Manley décline son savoir-faire d’égaliseur passif à lampes en deux nouveaux appareils double canal : le Dual Mid Band EQ, pensé pour sculpter les pistes, et le Dual Main EQ, taillé pour les bus et le mastering. Filtres passifs à selfs, étages à lampes et transformateurs maison : la couleur Manley entre dans un format stéréo enfin cohérent, mais à un tarif à la hauteur de sa lignée.

Deux égaliseurs, deux missions bien distinctes
Manley ne sort pas un produit mais une paire, chacune pensée pour un endroit précis du flux. Le Dual Mid Band EQ vise le traitement des pistes individuelles. Il propose trois types de filtres — Low Peak, Central Dip et High Peak — avec des courbes à Q fixe calibrées pour rester musicales. Les bandes Low Peak et High Peak offrent chacune cinq fréquences sélectionnables, tandis que le Central Dip en propose onze : de quoi aller chercher précisément la « boominess » ou le côté boîteux du bas-médium pour l’atténuer.
Le Dual Main EQ joue dans une autre cour : celle des groupes de canaux et du bus principal. Il embarque un Low Shelf avec commandes de Boost et de Cut séparées, une bande Boost à Q variable et un high shelf en atténuation, en suivant le même schéma de fréquences 5-11-5 que son homologue. On est là dans la logique d’un égaliseur de couleur de bus, celui qui donne son assise et son air à un mix complet plutôt qu’à une piste isolée.

Tout passif, tout à lampes
C’est là que réside l’ADN Manley. Les deux appareils reposent sur des réseaux de filtrage passifs à selfs (inductances) : aucun circuit actif dans le chemin de l’égalisation. Le signal traverse un réseau de résistances, condensateurs et bobinages, qui atténue par nature ; c’est ensuite un étage d’amplification à lampes à fort headroom qui restitue le niveau, suivi de transformateurs maison en sortie symétrique. Cette architecture — filtre passif puis rattrapage à lampe — est exactement celle qui fait chanter les Pultec depuis soixante-dix ans : les courbes restent douces, le grain reste organique, et l’on peut pousser des corrections larges sans que l’électronique se crispe.
Manley ajoute une souplesse d’usage bienvenue : chaînage manuel des deux canaux en série, fonctionnement stéréo et configuration Mid-Side. Le M-S ouvre la porte au mastering et au traitement de bus stéréo fin, où l’on égalise séparément le centre et les côtés. Commutation illuminée, alimentation universelle, nouveau dessin industriel : tout est fabriqué en Californie.
| Modèle | Cible | Bandes | Usage type |
|---|---|---|---|
| Dual Mid Band EQ | Pistes individuelles | Low Peak (5), Central Dip (11), High Peak (5) | Sculpter, dégager le bas-médium |
| Dual Main EQ | Groupes, bus, mastering | Low Shelf boost/cut, Boost à Q variable, high shelf cut | Couleur de bus, assise et air du mix |

L’héritage Pultec, réinterprété en 2026
Manley présente ces appareils comme une modernisation de son propre patrimoine, qui remonte à l’Enhanced Pultec EQ de 1990, et non comme des clones. La philosophie d’usage est celle des Pultec classiques — des bandes larges, une interaction douce, un comportement pardonnant — mais l’implémentation, les fréquences disponibles et l’appairage stéréo sont pensés pour le studio d’aujourd’hui. On pense évidemment au fameux Massive Passive, la référence maison de l’égaliseur passif à lampes ; ces nouveaux Dual Channel en reprennent l’esprit dans un format plus resserré et spécialisé.

Reste le nerf de la guerre : le prix. Les deux modèles sont annoncés en précommande autour de 5 499 $ (environ 5 599 €), chez des revendeurs comme Thomann ou Sweetwater. On est au tarif d’un égaliseur haut de gamme fabriqué à la main, pas d’un utilitaire de home studio.
Autant l’écrire clairement : à ce prix, un égaliseur à lampes ne se justifie que s’il apporte quelque chose d’audible que votre chaîne numérique ne fait pas. Or c’est précisément le terrain du passif à lampes Manley. Un shelf haut qui ajoute de l’air sans jamais siffler, un bas qui devient gros sans devenir boueux : ces comportements de courbe douce et de saturation harmonique de rattrapage sont difficiles à obtenir aussi naturellement en tout-numérique. Je reste un adepte convaincu du mixage dans la boîte, mais ce genre de maillon hardware garde toute sa place sur un bus stéréo ou une chaîne de mastering — là où deux canaux appairés travaillent en permanence et où la couleur compte plus que le compte de pistes. Ce n’est pas dogmatique : c’est une question de résultat sonore.
Pour prolonger : notre dossier sur le choix entre table de mixage analogique ou numérique en 2026, la récente console SSL Odyssey et son rappel total, le saturateur harmonique Kush Audio Omega 2, et pour bien placer un tel étage dans la chaîne, notre explication de la compression audio.