquences sonores ne sont pas anodines.
Sur la capsule d’origine, la charge électrique transite par le centre de la membrane. Sur le Silver 17, elle est appliquée directement sur la membrane et acheminée par la bague de montage : il n’y a plus de vis centrale, donc plus d’obstruction au point le plus sensible de la membrane. Concrètement, la zone qui rayonne le plus dans l’aigu peut vibrer plus librement. Soyuz a profité de cette refonte pour revoir la résistance acoustique, la mécanique du backplate et la tension de la membrane. Le résultat annoncé : une articulation plus douce et une extension d’aigu accrue, sans durcir les transitoires.

Fiche technique : l’essentiel
| Caractéristique | Soyuz Silver 17 |
|---|---|
| Type | Condensateur à lampe, large membrane |
| Capsule | S17E edge-terminated, 34 mm, métallisée or, usinée à la main |
| Directivité | Cardioïde |
| Lampe | Pentode 6ZH1P de grade militaire |
| Réponse en fréquence | 20 Hz – 20 kHz |
| Bruit propre | 20 dB(A) |
| SPL max / dynamique | 140 dB / 120 dB |
| Sensibilité / impédance | 40 mV/Pa / 270 Ω |
| Livraison | Alimentation dédiée, suspension sur mesure, valise en chêne |
| Prix | 4 999 $ |
Ce qu’il vise en studio
Soyuz décrit un micro « puissant mais qui s’assied naturellement dans le mix ». Sur la voix, la marque parle d’un rendu aéré, en avant et intime, avec une présence qui ne verse jamais dans la dureté. Sur la guitare acoustique, les claviers ou les cordes, l’argument est celui d’un corps harmonique riche associé à une extension naturelle. En overhead ou sur les percussions, on cherche un shimmer doux et des transitoires définis sans excès de brillance. Le fil rouge est cohérent : capter une matière déjà « finie » à la source, pour limiter le travail de correction en aval.

Cette promesse d’un signal exploitable « dès la prise » a toutefois une conséquence à ne pas perdre de vue : un micro qui colore autant impose ses choix. C’est une signature, pas un outil neutre — et c’est précisément ce qu’on attend d’un micro à lampe de ce standing. Ceux qui cherchent une capture transparente iront voir ailleurs ; ceux qui veulent une couleur assumée trouveront ici un candidat sérieux, à condition d’accepter d’accorder le reste de la chaîne à ce caractère. Un préampli propre et une tranche de console à lampe bien choisie prolongeront cette logique de son travaillé en amont.
Positionnement et prix : un objet de haut de gamme
À 4 999 $, le Silver 17 ne s’adresse pas au home studio : c’est un micro de niche, pensé pour les studios et les ingénieurs qui investissent dans une couleur précise. Une Premier Edition limitée à 20 exemplaires a ouvert le bal, distribuée en exclusivité aux États-Unis via Sweetwater, avant une disponibilité plus large. Le positionnement le place face aux références à lampe modernes et aux rééditions « vintage », dans un segment où l’on paie autant l’ingénierie et la fabrication à la main que le simple relevé de courbe. Pour un budget plus contenu, la logique du condensateur à lampe abordable reste incarnée par des propositions comme l’United UT Tube67, tandis que le home studio trouvera son compte du côté de micros à condensateur plus accessibles, à l’image des AKG C-Series.

Mon avis
J’ai dirigé assez de sessions avec des M49, des U87 ou un ATM4040 pour me méfier des micros « magiques ». Ce qui me retient ici, ce n’est pas le vernis marketing autour du son « prêt à mixer » — cette formule vend à peu près tous les micros haut de gamme du marché — mais le choix de conception : passer une capsule maison en edge-terminated pour libérer le point le plus sensible de la membrane, c’est une décision d’ingénierie réelle, pas un argument de brochure. Reste la vraie question, celle que 4 999 $ pose crûment : est-ce que ce supplément d’air justifie l’écart avec un bon U87 ou un vintage bien remis en état ? La réponse se joue à l’oreille, sur une voix précise, dans un studio précis. Pas sur une fiche technique — et surtout pas sur un communiqué.
À retenir
Le Silver 17 n’est pas une révolution : c’est une extension maîtrisée d’une gamme déjà installée, qui étire son caractère vers l’aigu grâce à une capsule repensée. C’est un objet de studio haut de gamme, cohérent avec ce que Soyuz sait faire, et clairement destiné à ceux qui achètent une couleur plutôt qu’un micro passe-partout. La fiche produit complète est disponible sur le site du fabricant.