Violet Audio dMix 128 : la console qui abandonne la surface pour piloter le mix par le reseau

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La sonorisation vit depuis vingt ans avec une evidence : une console, c’est une surface. Des tranches, des faders, un ecran, un operateur assis derriere. Violet Audio prend le contre-pied avec le dMix 128, presente a l’InfoComm et remis en avant cette semaine au PLASA Show de Londres. Ici, le moteur de mixage est une boite montee en rack, et la surface n’existe plus : on pilote le melange depuis un navigateur, un ecran tactile ou un systeme de controle tiers.

Le pari n’a rien d’anecdotique. Il touche a la maniere meme dont on distribue le controle d’un systeme audio dans une salle, une regie ou une installation fixe. Et il arrive porte par une equipe qui connait le metier de l’interieur, avec un cahier des charges qui vise clairement le live exigeant, l’installation et le broadcast.

Separer le traitement du controle

L’idee directrice du dMix 128 tient en une phrase : le traitement du signal et le controle de ce traitement sont deux choses distinctes, qui n’ont aucune raison d’habiter le meme meuble. Le moteur reste dans le rack, au plus pres des convertisseurs et du reseau ; le controle, lui, se deplace la ou l’operateur en a besoin.

Interface graphique du logiciel dMix Control, une console virtuelle pilotee dans le navigateur
Credit : Violet Audio

Concretement, le logiciel dMix Control est entierement web : n’importe quel navigateur compatible HTML5 devient une console, sans application a installer. Mieux, plusieurs postes peuvent agir sur le meme melange en meme temps. L’ingenieur de facade, le technicien plateau et le regisseur d’une salle polyvalente partagent la meme session, chacun avec sa vue. Le systeme s’ouvre aussi aux ecosystemes de controle classiques de l’integration : on peut le piloter depuis Q-SYS, Crestron ou une interface TouchOSC, et l’automatiser.

Un moteur FPGA taille pour la latence

Sous le capot, Violet Audio a mise sur une architecture centree sur un FPGA plutot que sur un DSP generaliste. Le resultat annonce est une machine de 128 canaux a 96 kHz, avec un routage 128 x 128 et une latence systeme sous la milliseconde : de l’ordre de 0,3 ms de l’entree analogique a la sortie analogique. Sur scene, cette valeur n’est pas un argument de fiche technique : elle conditionne le confort des retours et la coherence de phase quand on empile plusieurs traitements et plusieurs machines.

CaracteristiquedMix 128
Canaux / echantillonnage128 canaux jusqu’a 96 kHz
Latence A/Aenviron 0,3 ms (routage 128 x 128)
E/S analogiques par unite32 entrees / 24 sorties
ReseauAES67 en standard, feuille de route ST 2110-30
Controlenavigateur HTML5, Q-SYS, Crestron, TouchOSC, automation

Chaque unite embarque 32 entrees et 24 sorties analogiques, et s’appuie sur des boitiers de scene et des E/S deportees pour couvrir les grosses configurations. Cote reseau, le dMix 128 parle AES67 nativement, avec une compatibilite SMPTE ST 2110-30 annoncee sur la feuille de route : de quoi s’inserer dans une infrastructure broadcast ou une grosse installation reseau sans passerelle exotique.

Le meme mixage controle simultanement depuis plusieurs postes et surfaces tierces
Credit : Violet Audio

Pour qui, et contre quoi ?

Le dMix 128 ne vise pas le groupe qui monte sa premiere sono. Il parle aux salles polyvalentes, aux lieux de culte technises, aux studios broadcast et aux installations ou plusieurs personnes doivent agir sur le meme audio sans se marcher dessus. Dans ces contextes, la surface physique est souvent un point de friction : elle coute cher, elle prend de la place, elle fige un poste de mixage unique. Deporter le controle dans le reseau resout une vraie douleur.

Traitement et effets integres au moteur FPGA du dMix 128
Credit : Violet Audio

C’est aussi la que se logent mes reserves. J’ai passe assez d’annees en regie, en concert comme en captation, pour savoir qu’un fader sous les doigts n’est pas un luxe nostalgique : quand un retour part en vrille en plein show, la main va plus vite que le curseur d’une tablette. Le tout-numerique en mixage, j’y crois depuis longtemps et ce n’est pas moi qui vais bouder un moteur aussi propre ; mais le geste tactile reste un atout dans l’urgence du live. Le dMix 128 le sait sans doute, puisqu’il ne ferme aucune porte : rien n’empeche d’y accrocher une surface de controle tierce. Le vrai basculement, ici, n’est pas l’abandon du fader, c’est la fin de l’idee qu’une console doit etre un seul objet, a un seul endroit, pour une seule personne.

Reste la question du reseau, centrale des qu’on distribue le controle : la fiabilite du melange depend entierement de celle de l’infrastructure. C’est un sujet que nous avons deja aborde a propos du patch et du stagebox en sonorisation et de l’audio sur IP : un mixage aussi souple que le dMix 128 exige un reseau irreprochable et un calage systeme tout aussi rigoureux en aval. La console change de forme ; les fondamentaux de la diffusion, eux, ne bougent pas.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.