Anukari 3D Physics Synthesizer : la synthèse par modélisation physique passe à l’échelle GPU

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Après trois ans de développement et une longue phase de bêta publique, Anukari sort officiellement. Ce synthétiseur logiciel ne reproduit ni circuits analogiques ni table d’ondes : il fait sonner des structures de masses et de ressorts simulées en trois dimensions, calculées en temps réel sur votre carte graphique. Voilà l’une des approches les plus singulières de la synthèse sonore vue depuis longtemps.

Un synthé qui simule la physique, pas l’électronique

La modélisation physique n’est pas neuve : on la croise depuis les années 1990, du Yamaha VL1 aux moteurs à cordes et anches de la MAO moderne. Mais elle est restée un territoire étrangement peu exploité, souvent enfermé dans des presets figés que l’on règle sans jamais vraiment voir ce qui se passe sous le capot. Anukari, signé du développeur Evan Mezeske, prend le problème à l’envers : vous ne choisissez pas un modèle d’instrument, vous le construisez en posant dans un espace 3D des masses que vous reliez par des ressorts, avant de les exciter et de les laisser vibrer.

Le résultat tient autant de l’atelier de lutherie que du jeu vidéo. Vous voyez votre structure osciller, se tordre, rebondir et entrer en résonance pendant que vous jouez, et chaque modification de tension, d’amortissement ou de masse s’entend immédiatement. C’est cette boucle visuelle et sonore en temps réel qui fait toute la différence avec les synthés à modélisation physique classiques.

Structure de masses et de ressorts construite dans l'éditeur 3D d'Anukari
Crédit : Anukari

Masses, ressorts et puissance GPU

Le cœur d’Anukari est une simulation physique qui fonctionne sur le principe d’un moteur de jeu, mais cadencée à la fréquence d’échantillonnage audio. Concrètement, le moteur résout en continu le comportement de plusieurs centaines de masses interconnectées, ce qui représente une charge de calcul considérable. La trouvaille tient au choix de la déporter sur le processeur graphique plutôt que sur le CPU : massivement parallèle, le GPU encaisse ces réseaux denses tout en ne consommant qu’une fraction de ses ressources, de sorte qu’on peut empiler plusieurs instances dans un même projet.

Pour mettre vos structures en mouvement, vous disposez d’une palette de composants à connecter aux masses :

  • Maillets et archets pour frapper ou frotter, à la manière d’une percussion ou d’une corde frottée ;
  • Exciteurs qui injectent de l’énergie en continu et entretiennent la vibration ;
  • Microphones virtuels que l’on place dans la structure pour capter le son là où il est le plus intéressant ;
  • Entrée audio, qui permet d’utiliser Anukari comme un processeur d’effet et de faire vibrer un signal externe à travers la simulation.
Vue du moteur physique temps réel d'Anukari avec ses connexions de modulation
Crédit : Anukari

Une vraie profondeur de modulation

Le danger d’un instrument aussi conceptuel serait de rester une curiosité. Anukari évite l’écueil en greffant sur sa physique un arsenal de modulation digne d’un synthé sérieux : LFO échantillon-précis pouvant grimper jusqu’au taux audio pour des effets de type FM, enveloppes déclenchées au MIDI, suiveurs d’enveloppe et une matrice de modulation dont les connexions s’affichent physiquement dans l’espace 3D. La quasi-totalité des paramètres est modulable, et le tout accepte le MPE ainsi que le microtuning via MTS-ESP. On est loin du gadget : c’est un instrument que l’on peut jouer expressivement et accorder finement.

Côté intégration, Anukari se présente comme n’importe quel plugin moderne, avec une exigence en plus : il lui faut une carte graphique. Le détail compte si vous travaillez sur une machine sans GPU dédié digne de ce nom.

ConfigurationWindowsmacOS
SystèmeWindows 10+ (64 bits)macOS 12+
Processeur2015+ avec AVX2Apple Silicon M1+ ou Intel 2015+ (AVX2)
GraphiqueGPU compatible VulkanGPU intégré ou dédié récent
FormatsVST3, AAX, standaloneVST3, AU, AAX, standalone

Mon avis

J’ai vu passer, de l’intérieur, la bascule de l’analogique vers l’informatique musicale, et avec elle son lot de promesses de modélisation physique qui n’ont jamais vraiment décollé faute de puissance de calcul et, surtout, faute d’une interface qui donne envie d’explorer. Anukari coche enfin les deux cases. Détourner le GPU pour faire tourner une simulation à taux audio n’est pas un argument marketing : c’est précisément ce qui rend jouable un réseau de plusieurs centaines de masses qui aurait mis un CPU à genoux. Et l’éditeur 3D transforme une discipline réputée aride en terrain de jeu.

Je ne le rangerai pas dans la catégorie des outils de production quotidiens — ce n’est pas un workhorse que l’on dégaine pour une nappe ou une basse efficace. C’est un instrument de sound design, fait pour fabriquer des textures que vous n’obtiendrez nulle part ailleurs. Mais c’est exactement le genre de proposition qui justifie qu’un projet purement in the box existe : ici, la puissance informatique n’imite pas un vieux circuit, elle ouvre un territoire sonore neuf. Pour qui aime mettre les mains dans le cambouis, ça vaut largement le temps d’installation.

Composants exciteurs et microphones virtuels d'Anukari en situation
Crédit : Anukari

Disponibilité et prix

Anukari est disponible sur Mac et PC en VST3, AU, AAX et en version autonome. L’instrument est livré avec plus de 200 presets d’instruments et d’effets et une centaine de gabarits de formes pour amorcer vos propres constructions. À sa sortie de bêta, il est proposé à un tarif de lancement nettement en dessous de son prix courant ; une version d’essai est disponible pour se faire une idée avant de craquer. La page officielle du développeur détaille les configurations requises.

Si la modélisation physique et les instruments logiciels hors-norme vous intéressent, jetez aussi un œil à la résurrection de Music Mouse par Eventide, à notre prise en main de Korg Collection 6 côté synthés virtuels, et au synthé hybride UDO DMNO pour le versant hardware.

https://www.youtube.com/watch?v=nUO6iMcbao4
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