La KH 310 traîne une réputation solide dans les régies de mixage et de mastering : un trois-voies compact, honnête, qui ne ment pas sur ce que vous lui envoyez. Neumann la fait évoluer avec la KH 310 II et lui adjoint une nouvelle venue, la KH 350, pensée pour les pièces plus grandes et les configurations immersives. Deux enceintes proches par leurs haut-parleurs, séparées par leur philosophie de coffret.
Les mêmes transducteurs, deux coffrets
Sous la façade, les deux modèles partagent la même artillerie : un boomer de 8,25 pouces (300 W), un médium à dôme de 3 pouces (160 W) et un tweeter de 1 pouce (125 W), pour une amplification trois voies totalisant 585 W, avec des fréquences de coupure à 700 et 1 700 Hz. Le changement de fond, invisible sur la fiche mais audible sur la dynamique, c’est le passage d’une amplification Class-AB à une amplification Class-D : plus de rendement, donc plus de niveau et de réserve avant écrêtage, sans faire gonfler le radiateur.

Là où les deux enceintes divergent, c’est le volume d’air. La KH 310 II conserve le coffret clos et le médium à dôme souple de la KH 310, dans des dimensions identiques : elle se substitue à l’ancienne sans réagencer la régie. Son argument, c’est une réserve de niveau supérieure d’environ 5 dB par rapport à sa devancière, à encombrement égal. La KH 350, elle, abandonne le coffret clos pour un bass-reflex nettement plus grand, monté verticalement, qui descend jusqu’à 27 Hz et offre environ 2 dB de plus entre 50 et 100 Hz. Un guide d’ondes MMD élargi ouvre aussi la zone d’écoute optimale.
KH 310 II ou KH 350 : laquelle pour quelle pièce ?
Le partage est assez net. La KH 310 II reste la nearfield analytique par excellence : coffret clos, réponse dans le grave amortie et prévisible, idéale en proximité dans une régie traitée. La KH 350 se présente comme une version plus compacte et plus abordable de la KH 420 amirale : elle vise les pièces moyennes à grandes et les installations immersives, là où il faut du grave qui tienne et un point d’écoute plus large.
| Point clé | KH 310 II | KH 350 |
|---|---|---|
| Coffret | Clos | Bass-reflex |
| Grave utile | Amorti, précis | Jusqu’à 27 Hz |
| Destination | Nearfield en régie traitée | Pièces moyennes/grandes, immersif |
| Prix indicatif | 2 979 euros | 3 579 euros |

DSP, entrées numériques et calibration de pièce
Les deux moniteurs embarquent un chemin de signal en DSP 32 bits, avec une entrée analogique symétrique sur XLR et une entrée numérique AES3id sur BNC, doublée d’une sortie pour chaîner un second haut-parleur. Un port RJ45 les relie au système MA 1 d’alignement automatique : c’est lui qui mesure la pièce et corrige la réponse, le vrai levier quand on installe un jeu de moniteurs dans une salle qui n’est pas parfaite. Cette entrée numérique et cette calibration prennent tout leur sens en production immersive, où l’on aligne plusieurs enceintes autour du point d’écoute — un domaine où l’horloge de référence et la cohérence du parc comptent autant que la qualité d’un transducteur.
Neumann s’inscrit ici dans un mouvement de fond : le moniteur de studio se transforme en objet piloté, comme on l’a vu avec les KRK V-Series Five passées au DSP ou avec le logiciel gratuit EVE Audio Origin. La différence, chez Neumann, c’est que le DSP sert d’abord la neutralité et l’intégration à la pièce, pas les fonctions gadget.

Prix et disponibilité
La KH 310 II est affichée à 2 979 euros (2 999 dollars) pièce, la KH 350 à 3 579 euros (3 599 dollars) pièce, toutes deux disponibles. On reste dans le tarif attendu d’un moniteur de référence : un choix d’atelier, pas d’appoint. Rappel utile avant de sortir la carte : dans une pièce non traitée, la meilleure enceinte du monde vous ment aussi — d’où l’intérêt de coupler cet achat à un vrai traitement acoustique.
Mon avis
La KH 310 II était attendue : garder les cotes de l’ancienne et gagner 5 dB de réserve grâce au Class-D, c’est exactement la mise à jour discrète que réclamaient les studios déjà équipés. Rien à réaménager, juste plus de marge. La KH 350 est la vraie nouveauté : elle bouche le trou entre la KH 310 et la KH 420 amirale, et son entrée numérique alliée au calibrage MA 1 en fait une candidate sérieuse pour l’immersif. Le grave d’un bass-reflex demande une pièce qui l’accepte, mais le service rendu est réel. À ce niveau de neutralité, la question n’est plus l’enceinte : c’est la salle.