Polyend Keys : le clavier mécanique qui se transforme en contrôleur MIDI

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Le Polyend Keys en finition noire, clavier mécanique et contrôleur MIDI
Crédit : Polyend

Il y a des produits qu’on ne voit venir dans aucune feuille de route, et le Polyend Keys en fait partie. Le fabricant polonais, connu pour ses grooveboxes Tracker et Play, l’a montré sous forme de prototype à la Gamescom : un clavier d’ordinateur mécanique, complet et parfaitement utilisable pour taper du texte, dont la rangée des chiffres et celle des touches de fonction se muent en un clavier de piano de trois octaves. L’idée tient en une phrase : jouer et enregistrer une mélodie avec l’objet sur lequel vous écrivez vos courriels, sans ajouter un contrôleur dédié sur un bureau déjà saturé.

Un clavier d’ordinateur qui joue aussi de la musique

Le principe est plus malin qu’il n’y paraît. Tout le monde a déjà tenté de jouer quelques notes avec le clavier «typewriter» d’un DAW : les touches A, Z, E, R servent de fausses touches blanches, les rangées supérieures de fausses touches noires, et le résultat est injouable dès qu’on veut poser autre chose qu’une gamme. Polyend part de ce constat et le retourne : plutôt qu’un pis-aller logiciel, Keys matérialise ce clavier musical dans le hardware. Les touches concernées reçoivent un marquage clair, blanc et gris, qui dessine trois octaves lisibles au premier coup d’œil. Vous restez sur un vrai clavier d’ordinateur, mais vous pouvez déclencher des notes, enregistrer une ligne de basse ou piloter un synthé sans changer de périphérique.

Ce que Polyend a mis sous le capôt

Sous la casquette «accessoire», la fiche technique est celle d’un clavier mécanique haut de gamme doublé d’un contrôleur sérieux :

  • des switches mécaniques Kailh à profil bas, hot-swap : chaque touche se remplace sans fer à souder ;
  • un rétroéclairage des touches et un petit écran intégré qui affiche l’état des contrôles ;
  • neuf encodeurs rotatifs assignables librement, en MIDI CC pour piloter un DAW ou une machine, ou à des fonctions système (volume, défilement, luminosité) ;
  • une connectique complète : USB-C pour les données et la charge, MIDI Bluetooth sans fil, et une sortie MIDI sur mini-jack TRS pour piloter du matériel externe ;
  • une batterie rechargeable, qui autorise un usage autonome en contrôleur sans ordinateur ;
  • un firmware open source, que Polyend invite ouvertement à détourner pour créer d’autres agencements, des séquenceurs ou des contrôleurs sur mesure.

Polyend annonce deux finitions, noire et argent, et précise que la sensibilité à la vélocité et l’aftertouch sont «en développement». C’est le point le plus délicat : un clavier mécanique n’est pas conçu au départ pour nuancer une frappe comme le ferait un clavier de scène, et c’est là que se jouera la crédibilité musicale de l’objet.

Vue de dessus du Polyend Keys avec ses neuf encodeurs et son écran
Crédit : Polyend

Pourquoi ce format tombe juste

Le marché des contrôleurs MIDI n’a jamais été aussi vivant, et nos lecteurs ne s’y trompent pas : le retour du Behringer BCR32 a montré à quel point le contrôle tangible reste demandé. Le Keys ne joue pas dans la même cour : il vise le producteur nomade, celui qui travaille sur un portable dans un train ou un canapé, et pour qui sortir un synthé logiciel et le piloter au clavier d’ordinateur est le quotidien. À ceux-là, Keys évite le double encombrement du clavier de saisie et du contrôleur, tout en gardant une vraie frappe mécanique pour le reste de la journée.

Il ne remplacera pas un clavier maître lesté quand on veut interpréter, pas plus qu’un clavier arrangeur ne remplace un piano de scène. Mais pour capturer une idée, programmer un motif ou déclencher des samples, trois octaves marquées sous les doigts suffisent souvent, et l’ouverture du firmware laisse entrevoir des usages que Polyend n’a même pas listés.

Le Polyend Keys en finition argent, dont le clavier QWERTY sert de clavier piano
Crédit : Polyend

Un prototype, et un pari à confirmer

Je suis passé par toutes les configurations de studio et de régie, et la place sur un plan de travail finit toujours par manquer. L’idée d’un clavier qui rend une partie de cet espace tout en restant jouable me paraît honnêtement pertinente, plus qu’un gadget de salon. Reste que c’est un prototype : ni prix, ni date, ni ressenti définitif sur la latence Bluetooth ou sur la fameuse vélocité encore «en développement». Ce sont précisément ces trois points qui décideront si Keys devient un outil de production ou une curiosité de bureau. Polyend a le savoir-faire pour livrer un objet fini ; on attendra de le prendre en main avant de trancher.

Le Keys a été montré à la Gamescom de Cologne. Polyend promet davantage d’informations prochainement ; la fiche produit officielle est à suivre sur le site du fabricant.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.