Waldorf remet les cordes au centre du jeu. Le Crema reprend l’esprit du Streichfett, le petit module de cordes de la marque, et lui ajoute deux choses qui changent son horizon : des tables d’ondes et de la FM. Le résultat est un synthé compact, entièrement polyphonique, pensé pour les nappes, les ensembles de cordes et les textures qui évoluent.

Deux moteurs sous le capot
Le Crema s’organise autour de deux moteurs sonores complémentaires. Le premier, baptisé Texture, rassemble vingt-quatre types de sons répartis sur trois approches de synthèse : la section de cordes héritée du Streichfett, dix-sept tables d’ondes et un moteur FM. Vous passez de l’un à l’autre et vous morphez entre les timbres, et c’est de là que vient la signature mouvante de l’instrument. Les modes table d’ondes et FM offrent douze voix de polyphonie, la section de cordes reste jouable à pleine main.
Le second moteur, Lines, est un virtuel analogique huit voix équipé de deux oscillateurs désaccordables en dents de scie ou en impulsion, avec trémolo, vibrato et modulation de largeur d’impulsion. Il sert les basses franches et les leads expressifs, là où Texture tient les fonds. Chaque moteur reçoit son propre canal MIDI, et l’ensemble gère le MPE pour une expression note par note.
Effets, séquenceur et jeu
Deux processeurs d’effets tournent en série ou en parallèle selon votre routage. Le premier couvre chorus, flanger, phaser, trémolo, drive et delay ; le second est une réverbération dotée d’un mode shimmer. Un bouton Flavour ajoute une légère variation de hauteur et de position de table d’ondes, utile pour casser le côté statique d’une nappe.

Côté jeu, le Crema embarque un arpégiateur et un séquenceur à trente-deux pas, tous deux synchronisables sur une horloge externe. L’instrument sort d’usine avec plus de cent trente sons et propose trois cent soixante emplacements de mémoire, gérés depuis l’application Chutney. À ce stade, l’édition depuis l’ordinateur n’est pas encore disponible : Waldorf annonce un éditeur, sans calendrier précis.
Format et connectique
Le Crema partage son gabarit avec le Protein, un boîtier de bureau compact de 252 par 170 par 48 millimètres, pour neuf cents grammes. L’alimentation passe par l’USB-C, le MIDI transite par l’USB et par deux mini-jacks TRS en entrée et en sortie. L’arrière propose une sortie stéréo et une prise casque. Rien de superflu, tout tient dans un format qui se glisse dans un sac.

Une place logique dans la gamme
En superposant la synthèse à table d’ondes de référence de la maison et un moteur FM sur un socle de cordes, le Crema vise les musiciens qui cherchent un instrument de texture plutôt qu’un synthé à tout faire. Si la table d’ondes vous intrigue, notre explication de la synthèse wavetable pose les bases, et le MPE prend ici tout son sens sur les nappes. Pour un wavetable plus massif et résolument logiciel, voyez le récent Native Instruments Massive XL.
Mon avis
Le pari est malin. Le Streichfett était attachant mais limité ; lui greffer des tables d’ondes et de la FM en fait un vrai instrument de nappes, sans trahir le grain qui plaisait. Le format de bureau et l’alimentation USB-C le rendent facile à caser sur un setup déjà chargé. Le seul bémol du moment tient à l’éditeur logiciel absent au lancement : sur un instrument aussi orienté texture, pouvoir sauvegarder et organiser ses sons depuis l’ordinateur comptera vite. Pour qui aime empiler des couches qui bougent, le Crema a de quoi devenir un compagnon durable.