Samplitude n’a jamais été le logiciel dont on parle le plus, et c’est précisément ce qui a fait sa réputation. Station d’enregistrement, de montage et de mastering pensée pour les exigences les plus élevées, elle est longtemps restée l’outil discret des ingénieurs allemands attachés à une chose avant tout : la neutralité du moteur. Avec Samplitude 2026, le logiciel change officiellement de propriétaire et rejoint le catalogue de Boris FX, tout en héritant d’un moteur vidéo repensé et d’une édition Suite entièrement tournée vers l’immersif.
Un changement de maison, pas de philosophie
Boris FX, que l’on connaissait surtout pour ses outils d’effets à l’image — Sapphire, Mocha, Continuum —, a repris à MAGIX l’ensemble de son ancienne gamme audio professionnelle : d’abord Sequoia, Samplitude et Music Studio, puis Sound Forge, ACID et Vegas Pro. Samplitude rejoint donc une division audio qui réunit désormais des noms lourds de l’enregistrement et du mastering. Pour l’utilisateur, l’essentiel tient en une phrase : le logiciel reste ce qu’il était. On retrouve son édition orientée objet, où chaque clip transporte ses propres plugins, ses envois et ses automations, et où l’on peut retoucher la plus petite section d’un projet lourd sans jamais figer le reste.
Le moteur audio hybride au centre du jeu
Le cœur de Samplitude reste son moteur audio hybride, et sa gestion de la latence sur deux étages. Un moteur à faible latence prend en charge le monitoring pendant l’enregistrement, avec un temps de réponse assez court pour surveiller les effets de piste en temps réel ; un second moteur, dit à haute latence, exploite plus efficacement les ressources de la machine pour absorber les traitements gourmands — fonctions objet, bus auxiliaires, surround. Les deux cohabitent en permanence, et c’est cette répartition qui permet à Samplitude d’aligner jusqu’à 999 pistes sans que la stabilité s’effondre.

Les nouveautés 2026 : VST3, CPU, vidéo GPU et réseau
La cuvée 2026 ne bouleverse pas la logique de l’outil, elle en resserre les boulons. Le moteur VST3 a été retravaillé pour l’enregistrement à faible latence, et la gestion du processeur est plus fine, ce qui se traduit par des sessions plus stables sur les gros projets. La vraie surprise vient de la vidéo : Samplitude 2026 embarque un moteur vidéo accéléré par le GPU, capable d’une lecture 4K jusqu’à 60 images par seconde et compatible avec les codecs AVC (H.264), HEVC (H.265) et AV1, avec accélération matérielle sur cartes NVIDIA, AMD et Intel. Pour qui fait du montage son à l’image, c’est un confort réel. Le logiciel gagne enfin un pilotage à distance par OSC, qui permet de déclencher ses commandes depuis un autre appareil du réseau.
L’édition Suite : immersif natif et plugins premium
C’est dans l’édition Suite que se concentrent les fonctions les plus lourdes. On y trouve la prise en charge native du Dolby Atmos, un éditeur ADM pour organiser proprement les métadonnées des formats immersifs, l’édition spectrale au niveau de la piste, la matrice de routage FX — qui permet d’assigner n’importe quel canal à un plugin et d’envoyer les sorties exactement où l’on veut, pour construire un side-chain complexe ou faire tourner plusieurs instances d’un plugin stéréo dans une sortie multicanale — et l’intégration de la bibliothèque de sons Soundly directement dans le logiciel.

La Suite s’accompagne d’un lot de plugins qui, pris séparément, représentent déjà un budget conséquent : la suite de restauration CrumplePop, une réverbération 3D, Acon Digital Acoustica 7 Premium, Celemony Melodyne 5 Essential pour l’édition de hauteur, Convology XT Complete pour les réverbérations à convolution, et Sound Forge 2026, l’éditeur stéréo maison, qui rejoint logiquement le giron. Pour un studio de mastering ou de postproduction, l’ensemble tient dans une seule licence.

Ce que j’en retiens
En direction technique de studio, j’ai toujours rangé Samplitude dans la même famille que Sequoia ou Pyramix : des stations qu’on choisit pour la rigueur de leur moteur, pas pour le clinquant de leur interface. Le vrai enjeu de cette reprise n’est donc pas la liste des fonctions — elle est déjà longue — mais de savoir si Boris FX saura préserver la neutralité qui fait toute la valeur de la maison. Sur le papier de 2026, le moteur hybride est intact et les ajouts vont dans le bon sens. C’est ce qui compte : on ne rachète pas une réputation, on l’entretient.
Samplitude 2026 se décline en version standard et en édition Suite, cette dernière regroupant l’immersif et les plugins premium, et reste proposée aussi bien en licence perpétuelle qu’en abonnement. Les habitués de stations orientées mastering et Dolby Atmos comme WaveLab ou d’un traitement de largeur stéréo dédié y retrouveront un terrain familier ; les autres gagneront à commencer par les fondamentaux de la résolution en audio numérique avant d’exploiter à fond le moteur.
Questions fréquentes
Samplitude 2026 gère-t-elle le Dolby Atmos ?
Oui, mais la prise en charge native de l’Atmos, l’éditeur ADM et l’intégration Soundly sont réservés à l’édition Suite. La version standard couvre l’enregistrement, le montage orienté objet et le mastering stéréo et surround classique.
Quelle est la différence entre les deux étages du moteur hybride ?
Le moteur à faible latence réduit le temps de réponse pour le monitoring pendant l’enregistrement. Le moteur à haute latence exploite mieux les ressources de la machine pour les traitements lourds — objets, auxiliaires, surround. Les deux fonctionnent en parallèle.
Peut-on piloter Samplitude à distance ?
Oui. La version 2026 ajoute un pilotage réseau par OSC, qui permet de déclencher les commandes du logiciel depuis un autre appareil connecté au même réseau, une commodité pour les régies et les configurations à plusieurs postes.
Sound Forge est-il fourni avec Samplitude ?
Sound Forge 2026 fait partie des outils inclus dans l’édition Suite, aux côtés de Celemony Melodyne 5 Essential, Acon Digital Acoustica 7 Premium, Convology XT Complete et la suite CrumplePop.
Combien de pistes Samplitude accepte-t-elle ?
Jusqu’à 999 pistes d’enregistrement, ce qui la place sans complexe face aux stations de production et de postproduction les plus lourdes.