Le reamping repose sur une idée simple. Au lieu de figer le son d’un ampli au moment de la prise, vous enregistrez d’abord le signal brut de l’instrument, puis vous le rejouez plus tard dans un amplificateur réel pour le capter au micro. La performance est gravée une fois pour toutes, mais le grain, l’ampli, le réglage et le placement de micro restent ouverts jusqu’au mixage. C’est un filet de sécurité autant qu’un terrain de jeu.
Prendre d’abord un signal propre
Tout commence par une prise directe. On branche la guitare ou la basse dans une boîte de direct dotée d’une sortie thru, ce qui permet d’enregistrer en parallèle la piste directe et, si on le souhaite, une prise d’ampli jouée en même temps. La piste directe ne porte aucun traitement : ni ampli, ni égalisation, ni effet. C’est ce signal nu, à fort niveau et haute impédance comme le délivre un micro de guitare, que vous conserverez pour le reamper ensuite.
Deux approches cohabitent. Soit on enregistre la seule prise directe et on reporte tout le choix du son au mixage, soit on capte en même temps un ampli micro et la direct, pour garder une référence et pouvoir renforcer ou remplacer plus tard. La seconde méthode évite de se retrouver, au mixage, avec une direct sans aucun repère de son.

Pourquoi une sortie de carte son ne suffit pas
La tentation serait de brancher directement une sortie de l’interface dans l’entrée de l’ampli. Les niveaux et les impédances s’y opposent. Une sortie d’interface travaille à niveau ligne, symétrique et à basse impédance, alors qu’une entrée d’ampli guitare attend un signal d’instrument, asymétrique et à très haute impédance, de l’ordre du mégohm. Présenter un niveau ligne à un ampli, c’est le saturer d’emblée et lui donner une réponse en fréquence faussée, car son étage d’entrée n’est pas chargé comme il l’attend.
Le boîtier de reamp fait exactement l’inverse d’une boîte de direct. Là où la DI abaisse l’impédance et symétrise pour envoyer un instrument vers une entrée micro, le boîtier de reamp atténue le niveau et remonte l’impédance pour présenter à l’ampli un signal d’instrument crédible. La plupart embarquent un transformateur, un réglage de niveau et un contacteur de masse pour couper les ronflettes dues aux boucles de masse entre l’interface et l’ampli.
Le trajet, étape par étape
Au mixage, vous routez la piste directe vers une sortie physique de l’interface. Cette sortie part dans le boîtier de reamp, dont la sortie attaque l’entrée de l’ampli. L’ampli est micro comme pour une prise classique, le micro rejoint un préampli, et le tout revient sur une nouvelle piste. Vous pouvez alors essayer dix amplis et vingt réglages sans jamais redemander au guitariste de rejouer.
- Soignez le niveau d’envoi : partez bas, montez jusqu’à retrouver l’attaque d’un jeu réel sans écrêter l’entrée de l’ampli.
- Compensez la latence aller-retour. La piste reampée revient décalée du temps de conversion et du trajet analogique, alignez-la sur la direct d’origine.
- Coupez la masse au boîtier si une ronflette apparaît, et vérifiez le placement du micro devant le haut-parleur comme vous le feriez pour placer un micro sur n’importe quelle source.
Une précaution et quelques usages créatifs
Attention à l’alimentation fantôme : un boîtier de reamp passif n’en veut pas, et une entrée d’ampli guitare encore moins. Vérifiez que le +48V est coupé sur la voie concernée avant de câbler. Pour le reste, rien n’oblige à se limiter à la guitare. Une voix, une boîte à rythmes, une nappe de synthé ou une boucle de batterie passées dans un ampli, une enceinte ou une chaîne de pédales reviennent avec une couleur et une distorsion impossibles à obtenir en plugin. Le reamping devient alors un outil de sound design à part entière.
La technique a été mise au point au début des années 1990 par l’ingénieur du son John Cuniberti, qui cherchait à retravailler des prises de guitare après coup. Le mot est resté, les boîtiers se sont démocratisés chez Radial et quelques autres, et le réflexe d’enregistrer une direct en plus de l’ampli s’est imposé dans la plupart des studios.
Mon avis
Le reamping est l’un des rares gestes de studio qui ne coûte presque rien et change tout le confort d’une session. Enregistrer une direct en parallèle de l’ampli, c’est s’offrir une porte de sortie quand le son choisi à chaud ne tient plus au mixage. Le boîtier dédié n’est pas un gadget : sans lui, l’impédance et le niveau trahissent l’ampli et le résultat sonne faux. Et une fois le réflexe pris sur la guitare, on l’étend vite à toute source qui gagne à passer par un haut-parleur réel.