Le BBC Radiophonic Workshop et les studios de Maida Vale, le laboratoire sonore de la BBC

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Façade des studios de la BBC à Maida Vale, sur Delaware Road à Londres
Photo : moska, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Il y a des lieux où le son de la radio et de la télévision s’est inventé à la main, bobine après bobine. Le BBC Radiophonic Workshop en fait partie. Installé dans les studios de Maida Vale, cet atelier de la BBC a fabriqué pendant quarante ans les génériques, les bruitages et les ambiances électroniques des programmes britanniques, en défrichant des techniques que personne n’enseignait encore.

Un atelier né en 1958

Le Radiophonic Workshop est créé en 1958 pour produire des sons d’ambiance et des musiques originales destinés d’abord à la radio, puis à la télévision. Il naît de la volonté de Daphne Oram et de Desmond Briscoe, avec un budget modeste et du matériel récupéré dans les réserves de la BBC. L’atelier s’installe dans les studios de Maida Vale, sur Delaware Road, à l’ouest de Londres, un complexe de sept studios que la BBC exploite de longue date pour la musique et la fiction.

À ses débuts, l’atelier ne dispose pas de synthétiseurs. Les sons se construisent au magnétophone : oscillateurs de test, générateurs de bruit, boucles de bande coupées et recollées à la main, variations de vitesse pour transposer la hauteur. La méthode tient de la musique concrète, patiente et artisanale, où une seconde de générique peut demander des heures de montage.

Le générique de Doctor Who, une note de bande à la fois

La pièce la plus célèbre sortie de l’atelier reste le générique de Doctor Who, réalisé en 1963. Le compositeur Ron Grainer en signe la mélodie, mais c’est Delia Derbyshire qui lui donne son grain et sa forme. Sans synthétiseur, elle enregistre chaque note séparément, à partir d’oscillateurs de test et de sources sonores, règle la hauteur en jouant sur la vitesse de la bande, puis coupe et assemble les fragments au ciseau et au ruban adhésif. Le sifflement glissant, les basses pulsées, tout a été bâti morceau par morceau.

La règle de la BBC voulait alors que les membres de l’atelier restent anonymes. Grainer, impressionné par le travail de Derbyshire, tenta de lui faire obtenir un crédit de coautrice, en vain. Son arrangement a pourtant servi de générique au feuilleton pendant dix-sept saisons, de 1963 à 1980, avant d’être remplacé par une nouvelle version signée Peter Howell.

L’arrivée des machines

Les synthétiseurs rejoignent l’atelier dans les années 1970. Le petit EMS VCS3, avec sa matrice de connexion à fiches, puis l’imposant Synthi 100, surnommé « The Delaware » d’après la rue des studios, viennent compléter la panoplie des bandes et des oscillateurs. L’atelier passe peu à peu de la synthèse artisanale au son façonné par ces nouvelles machines, sans jamais abandonner tout à fait le montage de bande.

Synthétiseur EMS VCS3, dit The Putney, et sa matrice de connexion à fiches
Photo : Alexander Baxevanis, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Cette aventure télévisuelle a son pendant discographique au même moment de l’autre côté de l’Atlantique, avec le Switched-On Bach de Wendy Carlos : partout, des ingénieurs et des compositeurs apprivoisent l’électronique, une note à la fois.

La fin de l’atelier, la survie des murs

Le Radiophonic Workshop ferme en mars 1998, une grande part de son travail ayant déjà été confiée à l’extérieur dès le milieu des années 1990. Les studios de Maida Vale, eux, poursuivent leur carrière. La BBC annonce en 2018 son intention de quitter les lieux, le bâtiment est classé Grade II en 2020, et le complexe est vendu en 2023 à un groupe associant les producteurs Tim Bevan et Eric Fellner au compositeur Hans Zimmer et à Steven Kofsky. Les murs qui ont vu naître le son de la radio britannique devraient donc continuer d’enregistrer, sous une autre bannière.

Reste l’héritage : une génération de téléspectateurs a grandi avec des sons venus de cet atelier, et une partie du vocabulaire du son à l’antenne et de la production radio lui doit ses premières expérimentations. De l’Optimod aux stations d’aujourd’hui, la radio n’a jamais cessé de travailler son grain. Maida Vale en fut l’un des premiers laboratoires.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.