Rhodes Clav Pro : le Clavinet D6 de 1977 renaît en instrument virtuel

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Le Clavinet n’est pas un clavier comme les autres. Sous chaque touche, une languette vient pincer une corde métallique : le son qui en sort a le mordant et l’attaque d’une guitare rythmique, une nervosité qui a servi de moteur à des pans entiers du funk, de la soul et du disco. C’est ce caractère très particulier que Rhodes remet en avant avec Clav Pro, un instrument virtuel bâti autour d’un rare Clavinet D6 « Transition » de 1977.

Rhodes ne se contente pas d’un échantillonnage de surface. La marque annonce une recréation au plus près de l’instrument physique, avec l’idée de restituer non seulement le timbre mais aussi la sensation de jeu qui a fait la réputation du D6.

Un D6 capturé au plus près

Au cœur de Clav Pro, on trouve une reproduction fidèle du système de sélection des micros, du curseur de sourdine et du circuit d’égalisation d’origine. Ce sont précisément ces éléments qui, sur un vrai Clavinet, dessinent la palette de timbres : du son claquant et brillant au registre plus sourd et feutré. Rhodes indique avoir échantillonné un exemplaire « Transition » de 1977, un millésime charnière dans l’histoire de l’instrument.

L’enjeu n’est pas anodin. Un Clavinet réagit au toucher d’une manière immédiate, presque brutale : la moindre nuance de vélocité change la lecture rythmique d’une partie. Restituer cette réponse dynamique, et pas seulement une collection de notes figées, fait toute la différence entre un gadget et un instrument que l’on a envie de jouer.

Rendu du plugin Rhodes Clav Pro et de son panneau de commandes
Crédit : Rhodes

Des commandes qui dépassent l’original

C’est là que Clav Pro s’écarte du simple hommage. Rhodes ajoute des commandes dédiées de Drive, de compression et d’enveloppe/wah, taillées pour le Clavinet, qui couvrent aussi bien les stabs rythmiques serrés que des leads saturés et expressifs. Surtout, l’instrument gagne une fonction de pédale de sustain — un ajout qui n’a rien d’anecdotique, car le Clavinet d’époque n’en possédait pas et coupait le son dès que la touche était relâchée.

Deux autres réglages méritent l’attention. Le curseur Timbre Shift fait glisser le son entre différents états de l’instrument, du plus poli au plus éraillé, comme si l’on passait d’un exemplaire de studio impeccable à une machine de tournée fatiguée. La commande Mech Noise, elle, dose la résonance de caisse et les bruits mécaniques de touches à l’attaque comme au relâché : c’est ce genre de détail qui sépare une émulation crédible d’un son de banque trop propre.

Packshot du Rhodes Clav Pro
Crédit : Rhodes

Ampli, micros et moteur partagé avec Rhodes Anthology

Clav Pro repose sur le même moteur et la même interface que d’autres instruments virtuels récents ont eux aussi cherché à moderniser : ici c’est le socle de Rhodes Anthology qui est réutilisé. Concrètement, on récupère une section d’amplification avec trois modèles maison — baptisés L5, JC et Duo — un choix de micros, et une suite d’effets intégrée qui évite d’avoir à empiler des plugins tiers pour habiller le son.

Cette approche a un intérêt pratique évident : le Clavinet est rarement utilisé nu. Dans la vraie vie, on le fait passer par un ampli, une pédale wah, un peu de compression. Avoir tout cela sous la main, réglé pour l’instrument, fait gagner un temps précieux en production.

Le point de vue

J’ai vécu de près la bascule de l’analogique vers l’informatique musicale, et le Clavinet fait partie de ces instruments que l’on hésitait longtemps à confier au numérique — trop physique, trop dépendant du geste. Un D6 en état de marche est une denrée rare, capricieuse, chère à entretenir. Si la réponse au toucher est aussi convaincante que Rhodes le promet, un Clav logiciel qui tient la route sur scène comme en studio n’est pas une trahison : c’est un service rendu à ceux qui veulent ce son sans gérer la mécanique d’un demi-siècle d’âge.

Le Rhodes Clav Pro dans un contexte de production
Crédit : Rhodes

Disponibilité, formats et prix

Clav Pro est proposé aux formats VST3, AU et AAX, sur macOS et Windows, sans version autonome. Le prix public s’établit autour de 100 € (99,95 €), avec un tarif de lancement réduit à sa sortie et un essai gratuit de 14 jours pour se faire une idée avant d’investir. Face aux nombreuses alternatives logicielles qui peuplent le marché du clavier vintage, l’argument de Rhodes tient en un mot : la légitimité de la marque sur son propre patrimoine sonore.

Questions fréquentes

Sous quels formats et sur quels systèmes Clav Pro fonctionne-t-il ?

Il est disponible en VST3, AU et AAX, pour macOS et Windows. Il s’utilise donc au sein d’une station audionumérique ; il n’existe pas de version autonome à ce jour.

En quoi diffère-t-il d’un vrai Clavinet D6 ?

Au-delà du son, Clav Pro ajoute des fonctions absentes de l’original : une pédale de sustain, un curseur Timbre Shift pour naviguer entre plusieurs états de l’instrument, un réglage de bruit mécanique et de résonance de caisse, ainsi que des sections de drive, compression et wah intégrées.

Sur quel instrument précis est-il échantillonné ?

Rhodes indique avoir échantillonné un rare modèle D6 « Transition » de 1977, capturé par ses propres concepteurs sonores.

Partage-t-il quelque chose avec les autres logiciels Rhodes ?

Oui : il est construit sur le même moteur et la même interface que Rhodes Anthology, ce qui explique la présence des modèles d’amplis, des micros et de la suite d’effets maison.

Combien coûte-t-il et peut-on l’essayer ?

Le prix public tourne autour de 100 €, avec une remise de lancement à sa sortie. Un essai gratuit de 14 jours est proposé pour le tester avant achat.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.