Il arrive encore, en 2026, qu’un synthétiseur ne sorte pas d’un grand catalogue asiatique mais d’un atelier de quatre personnes. Le SinTH2, conçu par le Polonais Tomasz Rożka sous la marque Tom Horn, appartient à cette catégorie rare : un polysynthé numérique câblé à la main, à cinq oscillateurs et soixante voix, qui assume ouvertement l’héritage de la synthèse par échantillons des années 1990. Présenté mi-juillet, il ne cherche pas à imiter un classique précis mais à en prolonger l’esprit.
Cinq oscillateurs, deux mondes réunis
Le cœur du SinTH2 tient dans une architecture à trois blocs d’oscillateurs totalisant cinq sources. Les blocs 1 et 2 embarquent chacun deux sources stéréo indépendantes ; le bloc 3 en propose une seule, taillée pour les basses et les nappes de renfort. À cela s’ajoute un générateur de bruit. La particularité, c’est que chaque oscillateur peut jouer indifféremment une forme d’onde de synthèse classique ou un échantillon puisé dans les 3 Go de contenu interne. On ne choisit donc pas entre un synthé et un rompler : on superpose les deux dans la même voix.
La polyphonie annoncée grimpe à soixante voix, un chiffre confortable qui autorise les empilements de couches sans coupure de notes. Le filtre multimode 18 dB (passe-bas, passe-bande, passe-haut) reste volontairement simple, la modulation faisant le gros du travail : quatre LFO multiformes par voix, un LFO global de hauteur et trois enveloppes ADSR.

Une façade qui refuse le menu-diving
C’est là que le SinTH2 se distingue vraiment. Là où la plupart des instruments numériques cachent leurs paramètres derrière deux boutons et un écran, Tom Horn a fait le choix inverse : tout, ou presque, tombe sous les doigts. Le clavier est un Fatar avec joystick et, d’après le concepteur, aftertouch polyphonique. Le reste de la surface impressionne autant qu’il rassure sur l’intention de faire un instrument de jeu, pas un ordinateur déguisé.
| Élément | SinTH2 |
|---|---|
| Oscillateurs | 5 (3 blocs) + 1 bruit, synthèse et échantillons |
| Polyphonie | 60 voix |
| Mémoire échantillons | 3 Go de formes d’onde internes |
| Commandes | 120 potentiomètres, 9 encodeurs, 36 boutons |
| Affichage | 4 écrans OLED |
| Modulation | 4 LFO/voix, 1 LFO global, 3 ADSR |
| Séquenceur | 16 pas polyphonique, motion recording |
| Mémoires | 1 920 emplacements de presets |
Le séquenceur 16 pas polyphonique avec enregistrement de mouvements, les effets intégrés (drive, ensemble, phaser, delay, reverb, EQ) et une entrée stéréo pour traiter des sources externes complètent un tableau déjà dense. Les 1 920 emplacements de presets confirment qu’on parle d’un instrument pensé pour vivre longtemps sur scène et en studio.

L’héritage assumé de la synthèse par échantillons
Dans sa vidéo de présentation, le concepteur cite ouvertement le Roland JD-800 comme boussole. Ce n’est pas anodin : le JD-800 incarnait une idée précise, celle d’un synthé numérique dont chaque paramètre avait son curseur, où l’échantillon servait de matière première à sculpter plutôt que de son figé. Le SinTH2 reprend ce fil sans le copier, en y ajoutant la puissance et la mémoire qui manquaient à l’époque. C’est une démarche de facteur d’instruments, au sens propre — chaque unité est assemblée à la commande, avec des options de couleur et de mécanique discutées au cas par cas.
J’ai vu passer de près la bascule de l’analogique vers l’informatique musicale, et la première génération de synthés numériques traînait une mauvaise réputation : froids, difficiles à programmer, prisonniers de leurs menus. Un instrument comme le SinTH2 prend le contre-pied exact. Le numérique n’a jamais été le problème ; c’est l’ergonomie qui l’était. Poser 120 potentiomètres devant un moteur à cinq oscillateurs, c’est rendre au geste ce que trente ans d’écrans lui avaient confisqué.

Prix, disponibilité et pour qui c’est fait
Le tarif reste à préciser : le SinTH2 se commande directement auprès de l’atelier, chaque configuration (format à panneau replié, panneau plat ou version desktop en préparation) étant définie avec le client. Les premières démonstrations publiques sont annoncées à Piła fin juillet, puis dans d’autres villes, avec des étapes évoquées en Allemagne et en Suisse. Autrement dit, ce n’est pas un produit de grande série : c’est une pièce d’atelier pour qui cherche un caractère sonore et une ergonomie qu’aucun grand constructeur ne propose aujourd’hui.
Cette logique boutique rappelle d’autres sorties récentes, du Shear Electronics Relic à l’Analogue Solutions Filtopia. Sur le versant échantillons, ceux qui aiment l’idée d’un instrument nourri de sons hardware regarderont aussi vers un UVI Synth Anthology 5, dans une approche logicielle cette fois. Toutes les informations officielles figurent sur la page produit de Tom Horn.