Avec le Xcelon SL, Boredbrain signe exactement le type de produit que réclamait la scène live électronique : un mixer analogique de performance pensé à la fois pour les musiciens hardware, les setups Eurorack et les réflexes de DJ. Là où une console de studio reste souvent statique, ce Xcelon SL encourage au contraire les gestes, les transitions spectaculaires et les changements de texture en temps réel.
Pour quel type de set live le Boredbrain Xcelon SL est-il vraiment intéressant ?
Le positionnement du Xcelon SL est clair : il vise les live sets électroniques complexes où cohabitent boîtes à rythmes, synthés, groovebox, machines Eurorack et parfois une voix ou un instrument additionnel. Là où un simple petit mixer analogique manque souvent de caractère et de fonctions de jeu, Boredbrain empile :
- 8 canaux mono ou stéréo pour accueillir plusieurs machines sans compromis
- une section de drive par canal pour salir ou booster les sources
- un EQ avec médium commutable pour sculpter précisément les éléments clés (kick, basse, lead, voix)
- un compresseur avec punch boost intégré à chaque canal, plus un sidechain
- un crossfade par piste, façon table de club ou système de stems pour DJ
On est donc plus proche de l’esprit d’une Allen & Heath Xone ou d’une PLAYdifferently Model 1 côté philosophie de performance, tout en restant dans l’univers mixer analogique pour musiciens hardware. La grande différence : une intégration directe avec le monde Eurorack, domaine de prédilection de Boredbrain.

Canaux, drive, EQ, compression : comment se positionne le Xcelon SL face aux mixers classiques ?
Les 8 canaux du Xcelon SL ne se contentent pas d’être « plein de boutons » : ils regroupent des fonctions que l’on trouve habituellement éclatées entre la console, les pédales et le rack outboard. Pour un musicien live, cela réduit le nombre d’éléments à gérer et centralise les gestes importants.
Drive et gain : un vrai outil de sound design, pas juste pour « pousser le niveau »
Chaque canal dispose d’un contrôle de gain et d’un switch de drive. Sur une console de studio, le gain sert surtout à calibrer le niveau d’entrée. Ici, il devient un outil créatif :
- en clean, il permet d’exploiter le headroom analogique pour un mix punchy
- avec le drive engagé, on peut donner du grain aux drum machines, épaissir une basse ou faire crisser un lead sans multiplier les distorsions externes
Dans l’écosystème actuel, peu de mixers dédiés à la performance offrent ce type de drive par canal. On pense davantage à des consoles boutique ou à l’usage détourné de préamplis colorés. Ici, c’est intégré et pensé pour être joué.
EQ avec mid switch : une approche plus musicale que « corrective »
L’égalisation de chaque canal est équipée d’un mid switch, permettant de cibler différemment le médium. Pour un set live électronique, c’est un point crucial :
- adapter le médium au rôle de la piste (kick vs voix vs lead vs pads)
- faire « respirer » un mix dense sans recourir à des processeurs externes complexes
Par rapport à un petit mixer analogique grand public, on se rapproche davantage d’une section d’EQ de console de studio compacte, mais clairement optimisée pour un usage de scène : peu de paramètres, mais bien choisis.
Compresseur avec punch boost : une arme redoutable pour la musique électronique
Chaque canal dispose d’un compresseur avec un mode punch boost. Dans le contexte de la musique électronique, c’est particulièrement pertinent :
- resserrer une boîte à rythmes ou une basse en live sans sortir un rack de compresseurs
- donner du « clac » à un kick ou du mordant à une voix de MC
Peu de mixers orientés live musiciens intègrent un compresseur par canal, et encore moins avec une fonction de punch. On trouve cela sur certains mixers numériques ou sur des consoles plus onéreuses destinées à la scène. Ici, c’est tout analogique, ce qui devrait plaire à ceux qui recherchent un ressenti immédiat et une saturation naturelle.
Filtre central, sidechain, crossfader : le pont assumé vers l’univers DJ
Le cœur de la proposition du Xcelon SL, c’est sa capacité à jouer le mix comme le ferait un DJ, mais avec une architecture pensée pour les musiciens live.

Filtre DJ au centre : un geste devenu standard sur scène
Au centre du Xcelon SL, on retrouve un filtre DJ-style avec sweep continu du low-pass au high-pass et résonances séparées pour chaque mode. C’est le type de filtre que l’on retrouve sur des tables DJ haut de gamme, prisé pour :
- couper le bas ou le haut d’un mix entier en une seule action
- sculpter des montées et descentes typiques de la techno, house, drum & bass, etc.
- éviter les gestes complexes sur toutes les pistes pour créer un break
Concrètement, ce filtre permet au performer de raconter une histoire avec le mix lui-même : on se rapproche du langage des DJs de club, mais appliqué à un setup de machines live.
Sidechain intégré : le « pump » sans usine à gaz
Autre fonction clé pour la musique électronique : le sidechain relié aux compresseurs de canal. Le Xcelon SL propose des contrôles de :
- fréquence
- seuil (threshold)
- decay
et une sélection entre le canal 1 ou une source externe comme signal de déclenchement.
Cela permet de recréer facilement le pompage typique des kicks sur les pads, basses ou nappes sans devoir passer par des plug-ins, un DAW ou un routing compliqué. C’est exactement le genre de fonctionnalité qui manque cruellement sur les mixers de scène généralistes, et qui oblige souvent à bricoler des patchs Eurorack ou des sidechains internes dans les boîtes à rythmes.
Crossfade par piste : un outil puissant pour les hybrides live/DJ
Le Xcelon SL propose un mode crossfade par canal. Pour un musicien qui alterne entre :
- un live hardware full machines
- et des séquences pré-produites envoyées depuis un sampler ou un ordinateur
c’est particulièrement malin : on peut gérer ses transitions comme un DJ, en basculant d’un « plateau » sonore à un autre tout en conservant le contrôle fin sur les pistes individuelles.
Effets et routage : deux sends analogiques, mais pas de DSP intégré
Le Xcelon SL n’intègre aucun effet embarqué (pas de reverb ou delay interne), mais propose à la place :
- deux sends analogiques
- des potentiomètres de send par canal
- une option pre-mix pour façonner où se situe l’envoi dans la chaîne du signal
Ce choix est cohérent avec sa cible : les musiciens hardware exigeants ont souvent déjà leurs multi-effets favoris (pédales, rack, processeurs 19 pouces) et préfèrent un chemin analogique simple, fiable et facilement intégrable. À l’inverse des mixers numériques tout-en-un, Boredbrain mise ici sur la modularité du setup plutôt que sur une solution fermée.
Connectivité : un pied dans le monde des studios, l’autre dans l’Eurorack
Le Xcelon SL se distingue aussi par sa connectique double niveau, pensée pour jongler entre racks, synthés desktop, pédales et Eurorack.
Arrière : toutes les entrées/sorties essentielles en jack 6,3 mm
À l’arrière, on retrouve une connexion complète en jack 1/4″ (6,3 mm) :
- entrées stéréo pour vos synthés, boîtes à rythmes et autres machines
- une entrée microphone pour voix, MC, annonces ou traitement créatif
- deux boucles d’effets (stereo sends/returns)
- un master out pour envoyer vers la sono ou l’enregistreur
C’est le format standard des studios et des scènes, ce qui rend le Xcelon SL immédiatement compatible avec la plupart des interfaces audio, enceintes de monitoring et systèmes de sonorisation.
Face avant : des minijacks pour dialoguer avec l’Eurorack
Sur la face avant, Boredbrain exploite son expertise modulaire avec :
- une sortie minijack par canal
- une entrée stéréo externe
- une entrée auxiliaire
- une sortie record pour capturer le set
Cette configuration est idéale pour intégrer un rack Eurorack dans un setup plus large sans multiplier les boîtes de conversion et les câbles exotiques. On peut par exemple :
- envoyer des pistes du mix vers des modules de traitement (filtre, wavefolder, distorsion)
- récupérer des sous-mix ou des voix modulaires sur les entrées stéréo
C’est un avantage majeur par rapport aux mixers DJ traditionnels, très mal adaptés aux niveaux et formats de l’écosystème modulaire, et même par rapport à beaucoup de consoles analogiques génériques qui ne prévoient pas ce type d’intégration frontale.
Prix, positionnement et limites potentielles
Boredbrain annonce simplement que le Xcelon SL est « coming soon ». Aucune date de sortie ni prix n’ont encore été communiqués. Compte tenu :
- de son architecture entièrement analogique
- du niveau de fonctionnalités par canal (drive, EQ, compresseur, sidechain, crossfade)
- et de la construction probablement robuste nécessaire pour encaisser la scène
on peut raisonnablement s’attendre à un produit positionné plutôt haut de gamme, au-dessus des mixers compacts grand public.
Il s’adressera donc surtout :
- aux live performers électroniques qui veulent un centre névralgique analogique très jouable
- aux utilisateurs Eurorack à la recherche d’un mixeur de performance hors-rack mais étroitement connecté à leur système
- aux DJs/producteurs qui penchent de plus en plus vers les sets hybrides machines + platines/ordinateurs
En contrepartie, ceux qui cherchent :
- un mixer tout-en-un avec effets intégrés et mémoire de scènes
- ou une solution abordable pour répète occasionnelle
risquent de trouver le Xcelon SL surdimensionné et probablement trop coûteux pour leur usage.
Les musiciens intéressés peuvent d’ores et déjà suivre les annonces de Boredbrain pour être informés dès que les détails de prix et de disponibilité seront dévoilés.
FAQ : bien choisir (ou pas) le Boredbrain Xcelon SL pour son setup
Le Xcelon SL remplace-t-il un mixer de studio classique ?
Non, il est avant tout pensé comme un mixer de performance. Il peut évidemment servir en studio, mais sa force réside dans le jeu en temps réel (filtre central, sidechain, crossfade, drive, compresseurs par canal). Pour un pur usage mixage/post-production, une console ou une surface de contrôle dédiée sera souvent plus adaptée et parfois moins coûteuse.
Si j’ai déjà un gros système Eurorack, ai-je besoin du Xcelon SL ?
Si votre Eurorack comporte déjà un mixer modulaire avancé avec sidechain, filtres et routing d’effets, le Xcelon SL fera un peu doublon. En revanche, si votre rack est très orienté génération sonore et que vous manquez d’un centre de commande pour la scène, le Xcelon SL peut devenir la pièce maîtresse qui relie Eurorack, synthés externes et système de diffusion.
Le manque d’effets intégrés est-il un vrai handicap ?
Pas pour un setup sérieux de musique électronique ou modulaire. La plupart des performers préfèrent utiliser leurs pédales, multi-effets ou processeurs favoris. Les deux sends analogiques du Xcelon SL permettent justement d’intégrer ces effets très facilement. Si vous voulez une solution tout-en-un avec reverbs et delays internes, un mixer numérique sera plus approprié, mais vous perdrez le grain et l’ergonomie analogique proposés ici.
Peut-on l’utiliser comme table DJ principale ?
Oui, techniquement c’est possible : le filtre central, le crossfade par canal, les compresseurs et les deux sends en font une plateforme très capable pour un DJ orienté live et hybrid sets. En revanche, ce n’est pas une « table de club » standard : pas de section phono dédiée pour platines vinyles ni d’effets intégrés type DJM. Il conviendra surtout aux DJs producteurs qui travaillent avec des machines, boîtes à rythmes et synthés plutôt qu’avec plusieurs platines vinyles.