Native Instruments Super*Saw : le supersaw d’A. G. Cook devient un synthé à part entière (99 €)

0

Native Instruments transforme la signature sonore d’A. G. Cook — l’homme derrière le son de Charli xcx, Caroline Polachek ou Oklou — en un instrument logiciel dédié. Super*Saw n’est pas un preset de plus : c’est une machine à empiler les dents de scie, pensée pour le geste, vendue 99 €.

Un synthé mono-tâche, mais radical

Le supersaw n’est pas une nouveauté. Roland l’a popularisé en 1996 avec le JP-8000 et son oscillateur qui empile sept dents de scie légèrement désaccordées pour obtenir cette nappe large et scintillante devenue le cliché de la trance, puis de toute la pop électronique des vingt dernières années. Ce que fait Native Instruments avec Super*Saw, c’est prendre ce concept archi-connu et le confier à quelqu’un qui en a fait un langage : A. G. Cook, fondateur de PC Music et architecte du son hyperpop.

Le plugin assume un périmètre volontairement étroit. Pas de wavetables exotiques, pas de moteur granulaire : deux bancs d’oscillateurs, seize dents de scie chacun, soit trente-deux saws empilables et désaccordables à volonté. On est dans la spécialisation totale, à l’opposé des synthés à tout faire. Et c’est précisément là que réside l’intérêt.

Interface de Super*Saw : les deux bancs d'oscillateurs et le Morpher central
Crédit : Native Instruments

Le Morpher, cœur du dispositif

La bonne idée n’est pas dans le nombre d’oscillateurs mais dans la façon de les piloter. Super*Saw place au centre de son interface un Morpher à quatre coins : vous stockez quatre états de patch aux angles d’un carré, et un point que vous déplacez interpole en continu entre eux. Panoramique, amplitude, hauteur, accord : le mouvement de ce point peut être routé vers plusieurs destinations et dessine une trajectoire en étoile. On passe d’un accord béat à un mur métallique dissonant sans automation multipiste ni jonglage entre instances.

Cook décrit d’ailleurs sa logique à deux couches comme « un duo comique » : une moitié peut partir en vrille pendant que l’autre tient la ligne. Les outils de contrainte musicale — accords, gammes, quantification — encadrent le chaos, tandis que des réglages de déviation permettent au contraire d’injecter volontairement de la dissonance. C’est un synthé qui pense en gestes, pas en pages de paramètres.

Ce qu’il y a sous le capot

  • Oscillateurs : 2 bancs de 16 dents de scie, désaccord et offset par voix, glide individuel.
  • Morpher X/Y 4 coins avec mouvement en étoile assignable (pan, amplitude, pitch).
  • Filtres : passe-bas, passe-bande, passe-haut, pentes 2 et 4 pôles.
  • Effets : chorus, delay et reverb intégrés.
  • Contraintes : chord, scale, quantize pour garder le tout jouable.

L’habillage visuel est signé Simon Whybray, collaborateur de longue date de Cook, et l’instrument s’intègre nativement aux claviers Komplete Kontrol et à Maschine. La bibliothèque de presets couvre un spectre volontairement large, des harmonies planantes aux leads rave en passant par des glissandos impossibles.

A. G. Cook, producteur derrière Charli xcx et Caroline Polachek
Crédit : Native Instruments

Pourquoi ce lancement est malin

Le vrai sujet n’est pas technique, il est stratégique. Vendre un synthé mono-fonction à 99 € au nom d’un producteur identifié, c’est vendre une promesse de résultat : « le son de ces disques, tout de suite ». À l’heure où le moindre synthé wavetable propose dix mille façons de se perdre, un instrument qui verrouille un territoire et le rend immédiatement jouable a de la valeur — surtout pour une génération qui apprend la production à l’oreille, pas au manuel.

Le calendrier interne du groupe rend la sortie encore plus lisible : pendant que la maison-mère traverse une période de recomposition et que des marques quittent le giron, un lancement grand public, peu cher et fortement identitaire est exactement le genre de coup qui remet Native Instruments au centre de la conversation.

Mon avis

Je me méfie par principe des instruments « signature », qui sentent souvent le produit dérivé. Celui-ci m’intéresse pour une raison précise : il ne vend pas un artiste, il vend une contrainte. Ayant vécu de l’intérieur le basculement de l’analogique vers l’ordinateur, j’ai appris qu’un bon outil n’est pas celui qui fait tout, mais celui qui vous met tout de suite les mains dans la matière. Un supersaw à 99 € qui privilégie le geste au menu déroulant, c’est la bonne philosophie — reste à voir si le moteur tient la comparaison face à ce qu’on obtient déjà en empilant trois oscillateurs dans n’importe quel synthé de votre DAW.

Prix et disponibilité

Super*Saw est disponible maintenant, au prix de 99 € / 99 $, aux formats VST/AU/AAX et via Komplete Kontrol et Maschine. Un tarif de lancement classique pour un instrument NI, qui le place sur le terrain des plugins d’appoint plutôt que des gros investissements. Si vous suivez la vague des instruments logiciels malins de ces dernières semaines, il complète bien des sorties comme l’émulation du MKS-80 par Jun Murakami ou le récent M-VAVE FM-1. Vous pouvez consulter la page produit officielle pour les configurations requises.

A. G. Cook au travail sur Super*Saw dans son studio
Crédit : Native Instruments
Share.

About Author

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.

Comments are closed.