Le mastering logiciel n’a jamais manqué de couteaux suisses. Ce qui manque, ce sont les outils pensés pour la manière dont on travaille réellement, à l’œil et à l’oreille, sans sauter de fenêtre en fenêtre. C’est exactement l’angle de REISEI, le premier plug-in d’ONRI Audio, signé par un designer et ingénieur de mastering basé au Japon qui l’a d’abord construit pour ses propres sessions.
Tout sur un seul écran
REISEI place six sections de traitement — compresseur, saturateur, EQ, EQ dynamique, image stéréo et limiteur — autour d’un analyseur unique. Chaque module possède son propre interrupteur, et surtout la chaîne se réordonne librement : rien ne vous oblige à saturer avant d’égaliser, ou à comprimer en dernier. Mais le vrai geste de conception est ailleurs : l’analyseur n’est pas une simple jauge, c’est la surface de contrôle. Chaque bande, chaque nœud, chaque poignée se manipule directement sur le spectre. Vous ne réglez pas des chiffres en regardant une courbe à côté ; vous agissez sur la courbe elle-même.
Un détail qui trahit une vraie culture du mastering : le contrôle UNITY compense automatiquement le niveau de sortie sur le niveau d’entrée, pour que vos comparaisons avant/après se fassent à volume égal. C’est la base d’un jugement honnête, et c’est trop souvent négligé.
Le mode PARTIAL : une égalisation qui suit la note
L’argument qui distingue REISEI du reste, c’est son mode d’égalisation PARTIAL, bâti sur de la resynthèse additive. Un EQ classique agit sur une bande de fréquences : vous creusez « autour de 3 kHz » et tout ce qui passe par là est affecté, quelle que soit la note jouée. PARTIAL fait autre chose. Il accroche une harmonique précise présente dans le signal et la suit quand la hauteur bouge. Vous ciblez la 5ᵉ harmonique d’une voix, d’un cuivre ou d’une basse, et REISEI la garde dans le viseur, même quand la mélodie se déplace.
Sur cette harmonique isolée, vous pouvez alors la relever, l’atténuer, ou carrément l’inverser en anti-phase pour l’annuler. Le traitement est décrit comme strictement linéaire : par conception, il n’ajoute pas de distorsion. On tient là un scalpel — de quoi corriger une résonance qui « chante » sur un accord précis sans toucher au reste, là où un EQ dynamique classique agirait encore par bande, plus grossièrement.
La contrepartie : macOS Apple Silicon, et rien d’autre
REISEI existe en VST3 et AU. Il réclame en revanche macOS 14.0 minimum et un processeur Apple Silicon (puces M1 et suivantes) : pas de version Intel, pas de Windows. La licence de lancement est à 299 $ jusqu’au 31 août (399 $ ensuite), couvre trois machines et donne droit aux mises à jour de la ligne de version en cours ; un essai complet de 14 jours est proposé.
Cette exigence matérielle n’est pas anodine. Elle ferme la porte à une part non négligeable de studios encore sous Windows ou sur Mac Intel — un choix assumé de tirer parti à fond du silicium d’Apple, mais un choix qui limite l’audience.
Un outil pour qui masterise vraiment
REISEI s’inscrit dans une lignée d’outils « pour ceux qui masterisent à l’œil et à l’oreille », face aux EQ dynamiques et aux processeurs à resynthèse qui se sont multipliés. Il complète naturellement une chaîne de mastering déjà bien pourvue : le Dangerous Music BAX EQ pour les grands gestes, les Softube Reference EQs pour la couleur, et une bonne compréhension des niveaux en numérique et de la compression pour ne pas transformer ce scalpel en tronçonneuse.
Le suivi d’harmonique avec annulation en anti-phase est le genre de fonction qui, bien utilisée, résout en dix secondes un problème qu’on traîne parfois pendant une heure. Mal utilisée, elle stérilise un mix en lissant tout ce qui vibre. Comme toujours au mastering, l’outil ne remplace pas l’oreille — il l’arme. Reste à voir comment PARTIAL se comporte sur du matériel dense et réel ; sur le papier, c’est l’une des idées d’EQ les plus intéressantes de l’année. La page produit se trouve chez ONRI Audio.