Il y a des modules qui deviennent des classiques sans jamais avoir cherché à l’être. Le Radio Music de Music Thing Modular fait partie de ceux-là : un petit lecteur d’échantillons de 4 HP qui se comporte comme une radio que l’on accorde à la tension de commande, quelque part entre la bande magnétique et le vieux sampler. Une décennie après l’original, Tom Whitwell le remet à plat avec un Mk2 qui garde l’esprit et change presque tout le reste.
Un classique du DIY, reconstruit de fond en comble
Le principe n’a pas bougé : vous chargez des fichiers audio sur une carte microSD, vous les rangez en stations, et le module rejoue ces sons comme si vous tourniez le bouton d’un poste de radio. Selon la matière que vous y déposez — nappes, enregistrements de terrain, boucles rythmiques, bruits en tout genre — le Radio Music devient une réserve de son imprévisible, idéale pour nourrir un patch modulaire ou lancer une idée.
La vraie différence tient au matériel. Le Mk2 passe sur le processeur RP2040, le même que celui qui anime le Workshop Computer et le contrôleur 8mu de la marque. Concrètement, la lecture gagne en définition : le plancher de bruit descend sous les -86 dB et la latence de déclenchement tombe sous les 2 ms. Les variations de vitesse, elles, restent fluides, avec ce grain de bande que les habitués apprécient.

Stations, vitesse, boucles : ce que fait vraiment le module
Le Radio Music Mk2 lit des fichiers WAV, AIFF et RAW jusqu’en 24 bits / 96 kHz, depuis une carte microSD acceptée jusqu’à 2 To. Vous organisez vos sons en 16 stations au maximum, chacune contenant autant de fichiers que vous le souhaitez. La plage de vitesse s’étend de -2 à +2 octaves, ce qui autorise aussi bien les ralentis extrêmes que les montées dans les aigus.
Plusieurs modes de jeu cohabitent. Le mode chromatique suit le 1 V/octave et transforme le module en lecteur accordable, pratique pour jouer un échantillon à la hauteur voulue. Le mode vitesse découple lecture et hauteur, le mode boucle propose une lecture avant ou un aller-retour (ping-pong), et un bouton START fixe le point de départ de l’échantillon. Le mode accordeur, enfin, offre trois caractères — net, doux, radio — pour trouver la bonne station en douceur ou, au contraire, brutalement.

Une télécommande optionnelle et un module toujours ouvert
Nouveauté côté ergonomie : une prise USB-C accueille la Radio Remote, une télécommande vendue à part. Il s’agit en réalité d’un firmware alternatif pour le contrôleur USB MIDI 8mu de la marque, qui vient piloter le module à distance. C’est optionnel, mais cela change la façon de jouer en live, surtout quand le module est perdu au fond d’un grand système.
Fidèle à l’ADN de Music Thing Modular, le Mk2 reste ouvert : le code est libre et le développement de firmwares alternatifs est ouvertement encouragé. C’est précisément ce qui avait donné au premier Radio Music une seconde vie communautaire, avec des variantes de lecture imaginées par les utilisateurs eux-mêmes. Le format, lui, ne change pas : 4 HP, 25 mm de profondeur, compatible skiff.
Les caractéristiques à retenir
| Élément | Détail |
|---|---|
| Format | Eurorack 4 HP, 25 mm de profondeur, compatible skiff |
| Processeur | RP2040 (comme le Workshop Computer et le 8mu) |
| Fichiers | WAV, AIFF, RAW jusqu’à 24 bits / 96 kHz |
| Stockage | microSD jusqu’à 2 To, 16 stations |
| Audio | Plancher de bruit sous -86 dB, latence < 2 ms |
| Vitesse | -2 à +2 octaves |
| Modes | Chromatique (1 V/oct), vitesse, boucle (avant/ping-pong), accordeur, pulse |
Prix et disponibilité
Le Radio Music Mk2 est proposé en précommande sous deux formes. La version assemblée s’affiche autour de 149 £ pour le panneau noir et 156 £ pour l’aluminium (hors TVA) ; le kit à monter soi-même descend à 115/125 £. La Radio Remote optionnelle est annoncée à environ 130 $ assemblée ou 105 £ en kit. Les livraisons sont attendues pour octobre 2026. À ce tarif, et avec un kit à souder qui reste accessible, le module vise autant les modularistes confirmés que celles et ceux qui veulent se lancer dans le DIY eurorack.

Dans un univers modulaire où les lecteurs d’échantillons se multiplient, le Radio Music garde une place à part : celle du module joueur, un peu imprévisible, que l’on garde pour la surprise plus que pour la précision. Si vous cherchez une machine à idées plus complète, la Polyend Loop joue dans une autre catégorie ; côté eurorack, le Shakmat Lancer’s Lash et l’Elektron Outbox 8 montrent la vitalité actuelle du petit format.
Mon avis
Le pari est malin : garder un module culte tel qu’on l’aime et ne toucher qu’à ce qui coinçait vraiment, c’est-à-dire le bruit et la réactivité. Le passage au RP2040 n’est pas un gadget, il répond à la seule critique sérieuse que l’on adressait au premier Radio Music. Le reste — le côté radio hasardeuse, la carte microSD que l’on remplit de ses propres trouvailles, le firmware libre — demeure intact, et c’est tant mieux. À 115 £ en kit, c’est aussi une très belle porte d’entrée vers la soudure eurorack. Reste une affaire de goût : ce module récompense celles et ceux qui acceptent de lâcher un peu le contrôle. Si vous voulez tout maîtriser à l’échantillon près, regardez ailleurs ; si vous aimez être surpris par votre propre système, il est difficile à battre.