Il y a un scénario que tout technicien de studio a fini par redouter : une surface de contrôle magnifique, parfaitement fonctionnelle mécaniquement, mais rendue muette par une mise à jour de logiciel ou de système. C’est exactement le sort qui guettait les Avid D-Control depuis que Pro Tools a cessé de les prendre en charge sur les Mac Apple Silicon. Neyrinck vient d’apporter une réponse concrète : un mode baptisé D-Control Basic, ajouté à son logiciel V-Control Pro, qui remet ces grandes consoles en service sur les machines actuelles.

Le problème : du matériel intact, mais orphelin
La D-Control est une surface de contrôle grand format, née à l’époque du système ICON de Digidesign, conçue pour piloter Pro Tools au plus près : faders motorisés, encodeurs, sections dédiées à l’égaliseur, à la dynamique, à l’automation. Beaucoup de studios en possèdent encore, et pour cause : mécaniquement, ces surfaces n’ont pas vieilli. Le problème est ailleurs. En passant à l’architecture Apple Silicon, Pro Tools a abandonné la prise en charge native de la D-Control. Résultat : des dizaines de milliers d’euros de matériel intact, mais coupés de la station qu’ils étaient censés commander. C’est le genre d’impasse que l’on connaît bien dès qu’on a vécu une transition de plateforme de l’intérieur.
C’est précisément ce vide que comble D-Control Basic. Plutôt que de tenter une intégration native impossible à maintenir, Neyrinck s’appuie sur le HUI, le vieux protocole de contrôle hérité de Mackie et Digidesign, toujours reconnu par Pro Tools. La surface est vue par la station comme un contrôleur HUI standard, et V-Control Pro fait le pont entre l’Ethernet de la D-Control et ce protocole.
Ce que D-Control Basic rend, et ce qu’il laisse de côté
Le nom est honnête, et Paul Neyrinck l’assume : « Nous l’avons appelé Basic à dessein. Ce que nous pouvons vous offrir, c’est une console qui fonctionne au lieu d’une console morte : faders, transport, panoramique, automation, départs, inserts et édition de plug-ins, sur une machine que vous pouvez encore acheter. » En clair, on récupère l’essentiel du travail de mixage au quotidien.
Concrètement, D-Control Basic ranime le transport, les faders motorisés (16 ou 32, avec une résolution de 0,1 dB), les panoramiques, les mute, solo, armement d’enregistrement et sélection de piste, les modes d’automation, les départs A à E avec bascule sur les faders, les inserts A à E sur les tranches 1 à 8, ainsi que le contrôle complet du monitoring X-Mon. En revanche, certaines sections restent inactives : pas de focus strip réassignable, et les sections dynamique, égaliseur et touches programmables ne répondent pas. Les départs au-delà de E et les inserts au-delà de E sur les tranches suivantes ne sont pas non plus disponibles. On est donc dans une exploitation raisonnée du protocole HUI, pas dans une reconstitution intégrale de la console.
Côté configuration, D-Control Basic accepte une unité D-Control Main et jusqu’à deux modules de faders, soit un maximum de 32 voies. La connexion se fait en Ethernet, la surface étant ajoutée comme contrôleur dans la fenêtre Setups de V-Control Pro, et Pro Tools configuré pour deux ou quatre banques HUI. Le support est pour l’instant réservé à Pro Tools ; les autres stations ne sont pas concernées par ce mode précis.
Prix, disponibilité et bon sens
D-Control Basic est disponible dès maintenant et nécessite une licence V-Control Pro Plus 2, affichée à 299 dollars (au lieu de 349), en licence perpétuelle et sans abonnement. Rapporté à la valeur d’une D-Control et au coût d’une surface neuve équivalente, l’addition est dérisoire. C’est la définition même d’un achat de bon sens : quelques centaines de dollars pour redonner vie à un investissement qui, sinon, ne servait plus qu’à prendre la poussière.
Notre regard
J’ai passé des années en direction technique de studio, dont une bonne partie sur une Euphonix System 3000 — une autre grande surface numérique, d’une autre école. On développe pour ces machines un attachement particulier : la géographie des mains sur les faders, les réflexes, le rapport physique au mixage que jamais une souris ne remplacera. Et on connaît aussi l’angoisse de la voir devenir obsolète non pas parce qu’elle casse, mais parce que le logiciel a changé de train sans elle. Ce que fait Neyrinck ici n’est pas une prouesse technique spectaculaire, c’est mieux : c’est un geste de bon sens industriel. Prolonger l’usage d’un matériel bien conçu plutôt que de pousser au remplacement, voilà exactement ce qu’on aimerait voir plus souvent.
Le mot « Basic » ne doit tromper personne : pour un ingénieur qui mixe au quotidien, faders motorisés, transport, automation et édition de plug-ins couvrent l’immense majorité des gestes. Le confort d’une vraie surface, sans racheter une vraie surface. Si le débat des grandes tables vous intéresse, relisez notre comparatif console analogique ou numérique, notre article sur la SSL Odyssey grand format et notre prise en main de la surface Softube Console 1 Compact. Les détails complets sont sur le site de Neyrinck.