L’Alesis Andromeda A6 fait partie de ces synthétiseurs qu’on cite toujours et qu’on ne croise presque jamais : seize voix analogiques, une architecture tentaculaire, une production arrêtée en 2010 et une cote qui grimpe depuis. Avec ASYX, Isla Electronics propose ce que personne n’avait vraiment tenté : une émulation logicielle complète de l’instrument, modélisée de bout en bout plutôt qu’échantillonnée.
Le développeur Brad Holland annonce la couleur : aucun sample, aucune banque Kontakt, mais une reconstruction du comportement de l’A6, de ses oscillateurs à ses filtres. ASYX tourne en application autonome et en plugin VST3 et AU, sur macOS (Apple Silicon et Intel) comme sur Windows.

Seize voix, deux oscillateurs modélisés sur l’ASIC d’origine
ASYX reprend l’architecture 16 voix et 16 parties multitimbrale de l’Andromeda, splits et couches compris. Chaque voix embarque deux oscillateurs modélisés d’après l’ASIC maison de l’A6, avec formes d’onde simultanées, sous-oscillateurs, PWM, synchronisation hard et soft, et FM. Le mélangeur pré-filtre ajoute bruit et modulation en anneau, exactement comme sur la machine.
Le double étage de filtrage est le cœur du caractère Andromeda, et ASYX le restitue fidèlement :
- Filtre 1 : dérivé du légendaire Oberheim SEM, multimode 12 dB/octave.
- Filtre 2 : dérivé du Moog 904A, multimode 24 dB/octave (passe-bas, passe-haut, passe-bande, réjecteur).
- Routage série ou parallèle, avec mélange indépendant avant et après filtrage.
Une modulation digne d’un semi-modulaire
Là où beaucoup d’émulations simplifient, ASYX garde la générosité de l’original. On dispose de trois LFO multi-ondes avec décalages, phases de départ, retard et déclenchements, de trois enveloppes à sept segments (type DADDSRR) proposant neuf courbes, bouclage et redéclenchement, d’un échantillonneur-bloqueur et d’un générateur de suivi. Le routage reste ouvert, dans l’esprit semi-modulaire de la matrice d’origine, et des réglages de variation indépendants pour les oscillateurs, les filtres et les temps d’enveloppe réintroduisent les petites imperfections qui faisaient vivre l’analogique.

Côté jeu et séquençage, on retrouve un séquenceur 16 pas avec contrôles par pas, un arpégiateur doté de sa propre grille et une section de 29 effets numériques — chorus, delay, réverbération et configurations combinées. L’aftertouch polyphonique est pris en charge.
1 200 programmes et un dialogue avec le matériel
ASYX arrive avec plus de 1 200 programmes, dont les sons d’usine historiques et des banques d’artistes, servis par un navigateur de presets à recherche et filtres. Le détail qui parlera aux propriétaires d’A6 : l’éditeur est bidirectionnel. Logiciel et machine réagissent aux changements de l’autre, et ASYX importe les programmes et banques SysEx d’origine. Autrement dit, le plugin sert aussi de télécommande et de bibliothèque pour l’instrument matériel.

Dans le paysage des synthés modélisés, ASYX joue dans une cour différente de celle des rééditions matérielles comme les Roland JUPITER-08 et n/vision : ici, pas de panneau à toucher, mais toute la profondeur d’un monstre analogique dans un plugin. C’est aussi le prolongement logique du travail d’Isla Electronics sur le matériel, après le Caladan. Et pour qui cherche un gros polyphonique tout-logiciel bien conçu, il rejoint une famille déjà fournie, aux côtés du Rob Papen QUAD 2.
Prix et disponibilité
ASYX est disponible immédiatement au prix de lancement de 99 € au lieu de 149 €, jusqu’au 5 novembre 2026. La page officielle se trouve chez Isla Electronics.
Mon avis
Modéliser l’Andromeda relevait un peu du défi impossible : c’est l’un des analogiques les plus complexes jamais produits, et le piège aurait été d’en livrer une version édulcorée. ASYX prend le parti inverse en conservant les deux filtres, la matrice de modulation et jusqu’aux imperfections de voix. À 99 €, le ticket d’entrée est dérisoire face à la cote d’un A6 d’occasion. Reste la vraie question, que seul l’usage tranchera : la magie sonore de l’original passe-t-elle le cap du tout-numérique ? Les premiers retours sont enthousiastes, et le dialogue bidirectionnel avec la machine est un joli geste envers les propriétaires.