C’est l’un des serpents de mer les plus attendus du catalogue Behringer : le Polivoks. En amont du salon Music China, la marque a présenté ce qui a toute l’allure d’une version finalisée de ce clone du synthétiseur soviétique mythique. Après un développement étalé sur plusieurs années et mené en collaboration avec Vladimir Kuzmin, le concepteur de l’original, le projet semble enfin prêt à quitter le stade du prototype.
Un mythe soviétique enfin cloné
Le Polivoks original, produit par la firme Formanta à partir du début des années 1980, est une légende de la synthèse de l’Est. Robuste, un brin brutal, il doit sa réputation à un caractère sonore qui n’a jamais cherché la douceur. Vladimir Kuzmin, son concepteur, l’a pensé avec les moyens et les composants de l’époque, ce qui lui a donné une signature impossible à confondre. Behringer avait annoncé dès le début de la décennie son intention d’en proposer une réédition fidèle, menée main dans la main avec Kuzmin — une démarche de respect envers l’héritage, le concepteur étant malheureusement disparu depuis. Voir la machine aboutie referme une longue parenthèse.
Ce que propose le Behringer Polivoks
Sous le capot, Behringer reprend l’architecture d’un monosynthe analogique à synthèse soustractive, servie par une dotation généreuse. On compte deux oscillateurs multi-formes, chacun doté d’un réglage de désaccord et d’une largeur d’impulsion modulable (PWM), auxquels s’ajoutent un sous-oscillateur et une modulation de fréquence. Un générateur de bruit et une entrée externe avec réglage de niveau complètent les sources sonores — de quoi traiter un signal extérieur à travers la machine.
Côté modulation, deux enveloppes ADSR sont de la partie : l’une dédiée au filtre, l’autre à la modulation, chacune proposant deux modes de fonctionnement, avec une fonction de maintien et une possibilité de modulation par l’oscillateur basse fréquence. Le LFO, justement, est multi-formes et offre des contrôles de vitesse, de forme d’onde et de pente. Enfin, un commutateur permet de passer du jeu monophonique au jeu duophonique, fidèle à l’esprit de l’original.

Le filtre, nerf de la guerre
Impossible de parler du Polivoks sans évoquer son filtre. C’est lui qui a bâti la réputation de l’instrument : un filtre multimode proposant des modes passe-bas et passe-bande, capable d’une résonance mordante et d’une distorsion caractéristique quand on le pousse. Là où bien des filtres cherchent la rondeur, celui-ci assume une agressivité qui en a fait un favori des amateurs de textures rêches, de basses acides et de leads tranchants. La fidélité de Behringer sur ce point précis sera le vrai juge de paix : c’est sur la restitution de ce grain que l’on attendra la réédition au tournant. Pour qui veut comprendre ce qui se joue ici, notre explication du filtre au synthétiseur pose les bases.
Format, connectique et intégration
Le Polivoks adopte le format Eurorack en boîtier incliné, le fameux « boat » que Behringer a déjà retenu pour plusieurs de ses semi-modulaires comme le Neutron ou le Model 15. On le posera donc sur un bureau aussi bien qu’on l’intégrera dans un meuble modulaire, puisqu’il peut rejoindre un système Eurorack. La connectique annoncée associe une prise MIDI In en façade à des entrées et sorties en CV/Gate, ce qui ouvre la porte à un pilotage depuis un séquenceur, un clavier ou le reste d’un modulaire.
Cette approche s’inscrit dans la stratégie désormais bien rodée de la marque, qui multiplie les rééditions de classiques à prix cassés. Ces dernières semaines ont vu défiler le Polyeight, clone huit voix du Korg Polysix, et le JN-80 inspiré du Juno-60. Le Polivoks vient enrichir cette collection en s’attaquant cette fois à un monument venu de l’Est, moins souvent copié que ses homologues japonais.
Prix, disponibilité et ce qu’on attend
Pour l’heure, Behringer n’a communiqué ni tarif ni date de disponibilité : la machine a été montrée, pas encore mise en vente. L’historique de la marque invite à la patience, les délais entre présentation et commercialisation ayant souvent été longs sur ses projets les plus ambitieux. Reste que voir le Polivoks sous une forme aboutie, après des années d’attente, est un signal fort. On guettera désormais le prix — nerf de la guerre sur ce segment — et surtout les premières écoutes, seules à même de dire si le grain légendaire est au rendez-vous.
Mon avis
Le Polivoks est exactement le genre de clone qui a du sens : un instrument rare, cher en occasion, au caractère si marqué qu’aucune émulation logicielle ne l’a vraiment remplacé. Si Behringer restitue ce filtre hargneux pour une poignée d’euros, il y a là une petite bombe pour qui aime les sons qui griffent. La prudence reste de mise tant qu’on ne l’a pas entendu et tant que le prix n’est pas tombé, mais l’intention — mener le projet avec le concepteur de l’original — force le respect. Croisons les doigts pour que la version de série ne lisse pas ce qui faisait tout le sel de la machine : son refus poli de bien se tenir.