SSL O-Series V2.0 : la console analogique Oracle s’automatise depuis le DAW

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Depuis des décennies, le studio traîne le même dilemme : le son d’une grande console analogique d’un côté, la souplesse totale du travail dans le DAW de l’autre. SSL pousse depuis peu un concept, « Future Analogue », qui prétend réconcilier les deux. La mise à jour O-Series V2.0 de sa console Oracle vient d’en poser une pierre importante, et elle vise précisément la ligne de fracture historique : le rappel et l’automation.

Future Analogue : un chemin analogique, une gestion numérique

L’Oracle est une console analogique in-line, à l’ancienne dans son signal, mais dotée de la technologie ActiveAnalogue qui autorise un rappel complet des traitements, du routing, des gains et des panoramiques. Autrement dit : le son d’un chemin analogique, avec la mémoire d’une session numérique. On tourne autour de ce Graal depuis les premières consoles à rappel assisté ; l’idée de V2.0 est de le rendre enfin pratique au quotidien, en effaçant les compromis qui séparaient encore l’analogique du flux tout-numérique.

Interface logicielle O-Control qui pilote le rappel total de la console
Crédit : Solid State Logic

O-Motion : l’automation du mixage repasse par Pro Tools et Logic

La nouveauté phare, c’est O-Motion. Il s’agit d’un système d’automation reposant sur un plug-in installé dans le DAW — Pro Tools et Logic Pro pour commencer. Concrètement, les mouvements de la console (faders, panoramiques, coupures, inserts, sections d’EQ, filtres, dynamique, commandes de bus) se enregistrent, s’éditent et se rejouent depuis le séquenceur, exactement comme on automatise une piste virtuelle. Les données d’automation vivent dans les playlists et les lanes du DAW, pas dans la console.

Le glissement est important. Sur une grande table analogique, l’automation a longtemps été un monde à part, avec sa propre logique et ses propres limites. Ici, elle rejoint le terrain de jeu que tout ingénieur connaît déjà par cœur dans son DAW. On retouche un mouvement de fader au sample près, on copie-colle une automation d’EQ d’un refrain à l’autre, sans quitter l’environnement de travail. Pour qui mixe hybride — un pied dans l’analogique, un pied dans l’ordinateur — c’est exactement le pont qui manquait.

Vue de dessus de la surface de la console Oracle
Crédit : Solid State Logic

Presets de tranche et filtres de snapshot

V2.0 ajoute aussi les Channel Presets. On sauvegarde ses réglages favoris — EQ, dynamique, entrée, filtre, départ de bus, fader, ordre des traitements — depuis le logiciel O-Control, et surtout ces presets sont stockés indépendamment du projet. Ils voyagent donc d’une console à l’autre, d’un studio à l’autre. Le rappel d’un son de voix qu’on aime, transposé d’une salle à une autre en quelques secondes, cesse d’être un fantasme.

Les Snapshot Filters complètent le tableau côté rappel de scène : on choisit précisément quelles voies, quelles sections de traitement ou quels groupes de paramètres sont inclus ou exclus au moment de sauvegarder un snapshot. Pratique pour comparer deux équilibres, préserver un EQ précis d’une partie de morceau à l’autre, ou gérer proprement des révisions de mix.

Oracle et Odyssey parlent enfin la même langue

Dernier apport majeur : la compatibilité inter-consoles. Une session créée sur l’Odyssey, le nouveau vaisseau amiral de la gamme, s’ouvre, s’édite et se réenregistre sur n’importe quelle Oracle, quel que soit le nombre de voies. Les paramètres spécifiques à l’Odyssey — traitements de dynamique, filtres passe-bas propres à ce modèle — sont préservés même sur une console qui ne les gère pas physiquement. Pour un studio qui travaille en réseau, ou pour un projet qui passe d’une salle à une autre, c’est une garantie de continuité précieuse.

Détail d'une tranche de la console Oracle
Crédit : Solid State Logic

Rappel de ce qu’est l’Oracle

Pour situer, l’Oracle condense les fonctions d’une grande console dans une empreinte de la taille d’une AWS, en 24 ou 48 voies mono in-line, jusqu’à 112 entrées au mixage. On y retrouve les préamplis PureDrive, l’EQ 4 bandes SSL avec ses courbes commutables E/G, le processeur de bus THE BUS+ et une automation dynamique — le tout servi par le rappel instantané qui fait tout l’intérêt de la démarche. C’est une machine qui vise autant le tracking que le mixage, sans temps mort entre les deux.

Mon avis

J’ai dirigé un studio bâti autour d’une grande console, et je sais ce que coûte, concrètement, l’absence de rappel : les séances qu’on ne peut pas rouvrir sereinement, les feuilles de rappel, les heures perdues à retrouver un réglage. Je défends depuis longtemps l’idée que le tout-numérique est parfaitement viable ; mais quand un maillon analogique apporte quelque chose d’audible, il garde toute sa place. Le problème, ce n’était jamais le son de l’analogique — c’était sa rigidité. Une console qui offre le chemin analogique et le rappel total et l’automation dans le DAW, c’est précisément ce qui fait tomber le dernier argument contre le hardware. Reste à voir le prix d’entrée d’un tel écosystème, mais la direction est la bonne. Dans le même esprit de passerelle entre surfaces et logiciel, on avait déjà noté le retour des surfaces D-Control chez Neyrinck ; et côté traitement intelligent, la tranche adaptative de sonible raconte, à sa manière, la même convergence.

La mise à jour O-Series V2.0 est attendue pour le tout début septembre 2026.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.