Le larsen n’est pas une fatalité : c’est une boucle qu’on peut mesurer et repousser. Voici comment gagner du gain avant accrochage sur scène, du placement des enceintes à l’accord du système, sans transformer votre mix en sifflement.
Le larsen, une boucle qui s’emballe
Le larsen naît d’une boucle simple : un micro capte le son d’une enceinte, ce son ressort amplifié, revient au micro, ressort encore. Tant que le gain de cette boucle reste sous l’unité à toutes les fréquences, le système est stable. Dès qu’une fréquence atteint un gain de boucle supérieur à zéro décibel, elle s’auto-entretient et vous entendez ce sifflement qui monte. Le larsen accroche presque toujours sur une fréquence précise, celle où la somme des réponses du micro, de la salle, des enceintes et de l’égalisation présente une bosse.
C’est une bonne nouvelle : puisque le phénomène est physique et localisé, il se traite avec méthode, pas avec de la chance. L’objectif porte un nom, le gain avant larsen (souvent abrégé GBF, pour gain before feedback) : la marge de niveau dont vous disposez avant que la première fréquence n’accroche. Tout l’art consiste à repousser ce seuil le plus haut possible.
Le placement, la première bataille
Avant de toucher au moindre correcteur, réglez la géométrie. Chaque décibel gagné sur le placement est un décibel que vous n’aurez pas à chercher ailleurs. Trois principes tiennent la majorité du travail :
- Rapprochez le micro de la source. Doubler la distance bouche-micro, c’est perdre environ six décibels de niveau utile, donc autant de marge cédée au larsen. Un chanteur qui « mange » son micro gagne un gain avant larsen considérable.
- Gardez les enceintes de façade devant les micros. Un micro directif rejette surtout ce qui vient de l’arrière ; placez la diffusion dans cette zone de rejet, jamais derrière la ligne des micros.
- Orientez les retours dans l’axe de moindre sensibilité du micro. Un cardioïde rejette l’arrière, un supercardioïde rejette plutôt les côtés arrière : le wedge se place en fonction de cette directivité, pas au hasard.

Choisir et tenir le micro
Le micro est le premier maillon de la boucle, donc le premier levier. Un modèle dynamique à directivité marquée, cardioïde ou supercardioïde, offre presque toujours plus de gain avant larsen qu’un statique à large membrane sur une scène bruyante. La directivité concentre la captation sur la source et referme la porte au reste. Notre guide pour choisir un micro de chant pour la scène détaille ces arbitrages.
La technique de jeu compte autant que le modèle. Un artiste qui tient le micro à distance constante et près de la bouche stabilise le gain de boucle ; un micro qui s’éloigne et se rapproche fait varier ce gain en permanence et rend le système imprévisible. Attention aussi à la main sur la grille : couvrir la tête d’un micro modifie sa directivité et ruine son rejet arrière, ouvrant grand la porte au larsen.
Accorder le système : le « ringing out »
Quand la géométrie est saine, on affine à l’égaliseur. La méthode dite du ringing out consiste à monter progressivement le gain jusqu’au seuil d’accrochage, repérer la fréquence qui siffle, la creuser d’un coup de filtre étroit, puis recommencer. Chaque fréquence retirée libère quelques décibels de marge supplémentaire. Un égaliseur paramétrique avec des filtres serrés fait un travail plus chirurgical qu’un graphique à bandes larges, car il retire juste la bosse sans amaigrir tout le spectre.
La discipline, ici, c’est la retenue : creuser trois ou quatre fréquences bien choisies, pas dix. Trop de coupes et la voix devient creuse, sans que la marge gagnée ne le justifie. Cet accord de la boucle prolonge naturellement le calage du système de diffusion : un système bien aligné présente une réponse plus lisse, donc moins de bosses prêtes à accrocher.
Retours : le wedge ou l’oreillette
Le retour de scène est souvent le premier coupable. Un wedge pousse du niveau juste devant un micro ouvert : c’est la configuration la plus favorable au larsen. Deux réponses. La première, garder les wedges sous contrôle : niveau juste suffisant, égalisation dédiée, orientation dans l’axe de rejet du micro. La seconde, passer à l’oreillette : en supprimant l’enceinte de retour, l’in-ear supprime une branche entière de la boucle et fait souvent gagner un gain avant larsen spectaculaire. Notre sélection des meilleurs retours in-ear aide à franchir le pas.
Structure de gain et micros ouverts
Plus il y a de micros ouverts simultanément, plus le gain de boucle global monte : chaque doublement du nombre de micros ouverts coûte environ trois décibels de marge. La parade tient en une règle : n’ouvrez que ce qui sonne. Coupez ou baissez les micros inutilisés, et laissez un système d’automixage gérer les prises de parole multiples quand le contexte s’y prête.
La console est votre poste de commande pour tout cela. Organiser ses groupes, ses VCA et ses mutes pour fermer d’un geste les sources dormantes fait partie de la lutte contre le larsen — un sujet que nous détaillons dans notre guide pour exploiter une console numérique en live. Une surface comme l’Allen & Heath Avantis offre par exemple des égaliseurs paramétriques et des filtres coupe-bande sur chaque voie, exactement ce qu’il faut pour accorder la boucle sans y passer la soirée.
Mon avis
Le gain avant larsen se gagne d’abord avec les pieds, pas avec l’égaliseur. Placer les enceintes, rapprocher le micro, orienter les retours : c’est là que se joue l’essentiel, et c’est gratuit. L’accord de la boucle vient ensuite affiner, avec parcimonie. Ce qui change tout aujourd’hui, c’est l’oreillette : supprimer le wedge, c’est supprimer une source de larsen d’un coup, et le confort de scène suit. Le sifflement en début de balance n’est pas une malédiction, juste un système qui vous dit où il a une bosse — écoutez-le, corrigez, et gardez de la marge pour le moment où la salle se remplira.