Il aura fallu attendre quarante ans, mais l’Oberheim Matrix-12 a enfin une version logicielle que la marque reconnaît comme la sienne. GForce Software a sorti le 5 novembre 2026 un instrument qui reprend l’architecture du polyphonique de 1985, avec l’aval d’Oberheim et la participation de Marcus Ryle, co-concepteur de la machine d’origine. C’est le seul titre à pouvoir se présenter comme le Matrix-12 et le Xpander officiels en logiciel.

Un classique de 1985 porté en logiciel sous licence
Le Matrix-12 matériel réunissait douze voix analogiques et une idée neuve pour l’époque : au lieu de câbler en dur quelques modulations, Oberheim laissait l’utilisateur relier n’importe quelle source à n’importe quelle destination par logiciel interne. Cette matrice a donné son nom à l’instrument et inspiré une bonne partie des synthétiseurs qui ont suivi. L’original se négocie aujourd’hui très cher et reste délicat à entretenir, le logiciel arrive donc sur un terrain où la demande ne faiblit pas, comme le montrent les clones matériels récents, du Behringer UB-1 Micro au Shear Electronics Relic.
GForce n’en est pas à son premier Oberheim : l’éditeur britannique a déjà signé des recréations de l’OB-X et de l’OB-E. Ici, la collaboration avec Marcus Ryle change la donne, puisqu’elle donne accès au comportement exact de l’instrument plutôt qu’à une approximation. La version d’Arturia, longtemps la seule option logicielle sérieuse, repose sur une modélisation maison sans ce lien direct avec les concepteurs.
Douze voix, deux oscillateurs et quinze modes de filtre
Chaque voix embarque deux oscillateurs à ondes triangle, dent de scie et carrée. Le second ajoute le bruit, la synchronisation dure et la modulation de fréquence, de quoi sortir du registre purement chaleureux pour aller vers des timbres plus métalliques. Vient ensuite le filtre, qui reste le point fort de la machine : quinze modes au total, du passe-bas un à quatre pôles au passe-haut, passe-bande, réjecteur et phase, avec les combinaisons qui ont fait la réputation du Matrix-12. Deux amplificateurs placés en série referment la chaîne.

La matrice de modulation, le cœur de l’instrument
Le vrai sujet, c’est la modulation. Chaque voix dispose de cinq enveloppes, cinq LFO, quatre rampes, trois suiveurs, un processeur de lag et un vibrato dédié. Les sources de jeu complètent la liste : clavier, vélocité d’attaque et de relâchement, pression, molette de pitch, molette de modulation, support complet du MPE, valeur aléatoire tirée à chaque note et quatre macros globales. N’importe laquelle de ces sources rejoint n’importe quelle destination, y compris elle-même, et chaque paramètre offre six emplacements de modulation bipolaires. GForce a modernisé la saisie avec un routage par glisser-déposer et une visualisation en temps réel, de quoi rendre lisible une matrice qui, sur le matériel, demandait patience et mémoire.

Mode Multi, MPE et effets intégrés
En mode Single, l’instrument joue en polyphonie classique avec unisson, désaccordage et étalement stéréo. Le mode Multi reprend l’esprit multitimbral de l’original : six zones de clavier qui peuvent se chevaucher, chacune avec sa propre allocation de voix, son canal MIDI et son micro-arpégiateur. Deux effets sont intégrés, un délai stéréo et une réverbe matricielle, avec des départs par voix en mode Multi. La banque de sons dépasse 570 patches, dont plus de 380 inédits et plus de 190 repris des mémoires d’origine du Matrix-12 et du Xpander.

Prix, disponibilité et formats
L’instrument est disponible immédiatement pour Mac et PC, en autonome et en plugin. Le détail des tarifs et de la compatibilité :
| Élément | Détail |
|---|---|
| Prix de lancement | 83,99 dollars / 69 livres / 83,99 euros, jusqu’au 5 décembre 2026 |
| Prix public | 119,99 dollars / 99 livres / 119,99 euros |
| Formats | Autonome, AU, AAX, VST2, VST3 (Mac et PC) |
| Configuration Mac | Intel ou Apple Silicon, macOS 10.15 ou ultérieur, 8 Go de RAM |
| Configuration PC | Intel i5 / Ryzen 5, Windows 8 ou ultérieur, 8 Go de RAM |
| Essai | Démo gratuite de 14 jours |
Les habitués des recréations analogiques virtuelles retrouveront une logique proche de celle de l’Isla Electronics ASYX, autre poids lourd polyphonique passé au logiciel cet automne.
Mon avis
Un Matrix-12 officiel développé avec l’un de ses pères, voilà la meilleure nouvelle possible pour qui a toujours regardé l’original de loin. La matrice de modulation gagne énormément à passer sur un écran large : une programmation qui prenait dix minutes sur la machine se lit d’un coup d’œil et s’édite au glisser-déposer. Reste à juger le filtre à l’oreille, parce que tout se joue là sur ce synthé. Si le grain tient ses promesses, le tarif de lancement en fait une porte d’entrée facile vers un son qui coûtait jusqu’ici le prix d’une petite voiture.