Une table de mixage se lit comme un plan de métro : des lignes qui entrent d’un côté, des correspondances au milieu, des lignes qui ressortent de l’autre. Sans ce plan en tête, la face arrière d’une console de seize voies ressemble à un mur de prises. Avec lui, chaque câble trouve sa place en quelques secondes, et le même raisonnement vaut pour une petite analogique de bar comme pour un pupitre numérique de tournée.
Ce guide pose le schéma de principe, détaille les entrées et les sorties une par une, puis l’applique à trois configurations types. Pour les cas déjà traités en détail — le branchement d’un retour de scène et le raccordement d’enceintes amplifiées —, les guides dédiés prennent le relais.
L’essentiel
- Le signal traverse la console dans un seul sens : sources, préamplis, tranches, bus, sorties. Chaque prise de la face arrière appartient à l’une de ces étapes.
- Une entrée se choisit d’après le niveau de la source — micro, instrument ou ligne —, le connecteur vient ensuite.
- Chaque destination a sa sortie : la façade sur le master, les retours sur des auxiliaires pré-fader, les effets sur des auxiliaires post-fader, l’enregistrement sur la sortie 2-track ou l’USB.
- Entre la console et le reste du système, la liaison se fait en ligne symétrique (XLR ou jack TRS) ; le câble haut-parleur n’intervient qu’après un amplificateur.
Le schéma de principe : trois zones, un seul sens
Toute console, analogique ou numérique, organise le trajet du signal en trois zones. À gauche, les sources : micros, instruments, lecteurs, ordinateur. Au centre, la console elle-même, qui amène chaque source au niveau de travail (le préampli et son gain), la traite dans sa tranche (égaliseur, dynamique), puis la répartit dans des bus — le master, les auxiliaires, les groupes. À droite, les destinations : la diffusion façade, les retours de scène, les effets, l’enregistrement.
Ce découpage a une conséquence pratique : une prise ne sert jamais à « un peu tout ». Une entrée micro attend un micro, une sortie auxiliaire alimente un retour ou un effet, la sortie générale alimente la façade. Les ennuis commencent quand une prise est détournée de son rôle — une sortie casque pour attaquer une enceinte, une entrée micro pour un lecteur au niveau ligne. La logique des bus et du routage mérite d’ailleurs d’être comprise pour elle-même : c’est elle qui rend une console numérique lisible.
Les entrées : le niveau d’abord, le connecteur ensuite
Devant une source, la bonne question n’est pas « quelle prise ? » mais « quel niveau ? ». Trois familles coexistent, séparées par des écarts considérables. Un micro délivre quelques millivolts ; un clavier ou la sortie d’un lecteur professionnel, plus d’un volt. Entre les deux, une cinquantaine de décibels : c’est tout le travail du préampli de ramener chacun au même niveau de travail.
| Source | Niveau typique | Connecteur | Où la brancher |
|---|---|---|---|
| Micro dynamique | Niveau micro, de l’ordre de -50 dBu | XLR | Entrée micro, gain élevé |
| Micro statique, boîte de direct active | Niveau micro | XLR | Entrée micro, alimentation fantôme +48 V activée |
| Guitare, basse à micros passifs | Niveau instrument, haute impédance | Jack TS | Entrée Hi-Z, ou boîte de direct puis entrée micro |
| Clavier, synthé, lecteur professionnel | Niveau ligne, +4 dBu | Jack TRS ou XLR | Entrée ligne |
| Ordinateur, smartphone, lecteur grand public | Niveau ligne, -10 dBV | Mini-jack, RCA, USB | Entrée stéréo ou canal USB |
Les entrées combo, qui acceptent un XLR ou un jack dans la même embase, brouillent un peu les pistes : sur beaucoup de consoles compactes, le XLR attaque le préampli micro tandis que le jack traverse un atténuateur pour accepter un niveau ligne. D’où l’intérêt de la touche PAD, une atténuation d’une vingtaine de décibels, quand une source ligne doit malgré tout passer par une entrée micro.
La guitare et la basse méritent un mot. Leurs micros passifs ont une impédance de sortie élevée et supportent mal une entrée ordinaire : le son y perd ses aigus et son mordant. Deux solutions : une entrée marquée Hi-Z ou Inst, présente sur de nombreuses consoles compactes, ou une boîte de direct, qui convertit le signal en niveau micro symétrique et autorise une grande longueur de câble jusqu’à la régie.
Inserts et effets : les connexions qui font l’aller-retour
Deux types de connexions ne sont ni des entrées ni des sorties au sens strict, et ce sont elles qui déroutent le plus souvent. L’insert d’abord : une prise jack TRS sur la tranche, qui envoie le signal vers un processeur externe (compresseur, égaliseur) et le fait revenir au même endroit. Sur la grande majorité des consoles, la pointe porte le départ et la bague le retour ; un câble en Y — un jack TRS d’un côté, deux jacks TS de l’autre — suffit à intercaler le processeur. En cas de doute, le manuel de la console tranche.
Les effets ensuite. Une réverbération ou un délai externes se branchent en boucle : un auxiliaire réglé en post-fader alimente l’entrée du multi-effet, dont la sortie revient sur une paire d’entrées ligne ou sur les retours stéréo prévus à cet usage. Le post-fader garantit que l’effet suit le niveau de la source : quand le fader descend, la réverbération descend avec lui. La différence entre départs pré et post-fader est détaillée dans notre guide des auxiliaires d’une console.
Les sorties : une destination, une sortie
Côté sorties, la règle est la même : chaque destination possède sa prise, et aucune n’est interchangeable. Le schéma ci-dessous résume la face arrière d’une console de taille moyenne.
La sortie générale (main L/R), presque toujours en XLR symétrique au niveau ligne, attaque la façade : directement des enceintes amplifiées, ou des amplificateurs qui alimentent des enceintes passives. Les auxiliaires pré-fader alimentent les retours de scène, parce que le mix des musiciens ne doit pas bouger quand on retouche la façade. Les groupes et matrices, sur les consoles qui en disposent, servent aux diffusions secondaires : rappels en fond de salle, zones, flux vers une régie vidéo. La sortie 2-track, souvent en RCA au niveau grand public, et le port USB servent à l’enregistrement. La sortie casque, elle, sert au contrôle.

La sortie casque n’est pas une sortie ligne
Faute de sortie libre, la tentation est grande d’alimenter une enceinte ou un enregistreur depuis la prise casque. Le signal y est asymétrique, son niveau dépend du potentiomètre casque, et l’étage est dimensionné pour des écouteurs, pas pour dix mètres de câble. Pour une répétition, ça dépanne ; en prestation, un auxiliaire libre fait le même travail proprement.
Trois configurations types
Petite sonorisation : conférence, bar, répétition
Le cas le plus courant : deux ou trois micros, un ordinateur pour la musique d’ambiance, une paire d’enceintes amplifiées. Les micros entrent en XLR sur les entrées micro, l’ordinateur sur une entrée stéréo (mini-jack vers deux jacks, ou USB si la console le permet), et la sortie générale part en XLR vers l’entrée ligne de chaque enceinte. Le seul réglage piège se trouve sur l’enceinte elle-même : son sélecteur doit être sur LINE, pas sur MIC. Niveaux, symétrie et ordre de réglage du gain sont détaillés dans notre guide pour brancher des enceintes amplifiées sur une table de mixage. Les constructeurs publient aussi des schémas types très lisibles pour ce genre d’installation, à l’image des guides de mise en place de Yamaha.
Groupe en concert, avec retours
Dès qu’un groupe joue sur scène, la distance entre plateau et régie impose un boîtier de scène : les micros s’y branchent au pied des musiciens, et un multipaire — un seul gros câble qui réunit plusieurs paires symétriques — rejoint la console. Les retours font le chemin inverse dans le même multipaire : chaque auxiliaire pré-fader redescend vers un départ du boîtier, qui alimente un retour amplifié, ou un amplificateur relié au retour passif par un câble haut-parleur Speakon. La mécanique complète d’un départ retour est décrite pas à pas dans notre guide pour brancher un retour dans une table de mixage.

Ce qui fait gagner du temps ici, c’est le plan de patch : un tableau qui associe chaque source à un numéro d’entrée du boîtier, donc à une tranche de la console. Grosse caisse sur l’entrée 1, voix lead sur la 12 : quand la liste suit le même ordre partout, un technicien d’accueil peut câbler le plateau sans vous.
Console numérique, boîtier réseau et enregistrement
Sur une configuration numérique actuelle, le multipaire en cuivre s’efface au profit d’un boîtier de scène numérique : il abrite les préamplis micro, convertit tout au pied de la scène et dialogue avec la console par un simple câble réseau, en Dante, en AES50 ou dans le protocole propre au constructeur. Les retours ressortent par les sorties du même boîtier. La console, elle, se relie à un ordinateur en USB ou en réseau pour enregistrer chaque piste séparément — de quoi reprendre le mixage au calme, ou préparer une balance virtuelle pour la date suivante.
Le câblage s’en trouve considérablement allégé, mais un maillon apparaît : le réseau. Un câble réseau abîmé ou un switch mal configuré se traduit par des coupures, pas par un souffle. Le passage du multipaire analogique à l’audio sur réseau est détaillé dans notre dossier sur le patch et le boîtier de scène en sonorisation live.
Quel câble pour quelle liaison
Cinq connecteurs couvrent l’essentiel d’une installation, chacun avec un domaine précis.
- XLR : trois broches, liaison symétrique. Micros, liaisons de ligne longues, sorties principales : c’est le connecteur par défaut dès qu’il y a de la distance.
- Jack TRS (pointe, bague, corps) : symétrique en liaison de ligne mono, mais aussi utilisé pour les inserts et les casques. Même prise, trois usages : la sérigraphie de la console fait foi.
- Jack TS (pointe, corps) : asymétrique. Instruments, pédales d’effet, liaisons courtes.
- RCA : asymétrique, niveau grand public. Lecteurs, platines derrière leur préampli, sortie 2-track.
- Speakon : liaison de puissance entre un amplificateur et une enceinte passive, et uniquement celle-là. Son verrouillage et son format le rendent impossible à confondre avec un câble de ligne.
La liaison symétrique n’a rien d’un raffinement : le signal voyage sur deux conducteurs en polarité inversée, et l’entrée qui les reçoit élimine ce qu’ils ont capté en commun — ronflements, parasites. C’est ce qui permet de tirer des dizaines de mètres de câble de ligne sans bruit, là où une liaison asymétrique commence à ronfler au-delà de quelques mètres.
L’ordre d’allumage
Les amplificateurs et les enceintes amplifiées s’allument en dernier et s’éteignent en premier. Allumer une console quand la façade est déjà sous tension envoie un claquement dans les haut-parleurs, au mieux désagréable, au pire fatal pour un tweeter. Faders et masters baissés, sources et console d’abord, amplification ensuite : trente secondes de méthode.
Quand rien ne sort
Si le schéma est respecté et que le son n’arrive pas, les suspects habituels tiennent en quelques lignes : un sélecteur MIC/LINE sur la mauvaise position, un auxiliaire dont le master est resté fermé, une tranche assignée à aucun bus, une alimentation fantôme oubliée sur un micro statique. Pour les retours de scène en particulier, notre diagnostic étape par étape reprend les pannes dans l’ordre où elles se présentent sur un plateau.
En vidéo
Soundcraft consacre un épisode de sa série pédagogique au raccordement des équipements autour d’une console : une bonne révision visuelle du schéma de principe, en anglais.
Mon avis
Un bon schéma de branchement sert surtout à ne plus réfléchir le soir du concert. Une fois la logique acquise — les sources montent au niveau ligne, les bus distribuent, chaque sortie a une destination et une seule —, n’importe quelle console devient lisible en deux minutes, de la petite analogique douze voies au pupitre numérique. Le vrai gain de temps se joue ensuite sur le repérage : des câbles étiquetés aux deux bouts et un plan de patch imprimé, scotché sur le flight-case. Ça ne coûte rien, et la balance commence à l’heure.