Jünger Audio flexAI CastCompanion : le mixage broadcast autonome piloté par l’IA arrive à l’IBC 2026

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Sur un plateau d’actualité, un commentaire sportif ou un podcast à plusieurs micros, l’ingénieur du son passe une bonne partie de son temps à faire la même chose : ouvrir le micro qui parle, fermer les autres, rattraper l’invité qui parle trop fort, remonter celui qui murmure, et garder le tout dans les clous du loudness. C’est exactement ce travail que Telos Alliance veut confier à une machine avec CastCompanion, la nouvelle brique de la plateforme Jünger Audio flexAI présentée à l’IBC 2026.

Un moteur de mixage autonome, pas un simple automix

CastCompanion se présente comme un moteur de mixage broadcast autonome pensé pour les sources de voix en direct : commentaire sportif, production d’information, et podcast. L’idée n’est pas neuve dans son principe — l’automix existe depuis longtemps — mais l’approche de Jünger va plus loin qu’un simple gain-sharing qui ouvre et ferme des voies. Le système combine dans une même chaîne l’automixing, un débruitage assisté par IA, un rehaussement de la voix, un upmix jusqu’au 7.1.4 et une gestion du loudness alignée sur l’EBU R128 S4.

Le point technique qui mérite l’attention, c’est la répartition des rôles. L’intelligence s’appelle JAIC (Jünger Audio Intelligent Companion) : elle écoute les signaux entrants, comprend qui parle, à quel niveau, avec quel bruit de fond, et décide des paramètres à appliquer. Mais elle ne touche pas elle-même au son. Le traitement reste confié aux algorithmes déterministes historiques de Jünger, qui tournent dans le chemin audio temps réel. Autrement dit, l’IA propose, le moteur déterministe dispose — et c’est ce qui garantit une latence prévisible et la fiabilité qu’exige une antenne.

Pourquoi cette séparation IA / traitement change tout

En broadcast, on ne peut pas se permettre une chaîne dont la latence varie selon l’humeur d’un réseau de neurones, ni un traitement qui « invente » un rendu différent d’une phrase à l’autre. C’est le reproche récurrent fait aux traitements 100 % IA de bout en bout. En cantonnant l’IA à l’analyse et à la décision, et en laissant le rendu à des algorithmes connus et mesurables, Jünger obtient un comportement reproductible : le même signal donnera le même résultat, avec une latence stable. Pour un directeur technique, c’est la différence entre un gadget de démo et un outil qu’on ose mettre sur une diffusion 24/7.

CastCompanion embarque aussi un point de monitoring dédié à faible latence : le commentateur et l’opérateur peuvent s’écouter sans subir le délai de la chaîne complète. Sur un commentaire sportif, où le talent doit rester calé sur l’image et sur l’ambiance du stade, ce détail n’en est pas un.

De la voix à la 7.1.4, et une connectique qui vise la production moderne

La gestion du loudness alignée sur l’EBU R128 S4 (le supplément qui cadre les flux courts et les contenus distribués) place l’outil directement dans les contraintes réglementaires de la diffusion européenne. L’upmix jusqu’au 7.1.4 montre que Jünger ne pense pas seulement radio et podcast, mais aussi production immersive pour la télévision et le streaming.

Côté matériel, la plateforme s’ouvre : une nouvelle interface 12G-SDI pour l’AIXpressor prend en charge les formats SD-SDI, HD-SDI, 3G, 6G et 12G jusqu’à l’UHD 4K 60p, avec un retard vidéo intégré pour resynchroniser l’audio et l’image. S’y ajoutent la connectivité NDI et une intégration avec la plateforme de production live TVU. flexAI se veut ainsi utilisable aussi bien sur du hardware que sur serveur, en IP ou dans le cloud — une souplesse cohérente avec les régies hybrides d’aujourd’hui, celles-là mêmes qui carburent à l’audio sur IP.

Ce que j’en pense

J’ai passé assez de temps en régie pour savoir que « rider les niveaux » de trois ou quatre intervenants pendant deux heures, c’est fatigant et faillible — la seconde d’inattention où deux invités se coupent la parole se paie toujours à l’antenne. Un moteur qui prend en charge ce travail ingrat sans imposer une latence baladeuse, c’est utile, franchement. Je reste prudent sur un point : le débruitage et le rehaussement de voix par IA sont excellents tant qu’on ne les pousse pas trop — au-delà, la voix prend ce grain artificiel qu’on entend désormais partout. La bonne nouvelle, c’est que ce genre d’outil se juge en écoute, pas sur une fiche technique, et que Jünger a la culture du traitement transparent. À vérifier sur le stand, oreilles ouvertes. Ce CastCompanion prolonge en tout cas la vague des processeurs intelligents qu’on a vue défiler cette rentrée broadcast, de l’Omnia XII aux consoles audio-sur-IP.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.