Il y a des instruments qui cherchent à effacer le numérique, et d’autres qui en font une matière. Le Suonobuono Polyvera appartient clairement à la seconde catégorie. Premier synthétiseur d’un tout petit constructeur, présenté comme le fruit de quatre années de travail, ce poly hybride six voix assume une idée à contre-courant : ressusciter le grain râpeux des premiers oscillateurs numériques et samplers du début des années 80, puis le passer au tamis de filtres analogiques bien réels.
Le grain digital des années 80, comme point de départ
Au début des années 80, les premiers oscillateurs wavetable et samplers abordables imposaient des compromis sévères de mémoire et de puissance de calcul. De ces contraintes est né un timbre artificiel, riche en alias et en artefacts, qui est devenu la signature du son électronique numérique de l’époque — avant de disparaître dès la fin de la décennie, à mesure que la technologie gommait ces défauts devenus, musicalement, moins intéressants. Les deux oscillateurs du Polyvera recréent précisément ces artefacts, modelés sur quelques-uns des synthés et samplers wavetable les plus emblématiques du début 80. On peut basculer d’un oscillateur moderne et propre à divers modèles vintage, jusqu’à des versions volontairement modifiées de machines d’époque.

Un cœur analogique
Le vrai secret des machines numériques de cette époque, c’est qu’elles s’appuyaient sur des filtres analogiques, qui contribuaient largement à la beauté et à la rondeur de leur son. Le Polyvera reprend cette logique et propose huit types de filtres analogiques bâtis autour d’une puce de filtre de synthé classique. Ces filtres se laissent saturer, peuvent entrer en auto-oscillation et se moduler en fréquence, offrant une palette qui va du son analogique classique au franchement expérimental. Le passe-bas peut même être combiné à un étage de distorsion analogique placé après le filtre. C’est cette association — oscillateurs au grain numérique vintage et filtres analogiques chaleureux — qui fait toute la personnalité de l’instrument.
Sampler, modulation et effets
Le Polyvera n’est pas qu’un synthé : ses oscillateurs peuvent aussi lire des échantillons, et la machine échantillonne directement par ses entrées audio, avec une soixantaine de secondes de mémoire à disposition. Côté vie du son, on trouve une matrice de modulation à huit emplacements, trois LFO et une enveloppe multimode bouclable, ainsi que deux sections d’effets — chorus, delay et phaser d’un côté, plusieurs types de réverbération de l’autre. Le tout se pilote depuis une surface garnie de trente-six potentiomètres et encodeurs et de deux écrans OLED, dans une logique résolument tactile où l’on garde la main sur les paramètres sans plonger dans des menus.

Éditions et disponibilité
Le Polyvera est proposé en deux finitions, Silver et Black, autour de 1 199 € HT (1 499 $), avec une option d’oreilles de rack 19 pouces pour la version noire. C’est un instrument de fabrication boutique, dont le firmware continue d’évoluer au fil des mois — un point à garder en tête : on achète ici une machine vivante, pas un produit figé. Pour qui découvre la logique de ces oscillateurs, un détour par les bases de la synthèse wavetable éclaire beaucoup le propos.
Ce que j’en pense
J’ai vu passer la vague des premiers samplers numériques, et je peux témoigner d’une chose : leur grain n’était pas un choix esthétique, c’était une contrainte que l’on subissait faute de mémoire et de résolution. Voir aujourd’hui un jeune constructeur reprendre ce grain comme point de départ, filtres analogiques à l’appui, me parle bien plus qu’un énième clone de Minimoog. Le Polyvera ne cherche pas à refaire une machine culte : il fait sonner une époque à sa manière. Face à d’autres polys boutiques comme le Cherry Audio Memorymode 2 ou le suédois Analog Sweden SWEN2, il occupe un territoire à lui.

Questions fréquentes
Le Polyvera est-il numérique ou analogique ?
Il est hybride. Ses deux oscillateurs sont numériques — wavetable ou sampler — mais le signal passe ensuite par des filtres analogiques multimode. C’est précisément la rencontre des deux mondes qui définit son caractère.
Peut-on échantillonner ses propres sons ?
Oui. Le Polyvera échantillonne directement via ses entrées audio, avec une soixantaine de secondes de mémoire, et ses oscillateurs peuvent ensuite relire ces échantillons comme ils liraient une table d’ondes.
Combien de voix de polyphonie offre-t-il ?
Six voix. C’est une polyphonie modeste sur le papier, mais cohérente avec l’esprit de l’instrument, pensé pour le design sonore et le jeu expressif plutôt que pour les nappes massives.
Existe-t-il une version rack ?
Il n’y a pas de version rackable dédiée, mais l’édition Black peut recevoir des oreilles de rack 19 pouces en option pour l’intégrer à un flight case ou un meuble studio.
Combien coûte-t-il et dans quelles finitions ?
Le Polyvera est proposé autour de 1 199 € HT en finitions Silver et Black. Son firmware évolue régulièrement, ce qui ajoute des fonctions au fil des mises à jour.