ASM (Ashun Sound Machines), la maison derrière l’Hydrasynth, vient de publier le firmware 1.2 du Leviasynth, son synthétiseur phare présenté au NAMM 2026. Le fait marquant : le moteur Sequencer Entropy Deviation est désormais finalisé. Sur le papier, une simple ligne de changelog. En pratique, une évolution qui change la manière dont on compose sur cette machine.
Un séquenceur qui génère ses propres variations
Le principe de la fonction Entropy est de produire, à partir d’un motif existant, des variations instantanées et musicalement cohérentes. La version 1.2 va plus loin que le simple aléa : vous réglez le taux de déviation pas par pas, avec une option d’offset applicable sur l’ensemble des pas, puis vous sauvegardez directement le motif dérivé qui vous plaît. Autrement dit, l’aléatoire n’est plus une roulette que l’on subit, mais un outil que l’on cadre et dont on capture le résultat. C’est exactement la différence entre un gadget génératif et un vrai levier d’écriture.

La mise à jour s’accompagne de nombreuses corrections de bugs et d’une vidéo de prise en main dédiée au séquenceur. Rien de spectaculaire dans l’énoncé, mais c’est précisément cette régularité de suivi qui a bâti la réputation d’ASM : l’Hydrasynth a reçu des fonctions majeures des années après sa sortie, gratuitement. Acheter une machine ASM, c’est parier sur un instrument qui grandit — un argument qui pèse à ce niveau de prix.
Rappel : ce qu’est le Leviasynth
Le Leviasynth n’est pas un énième clone. C’est une relecture de la synthèse FM pensée pour 2026 : 16 voix de polyphonie, 8 opérateurs par voix et sept types de synthèse librement combinables au sein de plus de 140 algorithmes, avec morphing. On dépasse largement la sinusoïde des DX historiques : plus de 300 formes d’onde sont disponibles comme sources.

Le point qui fait la personnalité de l’instrument, c’est le mariage numérique/analogique en sortie de chaîne. Le cœur FM/algorithmique passe dans un filtre analogique passe-bas 4 pôles (24 dB/octave) avec compensation de Q et étage de pré-saturation, doublé de 18 modèles de filtres numériques dont des émulations façon MS-20. C’est là que la froideur potentielle de la FM se réchauffe.

Autour de ce moteur, l’arsenal de modulation est copieux : jusqu’à 13 enveloppes, 5 LFO, une matrice de modulation profonde avec offsets par voix et contrôle Macro, un séquenceur trois pistes et un arpégiateur huit modes doté des commandes Ratchet, Probability et… Entropy — d’où l’importance de la mise à jour du jour. Deux formats existent : clavier 61 notes Polytouch semi-lesté, ou desktop à 16 pads Polytouch, compatible rack et VESA. Comptez environ 2 499 $ pour la version clavier et 1 799 $ pour le desktop.
Ce que j’en pense
J’ai vu passer beaucoup de fonctions « génératives » qui n’étaient que de l’aléatoire déguisé, bon à faire une jolie démo et à ne jamais rouvrir. La logique d’ASM me paraît plus saine : on part d’un motif que vous avez écrit, on le fait dévier de manière contrôlée, et on garde ce qui fonctionne. C’est un accélérateur d’idées, pas un cache-misère pour compositeur en panne. Et sur un synthé FM — territoire réputé aride à programmer — disposer d’un séquenceur qui propose des pistes sans jamais vous déposséder du contrôle, c’est exactement ce qui manquait aux machines FM des années 80. Reste la vraie question, celle du prix : à ce tarif, le Leviasynth se confronte à des poids lourds, et c’est la profondeur sonore qui tranchera, pas le nombre de fonctions.

Pour élargir : nous avions détaillé un autre hybride ambitieux avec l’Isla Electronics Caladan et ses cartes de voix interchangeables, et exploré une autre approche du geste génératif avec le Tweakbench Tendril. La fiche produit complète est consultable sur le site d’Ashun Sound Machines.