Morphor Echon 6 : le polysynthé analogique à résonateurs BBD entre enfin en livraison

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On voit défiler chaque semaine son lot de clones et de rééditions. Le Morphor Echon 6, lui, propose une chose devenue rare : une architecture qu’aucun constructeur n’avait portée en série. Montré à l’état de prototype puis affiné pendant des mois, ce polysynthé analogique de bureau à six voix commence enfin à quitter l’atelier, avec des premières livraisons annoncées à quelques jours par le canal de distribution. Il mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il ne ressemble à rien d’autre.

Une synthèse analogique bâtie sur des résonateurs à bucket-brigade

Le cœur de l’Echon 6 tient dans un détournement d’ingénierie assez malin. Les circuits BBD (bucket-brigade device), ces lignes à retard analogiques, ont bâti leur réputation dans les chorus et les delays des années 1970-1980. Morphor les emploie ici tout autrement : chaque voix embarque un résonateur BBD à 1024 étages, accordé au clavier, qui se comporte comme un corps résonant. On retrouve une logique proche de la synthèse modale ou du modèle physique, mais entièrement dans le domaine analogique, sans DSP dans le chemin audio. Le résultat, ce sont des timbres organiques, des harmoniques qui bougent avec le jeu et une matière qu’on obtient difficilement avec des oscillateurs classiques.

Les six voix sont réellement indépendantes, chacune avec son propre résonateur. C’est ce qui autorise la polyphonie complète et, on le verra, une exploitation multitimbrale peu banale.

Face supérieure de l'Echon 6 et sa section d'exciteur
Crédit : Morphor

Un exciteur pour nourrir les résonateurs

Un résonateur ne chante que si on l’excite. C’est le rôle de la section exciteur, qui mélange trois sources : les formes d’onde d’un VCO analogique, un générateur de bruit et une entrée audio externe, réunies via un crossfader. Cette matière est mise en forme par une enveloppe ADSR bouclable dotée d’un délai d’attaque, puis passe par un filtre d’entrée à 12 dB/octave avant d’alimenter le résonateur. Un second filtre est inséré dans la ligne de contre-réaction, ce qui donne un contrôle fin sur la manière dont l’énergie circule et se colore dans le résonateur. On est là au cœur de ce qui fait la personnalité de l’instrument : la façon dont on attaque le corps résonant compte autant que le corps lui-même.

Détail des commandes de la matrice de modulation de l'Echon 6
Crédit : Morphor

Modulation dense, MPE et multitimbralité

La partie modulation est à la hauteur de l’ambition. Quatre LFO s’ajoutent à l’enveloppe de l’exciteur, et une matrice de modulation généreuse permet de router les sources habituelles — molette, vélocité, suivi de clavier, aftertouch polyphonique — vers un large éventail de destinations. L’Echon 6 est compatible MPE, ce qui, sur une architecture à résonateurs, ouvre un terrain de jeu expressif inhabituel : la pression et le glissando viennent littéralement animer la résonance de chaque note.

Autre atout : l’instrument est multitimbral jusqu’à six parties et dispose de sorties stéréo individuelles par voix. On peut donc traiter chaque voix séparément à la console, ou l’utiliser comme six petits synthés à la fois. Un mode unisson complet est également prévu pour empiler les six voix. Côté mémoire, on compte 72 sons d’usine et 144 emplacements utilisateur.

CaractéristiqueEchon 6
Voix6, résonateur BBD 1024 étages par voix
ExciteurVCO + bruit + entrée externe, crossfader, enveloppe ADSR bouclable
FiltresFiltre d’entrée 12 dB/oct + filtre en boucle de contre-réaction
Modulation4 LFO, matrice, MPE, aftertouch polyphonique
Sorties6 sorties stéréo individuelles, multitimbral 6 parties
Mémoires72 presets d’usine + 144 utilisateur
Connectique de l'Echon 6 avec ses six sorties stéréo
Crédit : Morphor

Prix, disponibilité et positionnement

L’Echon 6 s’affiche autour de 2 295 € (environ 2 999 $ / 1 999 £), dans un châssis aluminium qui se pose sur un bureau, se monte en rack 19 pouces ou sur support VESA. La première série est limitée, et l’instrument est désormais commandable avec une livraison annoncée sous quelques jours. On est clairement sur un objet boutique, produit en petites quantités, au tarif que cela suppose.

Ce prix fera tiquer, et c’est légitime. Mais il faut le remettre en face de ce qu’il propose : non pas une énième relecture d’un classique, mais une famille de sons qu’on n’obtient pas ailleurs. Dans un marché saturé de clones à bas coût — on en croise chaque semaine — voir un petit constructeur miser sur une architecture réellement neuve a quelque chose de réjouissant. Le pari technique du BBD détourné en résonateur est audacieux, et l’exécution, à en juger par la densité de la fiche technique, ne sent pas l’improvisation.

Reste la question de fond : est-ce que ça sonne ? C’est là qu’un instrument comme celui-ci se juge, pas sur le papier. Les résonateurs analogiques promettent une matière vivante ; il faudra les entendre en contexte de mix pour trancher. Mais l’Echon 6 rejoint clairement la petite famille des machines qui préfèrent inventer plutôt que copier, aux côtés d’objets aussi singuliers que le SOMA Enigma ou le module Eurorack MELT de u-he. Et ça, dans le paysage actuel, ce n’est pas rien.

L'Echon 6 en situation de studio
Crédit : Morphor
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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.