Polyend ne fait pas dans la demi-mesure avec la Drums. Le constructeur polonais, connu pour ses grooveboxes accessibles comme la Tracker ou la Play, signe ici sa machine la plus haut de gamme : une boîte à rythmes hybride qui combine synthèse analogique véritable et moteurs numériques, le tout piloté par un séquenceur profond et logé dans un bloc d’aluminium usiné. Après une première présentation au printemps, la Drums est désormais en production, et le premier lot s’est écoulé assez vite pour que les réservations basculent déjà sur une seconde salve.
Quatre voix analogiques, quatre pistes numériques
Le cœur du projet, c’est son architecture hybride. Quatre des huit pistes reposent sur de vraies voix analogiques, chacune bâtie autour de deux oscillateurs SSI2130, d’un filtre multimode SSI2140 (passe-bas, passe-haut, passe-bande), d’un VCA SSI2164 et d’un générateur de bruit analogique. À cela s’ajoute un oscillateur numérique par voix, pour empiler des couches hybrides ou moduler en FM. On tient là de quoi sculpter des kicks profonds, des toms qui claquent et des percussions métalliques crédibles, sans passer par l’échantillon.
Les quatre autres pistes sont numériques et puisent dans une bibliothèque de cinquante instruments assortis de plus de cinq cents mutations. Les méthodes couvrent large : modélisation analogique virtuelle, wavetable, FM, modélisation physique et lecture d’échantillons. Autrement dit, la même machine passe d’une 808 chaleureuse à une nappe granuleuse ou à un hi-hat de synthèse sans changer d’outil.

Un séquenceur pensé pour composer, pas seulement pour taper
Là où beaucoup de boîtes à rythmes se contentent d’un pas-à-pas basique, la Drums déroule un séquenceur à huit pistes, jusqu’à soixante-quatre pas par piste, avec verrouillage de tous les paramètres (les fameux parameter locks), enregistrement en temps réel, répétitions de pas, conditions, probabilité et micro-timing. On peut enchaîner les motifs, puis les organiser en morceaux : quarante-huit emplacements de songs avec un vrai mode arrangement. S’ajoutent des outils génératifs (aléatoire, séquenceur euclidien, générateurs de patterns) et huit LFO indépendants offrant vingt-neuf formes d’onde. De quoi laisser la machine proposer des idées quand la page blanche menace.
Effets et connectique de studio
Le traitement n’est pas en reste : dix effets d’insert séquençables par piste, deux bus de départ donnant accès à cinquante-deux effets d’envoi, et un bus master doté d’un égaliseur huit bandes et d’un compresseur avec entrée sidechain. Côté raccordement, la Drums assume son statut de pièce maîtresse : deux sorties stéréo sur jack 6,35 mm, huit sorties individuelles pour éclater chaque instrument vers une console ou une carte son, deux entrées pour traiter des sources externes, une prise casque, du MIDI in/out/thru sur mini-jack et de l’USB-C. Le traitement interne tourne en virgule flottante 32 bits à 96 kHz, avec des convertisseurs 24 bits/96 kHz et 32 Go de stockage.

Les caractéristiques qui comptent
| Élément | Détail |
|---|---|
| Voix analogiques | 4 (2× SSI2130, filtre SSI2140, VCA SSI2164, bruit + oscillateur numérique) |
| Pistes numériques | 4 (VA, wavetable, FM, modélisation physique, samples) — 50 instruments, 500+ mutations |
| Séquenceur | 8 pistes, 64 pas max, p-locks, conditions, probabilité, 48 songs |
| Effets | 10 inserts/piste, 2 bus de départ (52 effets), master EQ 8 bandes + compresseur |
| Sorties audio | 2 stéréo + 8 individuelles + casque (jack 6,35 mm) |
| Numérique | 32 bits flottant / 96 kHz interne, convertisseurs 24 bits/96 kHz, 32 Go |
| Prix | 2 699 € |
Où elle se situe
À ce tarif, la Drums ne joue pas dans la cour des grooveboxes d’entrée de gamme : elle vise le sommet du marché des boîtes à rythmes de studio, là où l’on trouve les machines à voix analogiques à sorties séparées. L’idée de réunir de vraies voix analogiques et une couche numérique aussi vaste dans un seul boîtier reste rare, et le soin apporté à la connectique montre que Polyend pense mixage multipiste et intégration studio, pas seulement jam de salon. Ceux qui aiment éclater leurs percussions vers la console retrouveront ici la même logique que les huit sorties séparées de l’Elektron Outbox 8, mais intégrée d’origine.
La marque n’en est pas à son coup d’essai côté machines inspirées : on l’a vue récemment décliner l’idée du sampling créatif avec la Polyend Loop et ses quatre loopers, et l’univers des grooveboxes s’enrichit sans cesse, jusqu’aux rééditions logicielles de classiques Elektron. La Drums, elle, mise sur le hardware sans compromis.
Disponibilité
La Polyend Drums est affichée à 2 699 €, en noir ou en argent. Le premier lot de production étant parti, les commandes se reportent sur la salve suivante, avec des livraisons annoncées pour la fin d’année. La fiche complète est consultable sur la page officielle Polyend.

Mon avis
Voilà une boîte à rythmes qui refuse de choisir entre le grain analogique et la souplesse numérique, et c’est exactement ce qui la rend intéressante. Le pari n’est pas anodin : à 2 699 €, la Drums se place face à des références installées, et il faudra qu’elle tienne ses promesses de fiabilité et de rendu sonore une fois sur les tables. Mais l’approche — huit pistes hybrides, sorties individuelles, séquenceur généreux — parle directement à qui produit vraiment ses rythmiques et veut les mixer piste par piste. Reste la vraie question du moment : est-ce la machine qui fera oublier la course aux plugins à ceux qui rêvent encore de poser les mains sur du matériel ?