Behringer vient de montrer le prototype d’une groovebox baptisée Kick, et elle ne cache pas ses intentions : la disposition reprend celle d’une MPC One, pads carrés et grand écran tactile en tête. Mais la vraie surprise n’est pas dans le moule — c’est sous le capot. Music Tribe a publié le code de la machine en open source, et invite la communauté à écrire son propre système d’exploitation.
Une MPC One revisitée, écran tactile de 7 pouces en façade
Sur le plan matériel, le cahier des charges du prototype est copieux. On trouve un écran tactile de 7 pouces, seize pads RVB répartis en huit banques, un échantillonneur avec édition, un séquenceur à pas et un looper, plus de 300 effets intégrés, quatre encodeurs assignables et une molette jog. La connectique vise large : MIDI In/Out au format DIN, USB-C et USB-A, un port LINK sur RJ45, quatre sorties CV/Gate, entrée et sortie stéréo, casque, lecteur de carte SD et alimentation 12 V. De quoi dialoguer aussi bien avec un ordinateur qu’avec un petit écosystème hardware ou du modulaire.
Détail plus inattendu, la fiche mentionne une caméra assistée par IA destinée au contrôle gestuel. On attend de voir ce que cela donne en pratique — c’est typiquement le genre de promesse qui sépare le prototype du produit fini.

Le vrai pari : un firmware open source
Là où la plupart des fabricants verrouillent soigneusement leur OS, Behringer fait l’inverse. Le dépôt publié par Music Tribe contient l’application, le moteur audio et le protocole de communication sous licence AGPL-3.0, ainsi qu’une image Linux construite avec Buildroot sous licence GPL-2.0. Autrement dit, le système tourne sur une base Linux ouverte, et n’importe qui peut en théorie compiler sa propre version, corriger un comportement ou ajouter des fonctions.
Seules les marques et logos Behringer et Kick restent protégés : le code, lui, est ouvert. Présenté comme le premier instrument d’un grand fabricant pensé autour de ce modèle de développement ouvert, le Kick s’inscrit dans une tendance qu’on voit monter sur les petites machines communautaires — la même énergie que celle qui a fait vivre les firmwares alternatifs d’un M-Vave FM-1, mais cette fois portée dès le départ par le constructeur.

Prototype : ce qu’il faut garder en tête
Behringer parle bien d’un prototype, et le produit final peut encore bouger — forme, fonctions, calendrier et prix ne sont pas arrêtés. La marque n’a pas communiqué de tarif, mais son positionnement habituel laisse deviner une machine agressive sur ce terrain, face à une MPC One dont elle copie ouvertement l’ergonomie. Reste la grande inconnue : un matériel ouvert ne vaut que par la communauté qui s’en empare. Si les développeurs suivent, le Kick pourrait devenir une plateforme vivante ; sinon, ce sera une MPC de plus, à bon prix.
Mon avis
L’ergonomie copiée fera grincer des dents, et le surnom de « MPC moche » qui circule déjà n’aide pas. Mais l’angle open source est plus malin qu’il n’y paraît : plutôt que de promettre un OS parfait, Behringer confie l’avenir de la machine à ceux qui l’utiliseront. C’est un aveu d’humilité déguisé en coup marketing, et ça peut très bien fonctionner — on l’a vu avec des échantillonneurs et des clones récents qui vivent par leurs utilisateurs. La vraie question n’est donc pas « est-ce une bonne MPC ? », mais « la communauté aura-t-elle envie de coder dessus ? ». Prototype à surveiller de près.