Il y a des annonces qui sortent du flot habituel des clones et des mises à jour. Airteq, dévoilé le 15 septembre 2026 par le français Modartt, est de celles-là. La maison connue pour Pianoteq et Organteq ne propose ni banque de samples ni énième synthétiseur soustractif : son nouvel instrument fabrique le son en simulant, note après note, le comportement de l’air dans un tuyau. Le résultat se situe quelque part entre le synthétiseur et l’orgue, avec une matière sonore que peu de plugins savent produire.

Une modélisation qui part du souffle, pas de l’onde
Le cœur d’Airteq s’appuie sur une technologie maison baptisée Dynamic Aerophone Modeling (DAM). Là où un synthétiseur classique démarre d’un oscillateur, Airteq part de la source réelle d’un instrument à vent : le flux d’air. Le moteur simule tout le trajet, de l’alimentation en air jusqu’à la mise en résonance du tuyau, et surtout la façon dont chaque tuyau réagit quand on fait varier ce souffle. C’est cette variation continue qui devient la matière expressive de l’instrument, et non un simple filtre placé en bout de chaîne.
Concrètement, vous choisissez des familles de tuyaux — flûtes, anches, mixtures — au timbre nettement distinct, puis vous décidez de leur réaction au souffle grâce à trois modèles : attaque de flûte avec suraigu (overblow), glissando, ou hauteur stable. Chaque tuyau se règle ensuite sur quatre paramètres simples : accord, air, volume et panoramique. On empile, on désaccorde légèrement, on ouvre le souffle : la nappe respire.

Un instrument pensé pour la modulation
Airteq n’est pas une curiosité figée. Il embarque de quoi mettre le son en mouvement en profondeur : trois enveloppes ADSR, trois LFO, deux macros et des contrôles gestuels. La prise en charge de la vélocité, du pitch bend, de l’aftertouch et du MPE complète le tableau, ce qui en fait un candidat sérieux pour les contrôleurs expressifs et les claviers à expression polyphonique. Une réverbe à convolution, avec plusieurs réponses impulsionnelles, place tout ce petit monde dans un espace crédible.
Pour démarrer, l’instrument arrive avec plus de 170 presets orientés nappes évolutives, atmosphères cinématiques, sons aériens et pulsations rythmiques. C’est un choix cohérent : la promesse d’Airteq tient moins dans l’imitation d’un orgue à tuyaux que dans l’exploration d’un territoire hybride, entre design sonore et jeu instrumental.
Formats, plateformes et prix
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Moteur | Modélisation physique — Dynamic Aerophone Modeling |
| Familles de tuyaux | Flûtes, anches, mixtures — 3 modèles de réponse au souffle |
| Modulation | 3 enveloppes ADSR, 3 LFO, 2 macros, MPE, aftertouch |
| Presets | Plus de 170 |
| Formats | Autonome, VST3, AU, LV2, AAX |
| Plateformes | macOS (Apple Silicon + Intel), Linux, Windows |
| Prix | 99 euros (version d’essai gratuite) |
Où se situe Airteq dans le paysage
Modartt joue sur un terrain qu’il connaît par cœur : la modélisation physique, qui reconstruit un instrument à partir de sa physique plutôt que d’un enregistrement. C’est l’approche qui a fait la réputation de Pianoteq. Airteq déplace cette logique vers les aérophones et, ce faisant, s’éloigne des grandes familles classiques que sont la synthèse soustractive ou la synthèse FM. Il partage en revanche un cousinage évident avec la synthèse granulaire dans son goût pour les textures qui évoluent en continu.
Pour un compositeur à l’image ou un sound designer, l’intérêt est immédiat : obtenir des nappes organiques et des atmosphères qui ne sentent pas le sample rejoué, sans devoir empiler dix couches. Pour le musicien de studio, c’est une palette de plus, singulière, à 99 euros — un tarif qui ne demande pas de longue réflexion budgétaire. La version d’essai permet de se faire une idée avant l’achat.
Mon avis
Airteq réussit ce qui rate souvent en modélisation physique : donner envie de jouer plutôt que d’admirer la prouesse technique. Le souffle traité comme un paramètre vivant change vraiment la façon d’aborder une nappe, et le MPE ouvre un jeu expressif que les banques de samples ne proposeront jamais. On regrettera peut-être que la promesse « orgue à tuyaux » reste discrète : c’est surtout un excellent générateur de textures. À 99 euros, avec un essai gratuit, la question n’est pas de savoir s’il vaut le coup, mais quelle place il prendra dans vos sessions. Modartt confirme, encore, qu’il pense les instruments autrement.
Page officielle Airteq (Modartt)
