Arturia continue de décliner sa gamme logicielle en instruments à mission unique. Après les pianos, les orgues et les cordes, la marque grenobloise s’attaque au grave avec Pure SUB, un synthétiseur qui ne cherche pas à tout faire : il fabrique de la basse, et rien d’autre. L’idée paraît simple, mais l’architecture est tout sauf triviale.
Un synthétiseur pensé pour une seule chose : le bas du spectre
Pure SUB est un instrument monophonique qui décompose la construction d’une basse en trois étages indépendants : Sub, Harmonics et Texture. Chacun se travaille séparément avant que les trois ne se rejoignent au filtre, là où la basse prend sa forme finale. Cette logique de couches empilées correspond exactement à la manière dont on sculpte un grave en production électronique : un fondamental propre en bas, du corps et du caractère au milieu, un peu de grésillement ou de matière en haut.

La cible est explicite : 808 profondes, sub sinus, basses Reese saturées, textures bruitées pour le sound design. On est plus proche d’un bass designer que d’un synthétiseur généraliste que l’on brancherait sur un clavier pour jouer des nappes. Ce parti pris a un mérite : chaque paramètre sert le grave, sans le fatras d’options qui encombre les gros synthétiseurs polyvalents.
Sub : le fondamental, maîtrisé au demi-ton près
La première couche gère le sous-grave sur une plage allant de 0 à -2 octaves, avec contrôle dédié du niveau, de la phase et de la hauteur. Une fonction de régénération du sub permet de restaurer un fondamental propre à n’importe quel point de la chaîne : en clair, on peut distordre et triturer tant qu’on veut au-dessus, le bas reste tenu. C’est le genre de détail qui distingue un outil pensé par des gens qui mixent des basses de ceux qui empilent des fonctions.

Harmonics : additif et wavetable pour le caractère
Le cœur tonal repose sur deux moteurs. Un moteur additif, avec des formes d’onde prédéfinies ou un éditeur permettant de morpher jusqu’à huit ondes personnalisées. Et un moteur wavetable, avec ses tables d’usine et l’import de tables maison. Les deux partagent des paramètres de morph, de désaccord, de largeur et d’octave. Pour qui veut comprendre ce que fabrique réellement une table d’ondes, nous avons détaillé le principe dans notre explication de la synthèse wavetable.

Texture : du bruit et un Corroder pour salir juste ce qu’il faut
La troisième couche apporte la matière : un oscillateur de bruit multi-textures (blanc, rose, crépitant…) avec import de field recordings, et un module Corroder combinant modulation en anneau, modulation d’amplitude et distorsion. C’est ici que l’on ajoute le grain, le souffle ou l’agressivité qui font qu’une basse existe dans un mix chargé plutôt que de disparaître sous la grosse caisse.
Le Sub Processor et les effets : la mise en forme finale
Une fois les trois couches réunies, un Sub Processor dédié propose six paramètres (drive, fréquence de filtre, couleur, largeur stéréo, présence, espace) pour transformer une matière brute en grave fini. S’y ajoutent un filtre multimode aux modes originaux (reverb, ripple, cluster en plus des classiques), un moteur multi-effets à quatre emplacements et un maximiseur en modes doux ou dur.

| Caractéristique | Pure SUB |
|---|---|
| Architecture | 3 couches : Sub, Harmonics, Texture |
| Moteurs Harmonics | Additif + wavetable |
| Polyphonie | Monophonique (conçu pour la basse) |
| Modulation | 3 enveloppes, 3 générateurs de fonction, 2 aléatoires, séquenceur de modulation, MPE |
| Presets | 300 sons prêts à produire |
| Formats | VST, VST3, AU, AAX — macOS (Apple Silicon natif) et Windows |
| Prix | 49 € en lancement (79 € ensuite), jusqu’au 15 septembre |
Mon avis
Je suis un adopteur de longue date du tout-numérique, et la basse est justement l’un des domaines où l’ITB a définitivement gagné : rien n’oblige plus à sortir un synthé analogique pour poser un sub tenu. Ce que je retiens de Pure SUB, ce n’est pas la longue liste de fonctions, c’est la régénération du fondamental et le Sub Processor : deux idées qui règlent un vrai problème de mixage, celui du grave qui se délite dès qu’on le distord. À 49 €, un instrument mono aussi ciblé n’a de sens que si l’on produit régulièrement de la basse électronique— mais pour ce public-là, c’est un outil de travail, pas un jouet.
Dans la même veine logicielle, on pourra le comparer à l’approche double moteur de Cherry Audio Memorymode 2, ou le mettre en regard d’un instrument hardware radical comme le SOMA Enigma. La fiche complète est sur le site d’Arturia.