Behringer poursuit méthodiquement sa stratégie : mettre des instruments entre les mains du plus grand nombre, quitte à miniaturiser les légendes. Après avoir décliné le Minimoog Model D en format Eurorack, puis en version compacte, la marque livre désormais le D Mini — d’abord annoncé sous le nom de D Soul — pour 99 €. La première série est partie très vite, preuve que la demande était là. Regardons ce que cache ce petit boîtier.
Trois VCO et un filtre en échelle dans un format de poche
Le cœur reste fidèle à la recette Model D : trois oscillateurs analogiques, chacun proposant cinq formes d’onde — dent de scie, triangle, « sharktooth », carré et impulsion. Un unique bouton d’accord maître règle les trois VCO d’un coup, ce qui simplifie le jeu au détriment, forcément, d’un accordage individuel fin. Derrière, on retrouve un filtre passe-bas en échelle avec résonance, le composant qui a fait la signature sonore du Minimoog. Un générateur de bruit blanc et rose, avec son propre réglage de volume, complète les sources.
Côté enveloppes et modulation, le D Mini reste volontairement simple : une enveloppe ADS et un LFO à quatre formes d’onde capable de moduler les oscillateurs et le filtre. On n’est pas sur une machine à tout faire, mais sur un synthé à basses et à leads assumé, dans la lignée directe de son modèle.

Séquenceur, claviers tactiles et modes de voix
Là où le D Mini se démarque du Model D historique, c’est sur l’ergonomie et les fonctions modernes. Il embarque 27 touches tactiles, capacitives, à la manière d’un MicroFreak — un choix qui divisera, mais qui permet ce format de poche. On trouve aussi un séquenceur 16 pas avec enregistrement de mouvements (motion recording), huit emplacements mémoire et une fonction de gammes (scaler) pour rester juste.
Le point le plus intéressant tient dans les modes de voix : le D Mini propose six modes, dont un mode paraphonique à trois voix, un mode unisson et un anneau de modulation. Attention au vocabulaire : il s’agit bien de paraphonie — les trois VCO se répartissent entre les notes jouées mais partagent le même filtre et la même enveloppe. Ce n’est pas une vraie polyphonie à trois voix, mais à ce prix, jouer trois notes tenues sur un dérivé de Model D reste inattendu.

Connectique et intégration
La connectique est cohérente avec l’usage nomade visé. L’alimentation passe par un port USB-C, qui gère aussi le MIDI avec un contrôle complet en NRPN et CC — de quoi piloter l’engin depuis un DAW ou l’intégrer à un setup plus large. On dispose également d’une sortie casque, de ports sync in/out et d’une entrée MIDI au format mini-jack TRS. Dix-huit commandes en accès direct couvrent les fonctions principales, ce qui évite de plonger dans des menus.
Prix, disponibilité et positionnement
À 99 €, le D Mini se place clairement dans la catégorie du synthé d’appoint ou de découverte, sans pour autant sacrifier l’essentiel de l’ADN Model D. Il est désormais disponible en Europe, la première fournée ayant été épuisée avant un réassort. Face au Behringer Model D complet, plus cher mais plus généreux en connectique et en jeu, le D Mini joue la carte de la portabilité et du prix plancher ; face aux petits synthés analogiques concurrents, il ajoute une paraphonie et un séquenceur là où beaucoup restent monophoniques.
Mon avis
Je ne suis pas dogmatique sur la marque : un Behringer bien conçu a toute sa place, et le critère reste le résultat sonore et la qualité de fabrication, jamais l’étiquette. Ici, la proposition est honnête : trois VCO et un filtre en échelle à 99 €, c’est objectivement beaucoup de synthèse au kilo. Les touches tactiles sont le compromis évident — on ne joue pas dessus comme sur un vrai clavier — mais elles sont le prix à payer pour ce gabarit. Reste à entendre la qualité des oscillateurs et du filtre en conditions réelles ; c’est là que se joue la différence entre un jouet et un vrai petit instrument. Pour qui débute, complète un setup ou cherche une source de basses analogiques nomade, le pari est tentant. La marque avait déjà musclé son offre d’entrée de gamme récemment avec l’interface Dice 1U2 à préampli Midas ; le D Mini prolonge la même logique côté instruments. Dans le même registre de synthé de basses malin, on avait aussi regardé de près l’Arturia Pure SUB, et, côté semi-modulaire compact, le Pittsburgh Modular SV-1 Mini.