Rares sont les instruments qui déclenchent une telle ferveur. Le Dirtywave M8, tracker portable imaginé par Timothy Lamb (alias Trash80, déjà à l’origine du légendaire LSDJ sur Game Boy), s’était imposé comme l’un des studios de poche les plus attachants de la décennie. Il change aujourd’hui de nature : Dirtywave publie une application iOS native qui fait tourner le moteur complet du M8 sur n’importe quel iPhone ou iPad, sans matériel dédié.

Le M8 en entier, pas une version allégée
C’est le point qui compte : il ne s’agit pas d’un aperçu ni d’une démo bridée. L’application embarque le séquenceur à huit pistes organisé en phrases et en chaînes, la logique de tracker verticale héritée des démomakers, et surtout les cinq moteurs sonores qui font l’identité de la machine. La compatibilité des fichiers est totale : un morceau ou un bundle créé sur le M8 matériel s’ouvre sur l’application, et inversement. Pour qui possède déjà la version hardware, la continuité est immédiate.
Les grovebox et trackers vivent de leur séquenceur autant que de leurs sons ; si la logique pas-à-pas vous est encore floue, notre guide du séquenceur pas à pas pose les bases avant de plonger dans le M8.
Cinq moteurs sous le capot
La palette sonore couvre large, du chiptune à la texture ambiante, et chaque piste peut accueillir n’importe lequel des moteurs. Voici ce que propose l’application :
| Moteur | Type | Usage typique |
|---|---|---|
| Wavsynth | Wavetable d’inspiration chip | Leads mordants, basses 8-bit, arpèges |
| Macrosynth | Macro-oscillateurs (plus de 40 modèles) | Sons polyvalents, du physique au bruité |
| FMSynth | Synthèse FM à quatre opérateurs | Cloches, e-pianos, percussions métalliques |
| Hypersynth | Essaim de 13 oscillateurs | Nappes larges, supersaws, drones |
| Sampler | Lecture et enregistrement d’échantillons | Boucles, one-shots, voix, field recording |
Le Macrosynth reprend la philosophie des macro-oscillateurs popularisée par le monde modulaire, et le FMSynth ravira ceux qui aiment programmer les opérateurs à la main — notre article sur la synthèse FM éclaire d’ailleurs pourquoi ce moteur sonne comme il sonne. Le sampleur, capable d’enregistrer directement depuis le micro de l’appareil, transforme le téléphone en boîte à idées instantanée.

Connectique et intégration mobile
Loin d’être un jouet isolé, l’application s’intègre à l’écosystème iOS : entrée et sortie CoreMIDI, prise en charge des claviers externes et même des manettes de jeu, compatibilité Launchpad Pro MK3, Ableton Link pour se synchroniser à un autre appareil, et Inter-App Audio. Un jeu d’instruments MIDI dédiés permet de piloter du matériel externe depuis les pistes du M8. Jusqu’à 128 instruments peuvent cohabiter dans un même morceau.
Au lancement, l’AUv3 manquait à l’appel — Apple isole les extensions dans un bac à sable qui compliquait la gestion des échantillons. La version 1.1, publiée quelques jours après la sortie, a corrigé le tir avec un support AUv3 complet, multi-canal et multi-instance : le M8 devient donc un plug-in que l’on peut instancier plusieurs fois dans un hôte comme AUM ou Cubasis. C’est ce qui fait basculer l’application du statut de curiosité à celui d’outil de production sérieux.

Prix et disponibilité
L’application M8 Music Tracker est disponible sur l’App Store au prix de 29,99 $ (environ 32,99 €), pour iPhone, iPad et iPod touch sous iOS 15 ou supérieur. À ce tarif, elle propose une porte d’entrée imbattable vers un workflow que beaucoup n’avaient jamais pu essayer, faute de trouver le matériel — longtemps en rupture. Ceux qui cherchent un instrument à échantillons complémentaire jetteront un oeil à l’EMW S-8000, dans une logique hardware cette fois. La page de l’éditeur détaille les configurations requises : dirtywave.com.
Mon avis
Porter le M8 sur iOS était l’évidence que personne n’osait espérer, tant la machine tenait à son écran monochrome et à ses boutons. Le pari est réussi : le moteur est entier, les fichiers circulent dans les deux sens, et l’ajout rapide de l’AUv3 montre un éditeur qui écoute sa communauté. Reste la vraie question, celle de l’ergonomie tactile face aux boutons physiques — le tracker se joue au doigté, et un écran de verre n’a pas le même mordant. Mais pour 30 dollars, découvrir ce workflow sans chasser un appareil en rupture, c’est une aubaine. Le hardware garde son aura ; l’application, elle, ouvre la porte à tout le monde.