Befaco, le fabricant barcelonais connu pour ses modules en kit et son esprit DIY, change d’échelle avec ARK : non plus un module de plus, mais un véritable ordinateur de production musicale pensé pour devenir le centre d’un système Eurorack. Présenté à Superbooth 2026 et désormais en cours de commercialisation, ARK réunit séquençage, échantillonnage, génération sonore et gestion des tensions dans un seul espace de travail. L’ambition est claire : arrêter de considérer ces fonctions comme séparées.
Un canevas de 16 pistes
Au cœur d’ARK, on trouve une surface de composition de seize pistes sur laquelle on place ce que l’on veut : générateurs de CV, voix de batterie, voix de synthé et plusieurs types de samplers, dont des lecteurs de batterie, des slicers et un sampler granulaire. Le système de composition s’articule autour des gammes, des accords et des relations harmoniques : on construit des progressions, on génère des mélodies, et l’ensemble reste accroché au contexte harmonique du morceau. On peut injecter du hasard, de la variation et des algorithmes sans perdre la structure musicale sous-jacente — c’est précisément ce qui distingue un vrai séquenceur musical d’un simple générateur de suites aléatoires.
Un module, deux composants
ARK se présente comme un système unifié mais vendu en deux parties distinctes : l’ARK-Core et l’ARK-Controller. Le Core est le moteur, qui gère et génère tous les signaux ; le Controller est la surface où l’on compose. Les deux peuvent être posés séparément, dans des rangées différentes ou selon l’agencement de votre choix. Befaco pousse la logique jusqu’à proposer un boîtier externe pour le Controller, que l’on peut imprimer soi-même, relié au Core par un simple câble USB qui transporte à la fois l’alimentation et les données. C’est une approche inhabituelle qui sépare l’ergonomie de jeu de l’électronique de traitement.
Le hub du système
ARK est conçu pour fonctionner comme le point central de tout le rack. Chaque canal peut envoyer de l’audio et du CV vers votre modulaire, vos synthés analogiques ou vos instruments MIDI ; à l’inverse, on route des signaux MIDI, CV et de contrôle vers ARK pour les intégrer à la composition. Un signal entrant peut ainsi être transformé en mélodie ou en séquence, remodelé par vos gammes, accords et progressions. Les générateurs de CV suivent l’harmonie interne, ce qui veut dire que vos voix externes se calent automatiquement sur les gammes et accords définis dans ARK.
L’intégration est poussée : tous les appareils, tous les effets et le mixeur sont étroitement liés au séquenceur, ce qui autorise l’enregistrement de gestes en temps réel et des verrouillages de paramètres par pas (parameter locks) pour la plupart des réglages. On assigne n’importe quel paramètre au système de modulation interne en deux mouvements, ou l’on modifie un réglage sur plusieurs pas à la fois en les maintenant tout en tournant l’encodeur correspondant. Côté surface, l’ARK-Controller mise sur des touches à mécanisme de clavier mécanique remplaçables à chaud : un toucher franc, et une maintenance simplifiée sur la durée. Slides, rolls, divisions, sélection par Smart Group et triolets forçables à la volée complètent la grammaire de jeu.
Positionnement
ARK est annoncé autour de 666 € TTC. Ce n’est pas un module d’appoint : c’est un investissement qui vise à remplacer une pile de modules de séquençage, d’échantillonnage et de modulation par un seul cerveau cohérent. Pour un système modulaire qui commence à ressembler à un labyrinthe de câbles de séquence, la promesse d’un chef d’orchestre unique, conscient de l’harmonie, a de quoi séduire.
Dans le même univers, lisez notre article sur Erica Synths Konstrukt-8 et sur l’Atomosynth Mochika X7. La page officielle d’ARK est consultable chez le constructeur.
Questions fréquentes
Faut-il acheter le Core et le Controller séparément ?
Non : ARK est un système unifié, vendu avec ses deux composants. L’ARK-Core et l’ARK-Controller fonctionnent ensemble, le premier comme moteur de signaux, le second comme surface de composition. Ils peuvent simplement être placés à des endroits différents du rack selon vos contraintes de place.
Mes voix externes suivront-elles l’harmonie d’ARK ?
Oui. Les générateurs de CV d’ARK suivent l’harmonie interne, si bien qu’un synthé ou un module externe piloté en CV se cale automatiquement sur les gammes et les accords définis dans la composition. ARK envoie aussi audio et CV vers le reste du système depuis chacun de ses canaux.
Peut-on séparer physiquement la surface de jeu ?
Oui. L’ARK-Controller peut être logé dans un boîtier externe, que Befaco permet d’imprimer soi-même, et relié à l’ARK-Core par un unique câble USB assurant l’alimentation et les données. Cela permet de rapprocher la surface de jeu de soi tout en gardant le Core dans le rack.
Le séquenceur gère-t-il les parameter locks ?
Oui. Appareils, effets et mixeur sont intégrés au séquenceur, avec enregistrement de gestes en temps réel et verrouillages de paramètres par pas pour la plupart des réglages. On peut aussi assigner rapidement un paramètre à la modulation interne ou l’éditer sur plusieurs pas simultanément.
Mon avis
ARK prend le contre-pied du réflexe modulaire habituel, qui consiste à empiler les modules spécialisés jusqu’à ne plus savoir quel câble va où. Rassembler séquençage, samplers, voix et modulation sous une même logique harmonique, c’est ambitieux, et le pari du Controller détachable montre que Befaco a pensé au geste autant qu’à l’électronique. Reste la contrepartie d’un système centralisateur : il faut accepter de confier les clés du rack à un seul cerveau. Pour qui aime composer dans la structure plutôt que dans le pur aléatoire, c’est exactement le genre d’outil qui peut redéfinir un système entier.