Il manquait un barreau à l’échelle. Entre la DM3, format ultra-compact plébiscité en cabine broadcast et en petite salle, et la DM7 qui vise déjà les grosses productions, l’écart était large. Avec la Yamaha DM5 et sa variante DM5 Compact, la marque comble ce vide par deux consoles numériques qui partagent la même architecture mais s’adaptent à la place disponible en régie.
Une même électronique, deux formats de surface
La différence entre les deux modèles tient d’abord à la surface. La DM5 est une console double bay : vingt-six faders motorisés, deux écrans à portée de main et un plan de travail généreux pour qui aime tout voir d’un coup d’œil. La DM5 Compact resserre le tout sur une seule baie et treize faders, dans une empreinte qui se glisse dans un flight-case ou sur un coin de plateau. Sous le capot, en revanche, on retrouve la même machine.

Concrètement, la DM5 traite jusqu’à soixante voies d’entrée ; la DM5 Compact en gère quarante-huit. Les deux offrent vingt-quatre bus de mixage, douze matrices, des bus stéréo et un bus d’écoute, plus douze DCA pour piloter des groupes sans consommer de bus. Côté connectique locale, la DM5 aligne trente-deux entrées et seize sorties analogiques, la Compact seize et seize. Le vrai nerf de la guerre reste le réseau : jusqu’à soixante-quatre canaux de Dante en 96 kHz, une interface USB dix-huit canaux pour l’enregistrement et le virtual soundcheck, un port RJ45 pour le contrôle et le Bluetooth pour envoyer une musique d’attente sans bricoler un câble.
Écrans tactiles, touches en verre et traitement embarqué
L’interface mise sur le tactile. Un écran multitouch de 13,3 pouces inclinable sert de poste de pilotage principal, doublé d’un petit écran utilitaire de 4,3 pouces et de touches en verre sensibles au toucher. C’est la même logique d’ergonomie que sur la DM7, transposée à une console plus modeste : on reste dans un environnement que les équipes Yamaha connaissent déjà, ce qui raccourcit la prise en main quand on jongle entre plusieurs consoles sur une tournée ou dans un parc de location.

Le traitement embarqué ne fait pas l’impasse : modèles de compresseurs, gates, de-essers, expandeurs et processeurs de ducking par voie, plus quarante-trois algorithmes de réverbe et d’effets. Le Dugan automixing est de la partie, en douze canaux de base, extensible à quarante ou soixante voies via licence payante : de quoi tenir une table ronde ou un plateau de débat sans rider les faders en permanence. Pour aller plus loin, une carte optionnelle PY-DSP ajoute des plugins haut de gamme signés Rupert Neve Designs, une façon d’apporter de la couleur analogique là où la console reste, par nature, très neutre.
Un écosystème, pas seulement une console
Yamaha n’a pas lancé la DM5 seule : la gamme s’accompagne de nouveaux boîtiers d’entrées-sorties R series pensés pour déporter le patch au plus près des sources. C’est la logique désormais classique du réseau audio : la console reste en régie, les préamplis partent sur scène, et tout circule en Dante. Si vous bâtissez votre plan de patch autour d’un stagebox et d’un snake numérique, la DM5 s’insère sans friction dans une infrastructure existante.
Ce positionnement la place face à une concurrence dense sur le segment des compactes numériques, où l’on croise aussi bien des surfaces traditionnelles que des consoles qui, comme la Violet Audio dMix 128, abandonnent carrément la surface physique. Yamaha, lui, assume la surface : faders sous les doigts, écran devant les yeux. Dans la lignée de ses consoles de tournée comme la CL5, la DM5 vise le technicien qui veut mixer vite et bien, pas piloter un mix depuis une tablette.

Prix et disponibilité
La DM5 est annoncée autour de 11 888 euros (9 999 dollars, environ 10 390 livres), la DM5 Compact autour de 7 898 euros (6 999 dollars, environ 7 222 livres), les deux en précommande. On parle ici d’un investissement de prestataire ou d’installation fixe, pas d’un achat d’appoint : la DM5 se destine à ceux qui font tourner du matériel toute l’année et pour qui la compatibilité avec un parc Yamaha existant compte autant que la fiche technique. Pour bien alimenter ses voies, un rappel utile sur la boîte de direct ne fait jamais de mal.
Mon avis
La DM5 est la console que le milieu de gamme Yamaha attendait : ni bridée comme une compacte d’entrée, ni surdimensionnée comme une tête d’affiche. Le vrai argument n’est pas la fiche technique, déjà solide, mais la cohérence de la gamme : mêmes réflexes de la DM3 à la DM7, mêmes fichiers de scènes qui voyagent, même carte PY-DSP pour la couleur. Pour un prestataire qui standardise son parc, c’est ce qui fait gagner du temps un soir de balances serrées. Reste une question de prix : entre DM3 et DM7, la DM5 devra prouver que le barreau intermédiaire valait bien son tarif.
Fiche officielle : communiqué Yamaha.