Rosendahl Studiotechnik remet à jour l’une des références discrètes mais essentielles de la régie : le générateur de synchronisation. Le nanosyncs n3, désormais disponible, succède au nanosyncs HD et bascule résolument dans l’ère de l’audio-vidéo sur IP. Là où l’ancien modèle distribuait surtout du word clock et de la synchro vidéo par BNC, le n3 ajoute un cœur réseau complet, avec une implémentation PTP développée maison.
Une horloge maître pensée pour les réseaux IP
Le n3 se présente comme un générateur de référence hautement intégré, capable de jouer le rôle de PTP Grandmaster, de Boundary/Relay Clock et de serveur NTP. Il embarque deux ports Gigabit Ethernet et une pile réseau avec des MAC de timing de précision conçus par Rosendahl. Il gère IEEE 1588-2019 (PTP v2) et IEEE 802.1AS (gPTP), avec des presets prêts à l’emploi pour les environnements AES67, SMPTE ST 2110, Ravenna et AVB. Point notable pour les studios équipés en Dante : une instance PTP v1 (1588-2002) séparée cohabite avec le reste, de quoi servir un réseau Dante sans compromettre la synchronisation des autres flux.

Le détail qui compte en exploitation, c’est la gestion des « followers ». Rosendahl annonce un répondeur Delay_Req haute performance capable d’absorber n’importe quel nombre de requêtes par seconde : il n’y a donc pas de limite au nombre d’équipements qui se calent sur l’horloge. Sur une infrastructure ST 2110 qui mélange des dizaines de nœuds audio et vidéo, cette absence de plafond change la manière de dimensionner la distribution d’horloge.
Le legacy BNC n’est pas abandonné
Rosendahl n’a pas sacrifié l’historique pour autant. Le n3 conserve une forte capacité de synchronisation traditionnelle : huit sorties de synchro vidéo réparties sur trois générateurs d’impulsions (4+2+2 BNC), huit sorties word clock et deux générateurs de timecode, toutes verrouillées en phase sur la référence choisie. Côté vidéo, on trouve les signaux bi-level 625i et 525i, les signaux tri-level 720p, 1080i et 1080p, avec l’ensemble des fréquences d’image de 48 à 60 Hz, pull-down 0,1 % inclus. C’est la promesse d’un pont entre une infrastructure historique en black-and-burst et un réseau PTP moderne, dans un seul boîtier.

Robustesse et exploitation
L’architecture vise la salle technique qui ne pardonne pas la panne. Le n3 s’alimente par des alimentations USB redondantes et dispose d’un Management Port hors-bande, qui isole le trafic de contrôle et de supervision des flux média et de synchronisation — une bonne pratique réseau trop souvent négligée. Une synchronisation satellite GNSS est intégrée, ce qui permet de se caler sur une référence absolue sans boîtier tiers. Rosendahl revendique d’ailleurs, non sans malice, une conception « 100 % développée par des humains, 0 % IA » — une façon d’insister sur la maîtrise de bout en bout de la pile de timing.
Le pilotage passe par une interface web, de quoi configurer presets, modes d’horloge et routage depuis un navigateur. Pour situer la bête, le n3 se positionne autour de 2 000 € selon les premières disponibilités — un tarif cohérent pour un grandmaster PTP qui remplace à lui seul une horloge word clock, un générateur de black-and-burst et un serveur de temps.
Pour les bases, relisez notre explication de PTP et la synchronisation dans les réseaux audio-sur-IP et notre dossier sur l’horloge numérique, le word clock et le jitter. La page officielle du produit est consultable chez le constructeur.
Questions fréquentes
Le n3 fonctionne-t-il sur un réseau Dante ?
Oui. En plus de son instance PTP v2 (1588-2019) pour AES67, ST 2110, Ravenna et gPTP, le n3 embarque une instance PTP v1 (1588-2002) dédiée, qui est le profil attendu par les réseaux Dante. Les deux coexistent sur l’appareil, ce qui permet de servir un parc hétérogène depuis une seule horloge maître.
Combien d’équipements peuvent se synchroniser dessus ?
Rosendahl n’annonce aucune limite de followers. Le répondeur Delay_Req est dimensionné pour traiter un grand nombre de requêtes par seconde, ce qui évite le plafond de clients que l’on rencontre sur certaines horloges PTP d’entrée de gamme.
Que deviennent mes sorties word clock et black-and-burst ?
Elles sont conservées. Le n3 propose huit sorties word clock, huit sorties de synchro vidéo (bi-level et tri-level) et deux générateurs de timecode, toutes verrouillées en phase. Il fait donc le pont entre une infrastructure historique et un réseau PTP sans imposer de tout migrer d’un coup.
Faut-il un récepteur GPS externe pour une référence absolue ?
Non, la synchronisation satellite GNSS est intégrée. Vous pouvez caler le n3 sur une référence absolue sans ajouter de boîtier tiers, ce qui simplifie l’installation et réduit les points de défaillance.
Mon avis
La synchro, c’est le poste qu’on remarque uniquement quand il déraille — un flux qui décroche, un clac dans la diffusion, une image qui saute. Le n3 a le bon réflexe : centraliser PTP, word clock, black-and-burst, timecode et GNSS dans un seul boîtier au lieu d’empiler trois appareils qui vieillissent chacun de leur côté. L’absence de limite de followers et le Management Port hors-bande trahissent des gens qui connaissent la réalité d’une régie ST 2110. Reste la question du prix d’un produit de niche ; mais pour qui construit une infrastructure sur IP, une horloge maître fiable n’est pas l’endroit où économiser.