La synchro d’oscillateurs (hard sync) expliquée : le son balayé des leads

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Il y a des sons de synthétiseur qu’on reconnaît en une seconde : ce lead mordant, métallique, qui semble « balayer » le spectre quand on bouge une molette, cette signature qu’on associe à certains tubes synth-pop ou à des solos vrillants. Derrière beaucoup d’entre eux se cache une technique précise : la synchronisation d’oscillateurs, plus connue sous son nom anglais de hard sync. Ce n’est ni un effet ni une forme de synthèse à part : c’est une manière de forcer deux oscillateurs à se comporter d’une façon qu’ils n’adopteraient jamais seuls. Voyons comment, et surtout pourquoi ça sonne comme ça.

Rappel : ce qu’est un oscillateur

Dans un synthé, l’oscillateur est la source du son. Il produit une forme d’onde répétitive, un cycle qui se recommence encore et encore à une certaine fréquence, et cette fréquence détermine la hauteur de la note. Dans une synthèse soustractive classique, on part de ces formes d’onde riches en harmoniques (dent de scie, carrée) puis on les sculpte avec un filtre et des enveloppes. La synchro, elle, agit directement sur les oscillateurs, en amont de tout le reste.

Le principe : un oscillateur qui en remet un autre à zéro

La synchro met en jeu deux oscillateurs, qu’on appelle traditionnellement le maître et l’esclave.

  • L’oscillateur maître fixe la hauteur réellement entendue. C’est lui qui donne la note.
  • L’oscillateur esclave est celui qu’on écoute, mais il est sous contrôle : à chaque fois que le maître recommence son cycle, il force l’esclave à redémarrer le sien depuis le début, instantanément, qu’il ait terminé ou non son propre cycle.

C’est ce redémarrage forcé qui fait tout. Comme l’esclave est remis à zéro au rythme du maître, la période globale du son entendu suit la fréquence du maître (donc la note reste juste). Mais la forme de l’onde de l’esclave, elle, est tronquée, cassée au milieu de son cycle. Cette discontinuité crée une onde complexe, riche en harmoniques nouvelles, au timbre vif et un peu criard, très différent de ce que l’esclave produirait tout seul.

D’où vient le fameux « balayage »

Le vrai spectacle commence quand on fait varier la hauteur de l’oscillateur esclave pendant que le maître reste fixe. Normalement, monter la fréquence d’un oscillateur monte la note. Ici, non : la note reste collée à celle du maître, puisque c’est lui qui impose la période. En revanche, en changeant la fréquence « libre » de l’esclave, on déplace l’endroit où son cycle est coupé, et donc on déforme continûment le contenu harmonique du son. Le résultat est ce balayage timbral caractéristique : la hauteur ne bouge pas, mais le timbre glisse, s’éclaircit, se durcit, comme un filtre qui serait fait de pures harmoniques.

C’est précisément ce qui rend la synchro si expressive : on tient une note stable tout en faisant évoluer sa couleur de façon spectaculaire. Et comme ce paramètre (la hauteur de l’esclave) est une cible de modulation idéale, on le confie rarement à la seule main.

Comment la programmer pour qu’elle chante

Un son de synchro statique est intéressant deux secondes ; c’est la modulation qui le rend vivant. Trois sources se marient particulièrement bien avec la hauteur de l’esclave.

  • Une enveloppe : router une enveloppe ADSR vers la fréquence de l’esclave donne ce balayage qui « monte » puis retombe à chaque note jouée. C’est le réglage derrière une bonne partie des leads de synchro des années 80 : attaque franche, le timbre fuse puis redescend.
  • Un LFO : un LFO lent sur la hauteur de l’esclave crée une ondulation régulière du timbre, idéale pour une nappe mouvante ou un effet hypnotique.
  • La molette de modulation ou l’aftertouch : confier le balayage au jeu, en direct, transforme la synchro en geste musical plutôt qu’en réglage figé. C’est là que le son prend toute sa dimension expressive.

Côté réglages de départ : prenez deux dents de scie, activez la synchro, réglez le maître sur la note voulue et désaccordez légèrement l’esclave vers le haut. Ajoutez une enveloppe sur la hauteur de l’esclave avec un decay moyen, et jouez. Vous reconnaîtrez immédiatement la couleur. À partir de là, c’est une affaire de dosage.

Quelques points d’attention

La synchro n’est pas qu’une recette à leads. Quelques repères utiles :

  • Elle fonctionne aussi sur des sons plus doux : avec une modulation subtile, elle apporte du mouvement sans virer au cri.
  • Le timbre dépend beaucoup des formes d’onde choisies pour le maître et l’esclave. La dent de scie est la plus courante, mais une impulsion ou une onde triangulaire donneront des couleurs très différentes.
  • Sur un synthé polyphonique, chaque voix a sa paire d’oscillateurs synchronisés ; le réglage se comporte donc comme on l’attend, note par note. Pour comprendre comment ces voix sont allouées, voyez notre explication de la polyphonie.
  • La synchro est de la famille des techniques qui enrichissent le spectre par déformation d’onde ; dans cet esprit, elle est cousine de la synthèse FM, même si le mécanisme est tout autre.

Mon avis

La synchro d’oscillateurs est l’un de ces outils qui donnent instantanément du caractère, à condition de ne pas la laisser statique. Posée brute, elle impressionne trois secondes puis fatigue ; modulée par une enveloppe ou confiée à la molette, elle devient un vrai geste, cette montée de timbre qu’on sent sous les doigts. C’est aussi une excellente porte d’entrée pour comprendre que, sur un synthé, la hauteur et le timbre ne sont pas toujours la même histoire. Branchez une enveloppe sur l’esclave, jouez deux notes, et vous aurez compris en dix secondes ce qu’un long paragraphe peine à décrire.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.