Thoughtful Things Engram : le sampler-groovebox qui fait tourner l’IA générative dans la machine

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Voilà une machine qui ne ressemble à aucune autre. Engram, signé la jeune société Thoughtful Things (Los Angeles), est un sampler-groovebox à pads qui fait tourner de petits modèles d’intelligence artificielle générative directement dans l’appareil — sans connexion internet, sans application et sans abonnement. Tout se passe dans le hardware, et c’est précisément ce qui le rend intrigant.

Générer, triturer, séquencer

Le principe tient en trois idées. D’abord la génération de sons : la machine fabrique de courtes bribes audio à la demande. Ensuite le traitement neuronal : vous passez vos propres enregistrements dans un codec audio neuronal embarqué, qui les recompose à sa manière. Enfin — et c’est là que c’est malin — des potentiomètres de « model bending » qui poussent volontairement le modèle vers la faute : glitches, artefacts, textures impossibles à obtenir autrement. L’erreur devient matière première.

Un vrai instrument, pas un gadget logiciel

Engram n’oublie pas qu’il doit se jouer. On enregistre et on déforme sa propre matière via un micro embarqué ou une entrée ligne stéréo, on arrange avec un séquenceur pas à pas, on découpe en tranches (slicing) et on colore avec des effets intégrés. Côté connectique, la machine joue le jeu du studio hardware : sortie casque, MIDI in/out et CV sync + gate pour l’accrocher à un modulaire ou à un setup de grooveboxes. On est loin du jouet : c’est un sampler pensé pour entrer dans un rig existant.

L’approche générative sur hardware fait écho à une tendance de fond : les machines récentes multiplient les moteurs et les firmwares ouverts, comme l’OXI Coral 3.0, ou revisitent la boîte à rythmes hybride à la manière de la Polyend Drums. Engram, lui, mise tout sur le son généré et recomposé.

Prix, disponibilité : le nerf de la guerre

C’est le point à regarder de près. Engram est lancé via une campagne de financement : les premières unités pour les contributeurs débutent autour de 675 $ (environ 30 % sous le prix prévu), un palier à 770 $ pour 40 exemplaires, et un tarif de vente estimé plus tard autour de 850 à 900 $. La livraison est annoncée pour mai 2027 : il faudra donc patienter, et, comme pour tout projet financé par la communauté, garder à l’esprit que les dates et les specs peuvent bouger d’ici la production.

Mon avis

L’idée est excitante parce qu’elle prend l’IA par le bon bout : pas un assistant qui compose à votre place en ligne, mais un moteur de texture qui tourne dans la boîte et qu’on détourne au potentiomètre. Les commandes de model bending, surtout, promettent ce que les musiciens aiment vraiment — un instrument qu’on peut casser pour en tirer des sons inédits. Reste la prudence de rigueur face à une campagne : livraison mi-2027, petite structure, modèles embarqués dont on ne connaît pas encore la finesse à l’usage. Si Engram tient la route, il ouvrira une catégorie entière. En attendant, c’est l’un des projets les plus originaux de l’année côté lutherie électronique — et il donne surtout envie de l’entendre pour de vrai. Pour comprendre ce que « générer » un son veut dire, relisez notre explication de la synthèse additive.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.