Annoncé, montré, promis : le Behringer JN-80 faisait partie de ces synthétiseurs que l’on finissait par croire bloqués dans les limbes de la marque. Il est désormais bel et bien en rayon chez les revendeurs européens. Derrière ce nom se cache un hommage à peine voilé au Roland Juno-60, l’un des polyphoniques analogiques les plus aimés des années 1980, que Behringer reconstruit à sa manière : huit voix, un clavier de 49 touches et un tarif qui tient dans un budget de home-studio.

Un Juno-60 relu et augmenté
L’architecture reprend la recette qui a fait le succès du modèle d’origine : un oscillateur numériquement contrôlé (DCO) par voix, stable et précis, suivi d’un sous-oscillateur et d’un générateur de bruit. Ce DCO est la signature du Juno : il offre la rondeur de l’analogique sans la dérive d’accord qui obligeait, à l’époque, à retoucher sans cesse les synthés à VCO. Là où le Juno-60 se limitait à six voix, le JN-80 en aligne huit, avec des modes de jeu polyphonique, duophonique et unisson.
Le cœur du caractère, c’est le filtre. Behringer a recréé le célèbre circuit 3109, un passe-bas résonant 24 dB par octave dont la pente et le comportement en auto-oscillation font une bonne partie de la couleur du Juno. Associé à l’enveloppe et au LFO, il permet aussi bien les nappes chaudes que les basses rondes et les leads acides.

Le chorus, cette arme secrète
Impossible de parler d’un Juno sans évoquer son chorus à BBD (bucket-brigade device). C’est lui qui transforme une nappe correcte en nappe immense, ce léger mouvement stéréo qui a signé des centaines de productions synthwave et pop. Le JN-80 embarque cette section chorus analogique, avec ses modes qui épaississent le son d’un simple bouton. Pour beaucoup, c’est la raison d’exister de l’instrument : le reste du synthé pourrait être parfait, sans ce chorus il ne sonnerait pas Juno.
Ce que Behringer ajoute à la formule
Le JN-80 n’est pas une photocopie. Le clavier de 49 touches gère l’aftertouch, absent de l’original, ce qui ouvre des modulations expressives sous les doigts. Un arpégiateur est de la partie, tout comme une mémoire de programmes bien plus généreuse que les 56 patches du Juno-60 d’époque. Côté raccordement, on passe au présent : MIDI DIN, USB et une implémentation moderne qui permet d’intégrer la machine à n’importe quel studio informatique. Ceux qui apprivoisent d’abord la synthèse avant d’investir trouveront dans nos repères sur la synthèse soustractive de quoi comprendre chaque section du JN-80.

Les caractéristiques qui comptent
| Élément | Détail |
|---|---|
| Polyphonie | 8 voix (poly / duo / unisson) |
| Oscillateurs | 1 DCO par voix + sous-oscillateur + bruit |
| Filtre | Passe-bas résonant 3109, 24 dB/octave |
| Chorus | Section analogique à BBD |
| Clavier | 49 touches avec aftertouch |
| Connectique | MIDI DIN, USB, sortie audio |
Prix et disponibilité
C’est l’autre argument de poids : le JN-80 s’affiche autour de 466 £ chez les revendeurs britanniques, soit environ 500 € — fidèle à la politique de prix plancher de la marque. Les premières unités circulent désormais en Europe, même si les délais de réapprovisionnement restent, comme souvent chez Behringer, à surveiller. Pour piloter l’instrument ou enrichir votre installation, nos sélections de contrôleurs à encodeurs rotatifs façon BCR32 et les claviers-séquenceurs Jam et Jam Play de la marque complètent utilement le tableau.

La fiche produit officielle est consultable sur le site Behringer.
Mon avis
Le Juno-60 reste un sommet de simplicité sonore, et le refaire tenir sous 500 € relève presque de la provocation. Le JN-80 ne cherche pas à réinventer quoi que ce soit : il vise juste, sur le filtre 3109 et surtout sur ce chorus BBD qui fait tout le charme. L’ajout de l’aftertouch et des huit voix corrige les deux vraies frustrations de l’original. Reste la question Behringer habituelle, celle de la régularité de production et de la finition dans la durée. Mais pour qui veut ce son précis sans vider un livret d’épargne, l’instrument coche les cases qui comptent. À 500 €, on pardonne beaucoup.